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    «Il y a un manque de compréhension de la vocation de l’audit»

    Par Mohamed BENABID | Edition N°:5550 Le 05/07/2019 | Partager
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    Peter Bodin est devenu PDG monde du groupe en janvier 2018 après 16 années passées à la tête de Grant Thornton Suède. Auparavant, il a siégé au Board of Governors (lequel fait office de conseil d’administration) de Grant Thornton International  de 2003 à 2016. Il a par ailleurs siégé au conseil d’administration de plusieurs groupes opérant dans différents secteurs

    En marge de l’«African Regional Meeting» qui a rassemblé  du 18 au 20 juin dernier à Casablanca les membres du réseau du géant de l’audit-conseil, Grant Thornton International (50.000 employés dans 130 pays), L’Economiste a rencontré son CEO monde, Peter Bodin. Indépendance, perspectives de développement, régulation... dans cet entretien, Bodin revient sur les questions phares du moment. 

    - L’Economiste: Sur quoi appuyez-vous votre stratégie de développement en ce moment, sur de la croissance externe ou organique?
    - Peter Bodin: C’est toujours un mix. Notre réseau a connu une augmentation des fusions et acquisitions au cours des deux dernières années, avec des fusions transformationnelles au Japon, en Allemagne et en Afrique du Sud, et plus récemment, une vague de nouvelles capacités ajoutées à nos sociétés en Amérique latine. Nous nous concentrons surtout sur une croissance stratégique et durable à travers le réseau. Cela signifie qu’il faut disposer des capacités voulues là où nos clients en ont besoin et s’attendent à ce qu’ils soient. Avec le rythme des changements et des bouleversements qui se produisent actuellement sur les marchés du monde entier, il est parfois nécessaire d’intégrer des capacités externes à l’entreprise. Mais nous devons également transformer notre propre entreprise de l’intérieur afin que nous puissions mieux servir nos clients et répondre à leurs besoins changeants. C’est pourquoi nous nous employons à transformer notre technologie et à former des leaders capables de diriger notre réseau dans un monde d’affaires très différent.

    - De nombreux groupes d’audit-conseil se positionnent sur le marché du droit. Quelles sont vos ambitions sur ce créneau?
    - Cela dépend en grande partie des régimes de réglementation des différents marchés. Dans certains pays, cela n’est tout simplement pas possible pour des raisons juridiques. Dans l’ensemble, je m’attends à ce que nos principales lignes de service continuent de constituer l’essentiel de notre travail. Il s’agit davantage d’un service à valeur ajoutée sur certains marchés.

    - La concurrence sur la fiscalité internationale et les prix de transfert, tout particulièrement, est intense. Comment se comportent vos filiales africaines sur ces marchés? 
    - La concurrence entre les marchés pour attirer les entreprises s’est nettement intensifiée au fil des ans. Mais j’estime que nous atteignons un point critique, alors que les gouvernements du monde entier se débattent pour savoir comment taxer une économie numérique au lieu d’une économie fixe et physique. Toutefois, la compréhension des questions fiscales, telles que les prix de transfert, reste au cœur de nos activités. Alors que nos clients cherchent à se développer sur les marchés étrangers, chose beaucoup plus facile aujourd’hui qu’auparavant, ils se tournent vers nous pour obtenir des conseils sur les marchés sur lesquels se concentrer et sur la manière de naviguer dans les différents régimes auxquels ils doivent se conformer sur les marchés dans le monde. 
    Des évolutions telles que l’Accord de libre-échange continental africain rendent le continent encore plus attrayant et suppriment les barrières qui y existaient auparavant pour le commerce. Cette hausse potentielle du commerce et des flux de capitaux transfrontaliers entraînera probablement une augmentation de ce type d’activité.

    - Il y a quelques années, vous avez fait partie des quatre cabinets avec Mazars, BDO et RSM, à avoir demandé à Bruxelles de limiter le pouvoir des «Big Four». Aujourd’hui, avec du recul, quelle est votre analyse du degré de concentration dans votre secteur?
    - Sur un certain nombre de marchés dans le monde, il existe une demande croissante pour un plus grand choix. Nous pensons évidemment que ce choix existe et, même si, pour la plupart, nous opérons dans une partie du marché différente de celle des Big Four, nous avons la capacité de faire face à la concurrence dans de nombreux marchés sur lesquels nous opérons et où nos entreprises se classent devant les Big Four. Certains des problèmes se trouvent du côté des clients à travers un manque de volonté d’avoir recours au service de ceux qui ne font pas partie des Big Four. Sur n’importe quel marché où cette question se pose, celle-ci devient rapidement: quelles sont les conséquences des actions éventuelles qu’un régulateur peut prendre? Parfois, une réforme peut en réalité limiter le choix plutôt que l’augmenter. 
    La chose la plus importante réside dans la confiance que le marché peut avoir en la profession. C’est pourquoi nous nous efforçons sans cesse de fournir des services de la plus haute qualité possible, en mettant vraiment l’accent sur cela et en offrant des services à nos clients.

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    «Avec le rythme des changements et des bouleversements qui se produisent actuellement sur les marchés du monde entier, il est parfois nécessaire d’intégrer des capacités externes à l’entreprise»

    - Le débat sur la séparation entre conseil et audit ne faiblit pas dans plusieurs pays. Comment s’assurer des impératifs d’indépendance et surtout quels garde-fous dans votre métier contre les gros scandales financiers?
    - C’est vraiment un débat marché par marché. Certains pays comme les Etats-Unis ont mis en œuvre de vastes réformes il y a des années, d’autres non. L’indépendance est primordiale et la réalité c’est qu’une grande partie des défis et des questions que rencontrent les auditeurs ne se voit pas. Il y a également un manque de compréhension de la vocation de l’audit: ce n’est pas une garantie pour l’avenir de l’entreprise, mais plutôt une évaluation à un moment précis des comptes historiques. 
    Des questions sensibles sont soulevées quant à savoir si la vérification est réellement adaptée à un monde plus numérique et plus intense en données. Nous pensons, comme beaucoup d’autres dans la profession, qu’un changement est justifié dans certains domaines, mais nous pensons également que le démantèlement de cabinets comptables risque de supprimer une grande partie de l’expertise du côté non-audit sur laquelle les auditeurs s’appuient dans le cadre de leur travail.

     

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