×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Société

    Inondations à Taroudant: L’incurie à tous les niveaux

    Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5582 Le 30/08/2019 | Partager
    Le terrain de sport aménagé sur le lit d’un oued existe depuis 40 ans
    Une ONG y a érigé des murs de clôture, la commune nie toute implication
    Une enquête judiciaire est ouverte pour cerner les responsabilités
    stade-taroudant-drame-082.jpg

    Il suffit de regarder la photo aérienne de l’endroit même où le terrain a été aménagé pour en comprendre toute l’aberration

    Mohamed El Yazid, Mohamed  El Haj Bensaid, Hanafi Halil, Mohamed Outaleb, El Hossaine Ait Messoud, Abdelah Tika, Bouchaib Bouazine, Mehdi Abounouass. 7 morts et une personne portée disparue. C’est le bilan de l’inacceptable drame du douar Tazirt (commune Imi Ntiyaret de la province de Taroudant).

    Ces personnes sont venues assister à un tournoi de football et elles y ont laissé leur vie. Une catastrophe inévitable, résultat d’une incurie à tous les niveaux de responsabilité, puisque le terrain qui accueillait ce tournoi était aménagé sur le lit de l’oued, et donc par définition était dans une zone inondable.

    L’aberration est que cette construction a reçu la bénédiction des élus locaux et des autorités régionales qui étaient même présentes lors de l’inauguration du tournoi, le 18 août dernier. 10 jours plus tard, le mercredi 28 août, les eaux de l’oued ont submergé le terrain et impossible à ceux qui étaient moins vigilants d’y échapper.

    Une quinzaine de personnes ont été bloquées sur l’estrade. Huit ont été sauvées et les autres sont portées disparues. Des images inacceptables. Les femmes s’écroulent sur la rive à la vue de ceux qui sont emportés par les eaux. Certains tentent de leur tendre de longues branches. Mais rien n’a bien sûr pu arrêter le débordement de l’oued du douar Tazirt.

    Les fortes pluies, pourtant annoncées par la direction de la météorologie nationale, ont été suivies d’inondations recouvrant le «terrain de football» posé au bord du lit de la rivière... avec buts et marquages au sol. Ce terrain était le seul espace officiel dédié au sport pour les habitants  des 34 douars, plutôt habitués à être en marge. Une enquête est ouverte pour connaître les responsables de l’idée même d’un tel projet, destiné au public, sur le lit d’un oued. 

    Selon le président de la commune rurale Imi Ntiyaret, dirigée par le Rniste Haj Salem, ce terrain a été aménagé par l’association Tizirt de développement, une ONG du douar car «la commune n’a ni les moyens ni les prétentions pour construire des terrains de sport ou des dispensaires, ou encore des écoles, avec un budget de 290.000 DH pour 34 douars».

    Mohamed El Azhari, président de l’association Tizirt ne le nie pas. «Nous avons construit le mur de protection de ce terrain qui existe depuis 40 ans. Il a été aménagé par les habitants avec les moyens du bord  et a toujours été utilisé par nos jeunes en tant que terrain de football».

    Pour El Azhari, ce terrain restait le seul lieu de divertissement pour les jeunes du douar, «et l’oued n’a jamais été dangereux». Sauf ce 28 août 2019 qui marquera à jamais la vie des habitants des 34 douars de la commune et la vie de tous les Marocains.

    Tout comme pour ceux qui étaient dans la vallée de l’Ourika, qui fut dévastée en peu de temps le 17 août 1995, où beaucoup d’autres personnes ont vu leurs parents, amis ou voisins, emportés par des crues. 200 personnes y ont perdu la vie ce jour-là.

                                                                                

    Des précédents meurtriers

    La mémoire collective retiendra à jamais les événements catastrophiques de l’Ourika en 1995, d’El Hajeb en 1997, de Settat et Mohammédia en 2002 et de Tan Tan, Nador, Al Hoceïma et Khénifra en 2003. Hélas, il ne s’agit pas de cas isolés. De nombreuses zones ont été identifiées comme fortement exposées au risque des inondations. Et Taroudant en fait partie. Preuve en est qu’en février dernier, un budget de 78,5 millions de DH a été acté pour mettre en place trois projets de lutte contre les inondations dans la province de Taroudant (cf. L’Economiste du 15 février 2019).
    Le premier projet, d’un coût de 30 millions de DH, vise la protection d’Oulad Berhil des risques d’inondation. Il est financé dans le cadre d’un partenariat entre le Fonds national de lutte contre les effets des catastrophes naturelles (15 millions), l’Agence du bassin hydraulique du Souss-Massa (6 millions de DH), le Conseil de la région (4,5 millions de DH) et le conseil communal d’Oulad Berhil (4,5 millions de DH).

    B.B.

     

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc