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    Analyse

    Nouvelle économie: les territoires, faiseurs de nations

    Par Pr. Driss GUERRAOUI | Edition N°:5558 Le 17/07/2019 | Partager
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    Ici en conférence pour les étudiants de l’Ecole supérieure de journalisme et de communication (appartenant à L’Economiste), Driss Guerraoui est professeur à l’Université Mohammed V-Agdal de Rabat. Il a été conseiller auprès de trois Premiers ministres, El Youssoufi, Jettou et El Fassi. Il fut Secrétaire général du CESE et vient de prendre la présidence du Conseil de la concurrence. Il fait partie de ces trop rares intellectuels marocains se faisant un devoir de partager le capital immatériel qu’ils ont construit: le Pr. Guerraoui a publié une dizaine de livres liés à ses recherches universitaires. Il ne parle ici qu’en son nom personnel (Ph. Fadwa Alnasser)

    La nouvelle économie mondiale du XXIème siècle (NEM) est un système éclaté, fragmenté, où dominent des conflits à géométrie variable. Une Europe occidentale doute d’elle-même. L’Amérique du Nord est entrée dans le conservatisme politique et la destruction du multilatéralisme, tout en préservant leur supériorité technologique et leur capacité d’innovation.

    Pas de régulation adaptée

    L’Amérique du Sud est en pause, due à la crise profonde de défiance envers ses institutions élues. L’Asie plurielle s’érige en locomotive. La Chine dispute le leadership avec de nouvelles puissances asiatiques et non asiatiques.

    Ce nouveau système mondial, complexe et chaotique,  fonctionne sans pilotage mutuellement accepté, sans gouvernance partagée et coordonnée. Il doute de la capacité collective et effective des Etats à tenir les agendas mondiaux (Objectifs de Développement Durable, au Socle de Protection Sociale Universelle, climat, migration et projet audacieux de Revenu Universel de Base porté par le Rapporteur spécial des Nations Unies pour les Droits de l’Homme et la lutte contre l’extrême pauvreté).

    Ce monde se trouve dépourvu de mécanismes efficaces de construction d’une paix durable, aggravé par une crise de confiance profonde des Etats dans les institutions internationales de gouvernance du monde, accentuant ainsi la crise du Conseil de Sécurité des Nations Unies.  La sécurité humaine est en danger. La planète est dans des incertitudes réelles.

    Paradoxalement, jamais nos économies et nos sociétés n’ont produit autant de richesses. Jamais elles n’ont connu autant d’innovations. Jamais elles n’ont vécu dans un système mondial aussi ouvert, global, interdépendant et connecté. De telles évolutions offrent des perspectives prometteuses à tous ceux qui sauront mobiliser leur génie, leur intelligence et leur veille stratégique.

    Conscience universelle

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    Climat, femme, droits de l’homme, migrants, nucléaire, bio, pauvreté, plastique, RU planétaire… Des dizaines de thèmes collectifs ont donné  naissance à des coalitions mondiales issues des sociétés civiles (Ph. DR)

    Ceci modifie les modes de régulation des crises, des tensions et des agendas mondiaux. Il s’agit de l’émergence  et du développement d’acteurs nouveaux sur la scène internationale que  sont les sociétés civiles organisées et les coalitions qu’elles sécrètent, du rôle grandissant des territoires, de l’appel, un peu partout dans le monde, à la promotion de formes alternatives de développement et de la nécessité d’une gouvernance mondiale en phase avec les nouvelles réalités de notre temps. 

    Une conscience citoyenne universelle donne naissance à des coalitions mondiales issues des sociétés civiles organisées, souvent transfrontières. Ces coalitions  sont en passe  de s’ériger en véritables contrepouvoirs  sur la scène internationale contribuant à la régulation positive des principaux dysfonctionnements que connaît la NEM. Elles font avancer des causes humaines essentielles.

      La dynamique de ces coalitions annonce la croissance progressive des marges du pouvoir des citoyens dans la marche de leurs sociétés et du monde. Leur pouvoir renforcé et amplifié par la révolution numérique, influence les décisions de politiques publiques et à plus long terme le cours de l’Histoire.

    Savoirs et savoir-faire

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    On trouvera en plus développées les idées de cet article dans l’ouvrage collectif «la Nouvelle Economie Mondiale, Comparaisons internationales», issu des travaux de la 5e Rencontre Internationale de Dakhla, tenue à Dakhla en juin 2017. Editions l’Harmattan

    Dans cette  économie mondialisée, jamais les Etats et les grands groupements régionaux n’ont autant utilisé des territoires (Régions, Villes, Métropoles urbaines) pour se déployer la gestion de proximité, l’implantation et/ou de la délocalisation-colocalisation de leurs  entreprises à l’international. Cette émergence vient des facultés intrinsèques d’innovation et d’expérimentation à partir de leurs capacités propres de mobilisation de leurs acteurs. Ils s’appuient sur leurs savoirs et savoir-faire locaux valorisés par l’intelligence collective des forces de leurs territoires.

    L’image internationale de certains pays, leurs avantages comparatifs, compétitifs et stratégiques s’identifient à ceux de leurs villes, régions et métropoles. Aussi, dans la nouvelle économie mondiale, les territoires deviennent les vrais faiseurs des nations, des entreprises  et des nouveaux lieux de vie  qu’il s’agisse des lieux de la culture, des arts, des loisirs, du sport ou des pratiques religieuses et spirituelles.

    Les alertes  sur l’épuisement du modèle actuel remontent aux années 70 (Club de Rome, 1972).  Récemment, des prix Nobel d’économie comme Joseph E. Stiglitz, d’éminents économistes et essayistes comme Amartya Sen, Muhammad Yunus et Jeremy Rifkin, des organisations spécialisées (OIT, la Banque mondiale)… veulent des formes alternatives de développement. Malgré ou à cause du progrès généré par la révolution postindustrielle, les modèles actuels sont dans l’incapacité objective de réaliser conjointement croissance, plein emploi, bien-être social pour tous, et développement durable des écosystèmes naturels.

    C’est ce rêve, cette espérance que nous devons apprendre à nos enfants. Car, c’est la seule «arme» qui nous reste dans une Nouvelle Economie Mondiale qui est en train de nous projeter dans l’incertain.

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    NEM : Les objectifs

    Les nouvelles formes de développement doivent favoriser une solidarité fonctionnelle et organique entre l’Etat, le secteur privé et la société civile. Des partenariats innovants, décentralisés et déconcentrés pour les actions sociales et solidaires, mais aussi pour les activités productives génératrices de richesses, doivent être inventés.
    Ces  modèles de développement doivent pousser à:   
    1) produire davantage de richesses en libérant les énergies de toutes les composantes de la société, en élargissant la base sociale des activités productives et en diversifiant les sources de production de ces richesses,
    2) préserver les ressources naturelles  par une gestion responsable, portée par des mécanismes effectifs de suivi, de contrôle, d’évaluation et de reddition des comptes;
    3) et à répartir équitablement les richesses pour qu’elles  puissent bénéficier à tous les citoyens et citoyennes et à toutes les régions de tous les pays.

    A qui donner le pouvoir ?

    La NEM a besoin d’une gouvernance mondiale responsable et solidaire pour réguler les nouvelles vagues d’insécurité et les nouvelles générations de guerres.
    Elle doit inciter les Etats et les grands groupements régionaux à mettre en place des politiques publiques pour atteindre ses objectifs (voir encadré ci-contre). Elle se doit, enfin, d’inciter les Etats, les Groupements Régionaux et les  institutions internationales à coopérer autrement pour réaliser la paix, la stabilité, la sécurité et le développement mutuel de toutes les nations.
    Cette nouvelle forme de coopération doit être portée par la promotion et l’essaimage dans nos sociétés et nos institutions des valeurs de tolérance, de partage,  de solidarité, de dialogue, de gestion pacifique des conflits par le  prima accordé à la légalité internationale  et au respect des différences civilisationnelles, culturelles, religieuses et spirituelles.

                                                                                    

    Déconfiture et autodestruction arabe

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    Avec l’enfant qui pleure: photo prise au Yémen; Avec la jeune femme en foulard: photo prise en Arabie Saoudite. Les deux pays sont en guerre depuis cinq ans. Sans commentaire (Ph. Journaux Libération et la Croix)

    Le monde arabe,  hormis quelques exceptions, est en pleine décomposition, pour ne pas dire déconfiture. Ce monde arabe  est  en passe de sortir de l’Histoire. Une bonne partie passera  ce troisième millénaire à construire des routes, des écoles et des dispensaires sans résultat tangible.  Il est prisonnier  d’une logique d’autodestruction, intervenant sur un terrain miné par de vieux conflits religieux, ethniques et politiques. Cette logique interne est attisée par des puissances qui agissent soit directement, soit par procuration au gré de leurs intérêts géostratégiques et civilisationnels dans la région.  
    Le monde arabe vit dans une logique d’autodestruction, non pas créée mais  favorisée par l’anarchie que les Etats-Unis ont voulue créatrice. Elle s’est avérée diaboliquement ravageuse. Ces faits interviennent dans des sociétés orphelines de leurs élites, rongées par de faibles niveaux d’éducation,  par le retard technologique, par une pauvreté endémique, des inégalités criantes et croissantes. S’y ajoute l’emprise de la radicalisation religieuse, nourrissant une culture de la mort.

     

     

     

     

     

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