×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    7.7 milliards

    En Argentine, le premier lycée pour adultes transgenres

    Par L'Economiste | Edition N°:5543 Le 26/06/2019 | Partager

     

    argentine_5543.jpg
    Luli Arias (debout) est professeur de santé, genre et Techniques d’apprentissage à l’école publique Trans Mocha Celis, le premier lycée public gratuit et accéléré pour adultes transgenres en Argentine. Viviana González (48 ans) est étudiante dans cette école publique 
    (Source: Diego Spivacow/AFV)

    Actuellement, 150 étudiants, âgés de 16 à 70 ans, travaillent à l’obtention de leur diplôme d’études secondaires dans cet établissement novateur en Amérique latine.

    Viviana Gonzalez avait huit ans lorsqu’elle a réalisé qu’elle était transgenre. Elle vivait à Buenos Aires avec sa sœur aînée et leur mère, qui avait quitté la province de Corrientes lorsqu’elle était très jeune. «Mère célibataire, elle nous a élevées comme elle a pu. Nous avons grandi rapidement. Quand j’avais 10 ans, j’ai commencé à travailler dans la vente de produits alimentaires et ma sœur comme femme de ménage», se souvient Viviana Gonzalez.
    A 12 ans, elle s’est tournée vers la prostitution pour survivre. «J’étais très pauvre, mais je voulais continuer mes études, devenir enseignante ou médecin», raconte-t-elle. «Tout s’est arrêté lorsque je n’ai plus pu aller au lycée, car on me forçait à m’habiller comme un garçon. Je ne pouvais pas le faire, je ne me voyais pas comme ça».
    Elle a été forcée de quitter l’école. «C’est là que mon rêve a commencé à mourir. J’ai dû devenir adulte très tôt et chercher de l’argent», affirme Viviana Gonzalez. «Les gens ont tendance à nous enfermer dans une case: vêtements courts, talons aiguilles, perruques, prostitution, drogues et alcool. Ils ne réalisent pas qu’on ressent, pense, pleure, rit ou qu’on a des ambitions et des rêves comme eux».
    Aujourd’hui, Viviana Gonzales a 48 ans et son rêve est sur le point de se concrétiser. En décembre dernier, elle a obtenu son bac grâce à l’école secondaire populaire Trans Mocha Celis, un lycée public gratuit et accéléré pour adultes transgenres qui a ouvert ses portes à Buenos Aires en novembre 2011. Le premier dans son genre au monde. 
    Espace éducatif inclusif avec une perspective de genre, diversité sexuelle et culturelle, l’école cherche à compenser l’exclusion subie par la communauté transgenre, mais elle est aussi ouverte aux personnes d’origines diverses.
    Environ 40% des 150 élèves âgés de 16 à plus de 70 ans qui y suivent des cours sont transgenres, ainsi que quelques enseignants. Mais il y a aussi des étudiants des quartiers voisins, des personnes aux identités sexuelles diverses et des enfants d’immigrants. Ils ont tous un point en commun: leur éducation s’est interrompue à un moment donné de leur vie et ils souhaitent l’achever.

    «La nuit et la prostitution ont laissé mes pages vierges. 
    Les années passent et les rêves s’estompent»

    Le nom de l’école n’est pas le fruit du hasard. Née à Tucumán, Mocha Celis fut une travestie reconnue pour sa lutte contre les violences, assassinée après avoir reçu de nombreuses menaces de la part d’un agent de police. Elle ne savait ni lire ni écrire. Son histoire reflète l’extrême vulnérabilité et les violations des droits de l’homme auxquelles la communauté transgenre est toujours confrontée en Argentine. Marginalisés, criminalisés jusqu’à récemment, ses membres ont une espérance de vie en dessous de 35 ans et peinent à accéder à l’éducation et à trouver un emploi digne.
    Une phrase popularisée par la militante transgenre Lohana Berkins et peinte sur l’un des murs de l’établissement illustre l’objectif de ce lycée: «Quand une travestie va à l’université, sa vie change. Beaucoup de travestis à l’université peuvent changer la vie d’une société entière». Les femmes transgenres sont souvent des survivantes: beaucoup d’entre elles ont dû quitter leurs foyers pendant leur enfance, trouvant dans la prostitution leur seul moyen de subsistance.
    «J’écrivais de la poésie quand j’étais petite et j’aurais vraiment aimé continuer», se souvient Viviana Gonzalez,  mais la nuit et la prostitution ont laissé mes pages vierges. Les années passent et les rêves s’estompent. Parfois, on espère juste qu’il arrive quelque chose de bien».
    Et quelque chose est arrivé. Un après-midi, une amie l’a emmenée à «la Mocha».Viviana Gonzales retrace: « Lorsque je suis arrivée, on m’a accueillie à bras ouverts et on m’a dit quelque chose que je rêvais d’entendre depuis l’âge de 11 an: “Bienvenue à la Mocha Celis, tu vas passer ton bac”» 
    «C’était la première école secondaire transgenre au monde», affirme le directeur Francisco Quiñones Cuartas. «Depuis notre ouverture, des programmes pré-universitaires ont été développés au Chili, au Brésil et au Costa Rica. En Argentine, il y en a un à Tucumán, et un autre à l’Université d’Avellaneda à Buenos Aires».

    Sixième promotion cette année

    Les fondateurs de l’école y enseignaient gratuitement jusqu’en 2014, date à laquelle l’école et son diplôme ont été reconnus. Aujourd’hui, l’État argentin finance les salaires des enseignants, mais «l’entretien quotidien de l’école est assuré par les efforts des enseignants et des dons que l’on reçoit», explique Francisco Quiñones Cuartas.
    L’une des enseignantes transgenres, Luli Arias, 32 ans, donne des cours sur la santé, le genre et la méthodologie. «Environ 80% de nos étudiantes transgenres se livrent à la prostitution et plus de 70% disent qu’elles veulent faire autre chose», explique-t-elle pendant une pause. «Nous comprenons la complexité de leurs vies et le type de soutien dont elles ont besoin. Les élèves s’identifient aux enseignants, et quand certaines nous disent: “J’aimerais devenir enseignante ou avocate”, je suis très heureuse».
    La promotion de cette année sera la sixième. Si la plupart des matières qu’on y étudie sont les mêmes que celles enseignées ailleurs, elles sont ici caractérisées par l’angle du genre. Ses études à la Mocha ont rendu Viviana Gonzalez fière d’être qui elle est: «Je pense qu’un jour, je serai une très bonne prof. L’éducation est essentielle, car elle nous permet de faire des choix. Nous avons tous le droit d’avoir une formation, de rêver».o

    Par María Ayuso

    la_nacion_ijd.jpg
     
    inclusion_5543.jpg
     

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc