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    Le bachelor sauvera-t-il les facs de droit?

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5562 Le 23/07/2019 | Partager
    Avec un enseignant pour 250 étudiants, leur situation est compliquée
    Les départs massifs à la retraite n’arrangent pas les choses
    Tout l’écosystème de formation doit se mettre à niveau!
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    Perdus dans des amphis parmi des centaines de camarades, les étudiants des facultés à accès libre sont livrés à eux-mêmes. Le système du bachelor vise à réduire les effectifs à travers une orientation active vers d’autres établissements. Il propose, également, une année préparatoire, axée sur les langues, les compétences comportementales et la découverte des spécialités disciplinaires. Mais le projet est loin d’être évident à décliner

    Les facultés des sciences juridiques, économiques et sociales (facs de droit) sont les principales victimes de la massification effrénée, et surtout non anticipée, de l’enseignement supérieur. Ces dix dernières années, les effectifs universitaires ont plus que doublé, pour atteindre plus de 860.000 étudiants en 2018-2019. Près de 85% se dirigent vers les établissements à accès non sélectif. Parmi cette part, la moitié choisit les facs de droit, pour s’inscrire en économie, gestion ou droit. 
    Certaines accueillent désormais plus de 30.000 étudiants, alors que leur capacité réelle est deux à trois fois moins importante. Une situation critique, qui a porté un sérieux coup à la qualité de l’offre de formation et au rendement interne des établissements. 40% des étudiants abandonnent les bancs de la faculté sans décrocher le moindre diplôme, après 3 à 4 ans d’études. Et seulement 13 à 20% réussissent leur licence sans redoubler, en fonction des établissements, selon le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi.   
    Avec le système du bachelor, prévu pour la rentrée 2020-2021, ces facultés pourront-elles se soulager de leurs sureffectifs et, par la même occasion, améliorer leur offre?  
    Le bachelor prévoit un dispositif d’orientation en amont, dès la deuxième année du baccalauréat, à travers une plateforme où les futurs bacheliers pourront opérer leur choix de filière, en fonction de leurs notes, de leurs aptitudes, mais aussi de la capacité d’accueil des établissements. La plateforme sera disponible avant la fin de l’année en cours. «Il va sans dire que pour une prise en charge adéquate des nouveaux bacheliers, il est nécessaire de disposer de cette régulation des flux. Cela permettra d’envisager des groupes réduits pour le renforcement des capacités linguistiques et des soft skills, surtout en première année», relève Azzedine Ghoufrane, doyen de la faculté de droit de Rabat-Souissi. Toutefois, cette orientation «active» permettra-t-elle réellement d’alléger les flux vers les facs des sciences juridiques, économiques et sociales. Pas si sûr… «Je ne pense pas que le bachelor puisse régler cette question. Il existe un afflux massif vers les facs de droit car elles proposent des domaines de formation plus attractifs pour les étudiants, comparativement aux autres établissements à accès libre, comme les facs de lettres et de sciences», estime Abdellatif Komat, doyen de la fac de droit de Casablanca-Aïn Chock. «Il faudrait placer la problématique dans sa dimension globale. Si les facs de lettres améliorent leur offre, cela aurait certainement un impact sur les flux. Le système d’orientation ne pourrait soulager les facs de droit qui s’il existe des capacités d’absorption ailleurs», explique-t-il. C’est tout l’écosystème de formation qui devrait ainsi se mettre à niveau.

    Orientation active vers la formation professionnelle

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    Qu’il s’agisse d’enseignants ou d’administratifs, les départs à la retraite vont crescendo dans les universités publiques depuis quelques années. Pour les enseignants, ils sont passés de 67 par an en 2010 à 266 en 2018. Dans les prochaines années, la tendance se poursuit. Les départs cumulés d’ici 2030 seront de l’ordre de 6.926

    De son côté, le ministère de l’Enseignement supérieur prévoit d’opérer une orientation plus soutenue vers la formation professionnelle, seule autre issue possible pour la majorité des nouveaux bacheliers. Pour l’heure, uniquement le quart des bacheliers s’y orientent. L’idée est de pratiquement doubler cette part. Là encore, il faudra que le secteur se dote de plus d’établissements et élargisse sa carte de cursus. 
    Les écoles et facultés à accès sélectif, quant à elles, ont déjà augmenté leur capacité d’accueil d’environ 40% sur les trois dernières années. Difficile pour elles d’aller au-delà. D’autres devraient voir le jour. A la rentrée, quelque 17 seront ouvertes. «Aujourd’hui, quels que soient les efforts que nous menons, ils restent vains, face à des effectifs pléthoriques», regrette Komat. 
    Outre l’orientation, le bachelor fait la part belle à l’enseignement des langues et aux compétences comportementales. Les facultés de droit disposent-elles de suffisamment d’enseignants qualifiés pour assurer des cours dédiés? Clairement non. Leur taux d’encadrement moyen est de 1 prof pour 250 étudiants, contre 1 pour 40 dans les facs de sciences et 1 pour 65 dans celles de lettres (moins de 1 pour 15 dans l’accès régulé). «Nous disposons déjà d’enseignants de langues et de communication, mais il est souhaitable de bénéficier d’un renforcement des ressources humaines», précise Ghoufrane. 
    La situation se complique de plus en plus, en raison des départs massifs à la retraite. «Depuis maintenant trois ans, nous comptons 10 à 15 départs par an, contre 1 à 2 auparavant. Cette rentrée aussi, nous nous attendons à une dizaine», témoigne Komat, dont la faculté passe cette année à 30.000 étudiants. Certains établissements enregistrent jusqu’à plus de 20 départs par an. En raison de la faiblesse des postes budgétaires, les départs ne sont pas toujours remplacés. La tutelle doit donc, aussi, batailler pour recruter massivement.

    Tout un plan d’accompagnement annoncé

    Le bachelor en quatre ans remplace la licence de trois ans à partir de septembre 2020. Est-ce jouable? Le ministère de l’Enseignement supérieur paraît optimiste sur la question. «Tout un plan d’accompagnement a été annoncé, en matière de recrutement et de formation. Nous attendons la rentrée de septembre pour y voir plus clair et entamer la préparation effective», confie Abdellatif Komat. Le projet devrait être formalisé vers décembre, avant d’être évalué par l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité (Aneaq). Il devrait être prêt à partir d’avril 2020, pour permettre l’ouverture des inscriptions dès juillet. Tout dépendra, cependant, de la capacité des intervenants à mener tous ces projets dans les délais. 

     

     

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