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    Roman de l'été

    Episode 24 Jésus, une grande figure biblique du Coran: Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit

    Par L'Economiste | Edition N°:5536 Le 17/06/2019 | Partager

    Devant cette situation explosive, Constantin commence d’abord par inviter les deux hommes, Anathase et Arius, à se réconcilier. Dans de nombreuses lettres qu’il leur adresse, il essaie de les convaincre que leur différend ne porte pas atteinte «aux préceptes capitaux de la Loi», mais ses efforts se sont avérés vains. Alors, il décide d’envoyer son conseiller spirituel, Ossius de Cordoue à Alexandrie pour enquêter sur les faits et faire les recommandations adéquates. Lui-même n’arrive pas à comprendre la signification de telles querelles et surtout leur importance et leur portée.

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    Après s’être entretenu avec les personnes concernées et avoir mené des investigations sur les points de vue des uns et des autres, Ossius écrit à l’empereur pour l’informer que tout compromis est impossible et que l’hérésie d’Arius ne peut être tolérée et doit être combattue et éliminée. En effet, Ossius, d’origine égyptienne, comme la grande majorité des évêques de l’empire d’Occident, est contre les thèses d’Arius et se reconnaît dans les idées d’Athanase, qui sont celles de l’évêque de Rome.
    À titre de recommandation, Ossius de Cordoue propose de réunir un concile à Ancyre (Ankara). Après avoir obtenu l’accord de Constantin, il se dirige à Antioche, en vue de préparer le concile. C’est lui qui préside l’assemblée préparatoire, composée d’une soixantaine d’évêques, et surtout c’est lui qui rédige un projet de «profession de foi». Ce document, approuvé par la grande majorité des évêques présents, reflète parfaitement les opinions d’Alexandre et d’Athanase. Il demande aux évêques d’affirmer leur croyance «en un seul Seigneur Jésus-Christ, Père, Fils unique engendré du Père et non point du néant»; d’admettre que le Fils a toujours existé, qu’il est «immuable et inaltérable» et qu’il est  à l’image non pas de la volonté ou de quoi que ce soit d’autre mais de l’existence réelle du Père». Le document condamne l’opinion qui dirait que Jésus est une créature et non le Créateur, qu’il n’est pas éternel et qu’il n’est pas immuable par nature, comme Dieu lui-même. Trois évêques ont déclaré s’opposer au contenu du document préparatoire. Ils ont été excommuniés sur place et leurs opinions déclarées hérétiques, mais avec la possibilité de se repentir et de participer au concile.
    C’est dans ce contexte que, sur convocation personnelle de l’empereur romain, le concile s’est réuni, le 20 mai 325 ap. J.-C., non pas à Ancyre, comme cela a été proposé, mais à Nicée, ville byzantine située sur la rive orientale du lac d’Iznik de la Turquie actuelle. Composé de plus de deux cent cinquante évêques, presque tous venus de la partie orientale de l’Empire, le concile a pour mission d’établir, définitivement, la doctrine chrétienne, et notamment, de se prononcer sur la nature de Jésus et sa relation avec Dieu. Le pape, reconnu aussi bien par l’empereur que par les autres évêques d’Occident, ne s’est pas déplacé à Nicée et s’est contenté de se faire représenter par des légats.
    Les détails du déroulement de ce concile œcuménique (réunissant toutes les Églises) sont donnés par l’évêque Eusèbe de Césarée, très proche de l’empereur Constantin.
    Après des mois de discussions, le concile adopte ce qu’on a appelé «le Credo chrétien», celui déjà préparé par Ossius à Antioche et qui concerne les croyances officielles de l’Église quant à la nature de Jésus.
    D’après ce credo, dont une version amendée est aujourd’hui récitée par les chrétiens du monde entier, «Jésus est le Fils de Dieu au sens littéral. Il est Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non pas créé, consubstantiel au Père». Ainsi, le symbole de Nicée ne laisse aucun doute aussi bien sur la divinité de Jésus, affirmant qu’il est «vrai Dieu né du vrai Dieu, méritant comme le Père le nom de Dieu que sa totale équivalence avec le Père qui l’a «engendré et non créé»». En centrant le dogme sur le «mystère trinitaire», c’est-à-dire le Père, le Fils et l’Esprit saint, le concile de Nicée a consacré l’idée selon laquelle, en Dieu, il y a une seule substance, avec trois personnes. Ceux qui ne sont pas d’accord avec ce credo et ce qu’il exprime, comme les adeptes d’Arius, sont, tout simplement, bannis et leurs opinions sur l’identité de Jésus condamnées. Constantin va jusqu’à publier un édit (loi), où il ordonne la destruction par le feu des ouvrages des «hérétiques». Il adresse une lettre à tous les chrétiens, les menaçant de châtiment pour ceux qui iraient à l’encontre du dogme de Nicée. Des lettres de l’Église sont envoyées à toutes les communautés chrétiennes, les informant des décisions du concile de Nicée et la condamnation des thèses d’Arius.
    D’après Richard E. Rubeinstein, auteur du livre Le Jour où Jésus devint Dieu, le document adopté par le concile de Nicée, au lieu de créer le consensus recherché par Constantin a eu l’effet inverse: il a continué à diviser les ariens et les antiariens pendant plus de cinquante ans. En effet, malgré les efforts de l’empereur d’éradiquer l’arianisme, ce mouvement a continué de s’étendre en Orient et commence à toucher l’Occident, en particulier l’Italie.
    Pourtant, l’arianisme est condamné une seconde fois par le concile de Constantinople, convoqué par l’empereur romain Théodose Ier, en l’an 381. Ce concile se réunit en l’absence des évêques d’Occident et des représentants du pape. D’ailleurs, c’est ce dernier concile qui a développé, sur la base du premier concile de Nicée, la formulation de l’article sur l’Esprit saint, donnant ainsi les bases du dogme de la Trinité, c’est-à-dire l’unicité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il a formulé le Credo chrétien, connu sous le nom de «symbole Nicée-Constantinople» qui est récité aujourd’hui, par tous les chrétiens, à la première personne du singulier de la manière suivante: «Je crois en un Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du Ciel et de la Terre, de l’univers visible et invisible, et en un Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non pas créé de la même substance «homoousios» que le Père, et par Lui, tout a été fait. Pour nous, les hommes et pour notre salut, il est descendu des Cieux. Par l’Esprit saint, il s’est incarné de la Vierge Marie. Il s’est fait homme, Il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, Il a souffert, a été enseveli et il est ressuscité au troisième jour selon les Écritures, Il est monté aux Cieux et siège à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et Son règne n’aura pas de fin. Je crois en l’Esprit saint, Seigneur qui donne la vie, qui

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     Le christianisme a été «religion privilégiée» de l’Empire  romain sous Constantin, puis  «religion officielle» au début du règne de Théodose, est devenu «religion d’État» après le concile de Constantinople. Ici l’empereur Constantin en compagnie des évêques du concile de Nicée (Crédit DR)

    procède du Père, qui avec le Père et le Fils est conjointement adoré et glorifié, et qui a parlé par les prophètes. Je crois en une sainte Église catholique apostolique. Je confesse un seul baptême pour le pardon des péchés. J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir. Amen».
    Ce qu’il faut retenir, c’est que le christianisme qui a été «religion privilégiée» de l’Empire sous Constantin, puis après «religion officielle» au début du règne de Théodose, est devenu «religion d’État» après le concile de Constantinople. Concernant la Sainte-Trinité (du latin «trois en un»), elle constitue un point fondamental pour les chrétiens et c’est le concile de Constantinople qui a reconnu la consubstantialité de l’Esprit saint et qui a annoncé qu’un seul Dieu existe en trois personnes. Pour les catholiques, la Sainte-Trinité se compose de trois personnes distinctes, égales et consubstantielles en une seule et indivisible nature:
    - Le Père est le créateur de toutes choses visibles et invisibles;
    - Le Fils (Jésus), engendré par le Père de toute éternité, est la parole du père qui s’est faite chair;
    - Le Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils, est l’amour à la fois et du Père et du Fils.
    D’où la formule, accompagnant le signe de la croix catholique: «Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Amen». Si pour le judaïsme, Jésus n’est ni Fils de Dieu ni Prophète, pour l’islam, comme nous allons le voir, Jésus est un prophète et messager de Dieu mais il rejette toute idée de Trinité. Le Coran déclare:
    «Ne dites pas trois; cessez de le faire; ce sera mieux pour vous. Dieu est unique! Gloire à Lui! Comment aurait-il un fils?» (Coran, IV.171).
    Dans tous les cas, le credo de Nicée a fait l’objet de grands débats entre les chercheurs qui s’intéressent au christianisme, et en particulier au sujet très controversé qui porte sur la nature humaine ou divine de Jésus. Pour certains, il s’agit d’une tentative de faire taire les voix des dissidents de l’Église naissante. Pour d’autres, dont Reza Aslan, il ne fait qu’exprimer une opinion, largement répandue de la communauté chrétienne, influencée par les lettres de Paul.
    En effet, il est un fait historique important à signaler. Les premiers chrétiens n’ont eu, entre leurs mains, que les lettres de Paul qui racontent la vie de Jésus et qui s’adressent, depuis les années 50 ap. J.-C., aux différentes communautés de la Diaspora. Avec la destruction de Jérusalem en 70, il n’y a plus d’assemblée pour contrecarrer les idées contenues dans les lettres de Paul. D’où la réhabilitation générale de ses idées qui vont influencer fortement Jean, un peu moins Luc qui a été son disciple et dans une moindre mesure Marc et Matthieu.
    Ce qui explique que, lorsque le deuxième concile se réunit en 393 ap. J.-C., à Hippone (actuellement Annaba en Algérie), pour déterminer la liste des textes qui vont constituer le Nouveau Testament, quatorze lettres de Paul ont été retenues. Le résultat est que plus de la moitié des vingt-sept livres qui forment aujourd’hui le Nouveau Testament sont soit de Paul, soit le concernant. D’où cette constatation implacable: le Jésus des apôtres, et à leur tête Jacques, a été remplacé par le Jésus de Paul.
    Pour conclure sur la question de l’identité de Jésus, les spécialistes affirment que depuis la fin du Ve siècle, les querelles concernant l’identité de Jésus se sont tues ou, plus exactement, ont été obligées de se taire, souvent par la force.
    La question qui se pose est de savoir si le dogme trinitaire est véritablement bien compris. Pour eux, combien de chrétiens connaissent et comprennent la théologie trinitaire? Ou encore, combien, même parmi les fidèles, croient en la divinité de Jésus? Un sondage Gallup, cité par Fréderic Lenoir, réalisé en 2003, montre que, seuls 20 à 40% de chrétiens européens baptisés croient que Dieu de la Bible est un en trois. Par ailleurs, pour de plus en plus de chrétiens européens, Jésus n’est pas l’incarnation de Dieu. Dans tous les cas, le monde oriental va connaître une autre religion qui a une conception différente de l’identité de Jésus. C’est Jésus de l’islam, tel qu’il est décrit dans le Coran, qui n’est ni Dieu incarné de Nicée ni Fils de Dieu des ariens.

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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