×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Culture

    Mawazine 2019 entre découvertes et coups de cœur

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5545 Le 28/06/2019 | Partager

    Loin de la scène OLM Souissi, qui cristallise l’attention avec ses stars internationales, le festival Mawazine, propose une programmation éclectique et pointue, entre musiques du monde, jazz et scène underground. Sur les rives du Bouregreg,  dans les jardins du Chellah, au théâtre Mohammed V, les festivaliers ont l’occasion de faire quelques escapades musicales, dont voici une petite sélection, loin d’être exhaustive. 

    •  Quand l’électro-chaâbi égyptien sort de l’underground
    mawazine2019_2.jpg
     

    Le duo composé de Mohamed Salah et Ahmed Metwali (Aka «Oka Wi Ortega»), véritable chef de file d’un véritable phénomène qui enflamme la jeunesse égyptienne, s’est produit dimanche 23 juin, sur la scène Nahda. Il s’agit de l’électro-chaâbi, un étonnant mix entre la musique populaire égyptienne et la culture hip-hop. Nés dans les bidonvilles du Caire,  des jeunes Dj ont eu l’idée de fusionner les sons et les styles très différents  de manière chaotique mélangeant  chanson populaire, beats électro et  freestyles scandés à la manière du rap. Un seul mot d’ordre: faire danser les foules.
     Le style, créé au départ à l’aide d’applications gratuites disponibles sur le web, par faute de moyens, a très vite pris une force supplémentaire en puisant dans un registre de paroles rebelles, devenant le porte-voix d’une génération brimée par les interdits que la société égyptienne lui impose. Le mouvement musical a pris tout naturellement de l’ampleur avec le printemps arabe, jusqu’à devenir un véritable exutoire pour les jeunes en mal de justice sociale faisant de ses jeunes artistes les nouveaux justiciers musiciens de l’électro-chaâbi. Leurs textes décrivent l’horreur de la guerre, la révolution du 25 janvier, les régimes autoritaires et le manque de liberté d’expression dont ils sont victimes. 
    Loin des boîtes de nuits branchées des beaux quartiers, les apprentis Dj improvisent des dancefloors dans les ruelles, bricolent des enceintes sur leurs scooters, dansent sur les toits, et transforment les mariages en clubs à ciel ouvert. Victime de son succès, le mouvement tend néanmoins à se diluer. 
    Après des années d’underground, l’électro-chaâbi sort des bidonvilles cairotes et prend d’assaut les festivals internationaux. Il en restera tout de même un véritable sens de la fête, même si ce dernier prend le pas sur le militantisme originel.

    • Delgres: le blues de la Guadeloupe  
    mawazine_2019.jpg
     

    Ils sont 3 musiciens: L’auteur-chanteur-compositeur Pascal Danaë, d’origine guadeloupéenne, le batteur Baptiste Brondy et Rafgee au tuba et sousaphone, et c’est l’une des plus belles révélations de cette 18e édition de Mawazine. Delgres ne ressemble à rien de connu.  A la hauteur du nom du groupe, en référence à Louis Delgrès, héros de la lutte contre l’esclavage, le trio porte avec tendresse et poésie des textes fougueux et rebelles. Un son rugueux, ardent, irrésistible qui invente des ponts intimes entre le blues du Mississipi et un swing créole de Guadeloupe aussi inattendu que naturel. La recette de leur succès paraît aussi simple qu’efficace. Avec trois vidéos enregistrées en studio début 2015, les dates s’enchaînent des deux côtés de l’Atlantique. L’une des premières chansons à voir le jour, «Mo Jodi», va se révéler décisive. Le titre signifie «mourir aujourd’hui» en créole. Elle s’inspire de l’héroïsme de l’abolitionniste Louis Delgrès, dont la devise révolutionnaire «Vivre Libre ou Mourir», qui a préféré la mort à la captivité après s’être rebellé en Guadeloupe contre les troupes napoléoniennes venues rétablir l’esclavage.  Une histoire qui se confond avec celle du leader du groupe Pascal Danaë.  
    A l’occasion d’un voyage en Guadeloupe, Pascal Danaë se retrouve avec son histoire familiale entre les mains. On lui remet la lettre d’affranchissement de son arrière-arrière-arrière-grand-mère, qui fut esclave, jusqu’à l’âge de 27 ans. Si beaucoup de chansons du groupe Delgres évoquent la lutte, le combat pour la liberté, la colère face au rejet, avec le titre «Ramené Mwen»), la révolte («Anko»), le sursaut d’amour-propre et de dignité («Respecté Nou»), c’est avec douceur et sans amertume que la voix de Pascal Danaë, nous en fait le récit à la manière d’un conte, sur les notes d’un blues personnel et intime.

    • Kamasi Washington: Le jazz «West Coast»
    mawazine2019_3.jpg
     

    Il a accompagné Wayne Shorter, Herbie Hancock, Horace Tapscott ou George Duke. En parallèle, il a collaboré avec des stars de la pop et du rap, tels Kendrick Lamar ou Snoop Dogg, ce qui l’a rendu visible d’un public plus large et plus jeune. Kamasi Washington a offert une belle performance sur la scène du Bouregreg, dans la plus pure tradition du jazz californien. Un courant né dans les années 50, audacieux, un brin intello, n’hésitant pas à revendiquer autant  ses influences «bipop» et «swing» que des impressionnistes français comme  Debussy et Ravel.
    Longtemps méprisé par les puristes, car  joué  en majorité par des musiciens blancs, c’est l’enfant d’Inglewood, quartier hostile partagé par la guerre des gangs, qui se donne pour ambition de lui rendre ses lettres de noblesse. C’est que la musique de Kamasi s’orne de multiples couleurs, à l’instar de ses costumes chamarrés. Il se nourrit des musiques contemporaines populaires comme du funk des années 1970, du free jazz d’Ornette Coleman ou des bandes-son du cinéma blaxploitation (mouvement de revalorisation de l’image des Afro-Américains).  Respectueux de ses aînés, le  puissant saxophoniste n’en est pas moins affranchi des cloisons musicales. C’est sur scène que toute sa singularité s’affirme le plus. Une musique au groove galvanisant, un assemblage extravagant qui s’adresse autant à l’oreille qu’à l’esprit?
     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc