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    Lectures du Ramadan

    Episode 18 Jésus, une grande figure biblique du Coran: La mort de Jésus

    Par L'Economiste | Edition N°:5530 Le 04/06/2019 | Partager
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    Le dernier repas de Jésus (la Cène)
    Le lendemain, mercredi, sachant que Jésus veut passer la Pâque à Jérusalem, les disciples lui demandent où il veut être. Il leur dit: «Allez à la ville, vous y rencontrerez un homme qui porte une cruche d’eau. Suivez-le et là où il entrera, vous parlerez au propriétaire et il vous montrera la pièce réservée où vous pouvez préparer la Pâque». Le soir venu, Jésus arrive à Jérusalem, ce sera son dernier repas.  Concernant le jour de ce dernier repas, la tradition chrétienne le situe le jeudi soir. Ce que contestent certains historiens, dont Tabor et Michel Quesnel, qui affirment que la Cène a eu lieu le mercredi soir et que Jésus a été crucifié le lendemain jeudi, le 14 du mois de nisan. L’erreur vient, selon eux, du fait que le corps de Jésus a dû être descendu à la hâte, avant le début du shabbat et comme le premier jour de Pessah est considéré, lui aussi, comme shabbat, il y a ainsi, pendant cette année, qui correspond à l’an 30 de notre ère, deux shabbat: le vendredi et le samedi. Ce que confirme, d’ailleurs, Matthieu, puisqu’il parle de shabbat, au pluriel, en mentionnant la visite des deux femmes à la tombe de Jésus, le dimanche matin, après «les shabbat». Jean, pour sa part, situe la Cène au mercredi soir. En fait, pour ces historiens, jusqu’au mercredi matin, Jésus a l’intention de célébrer Pessah le jeudi soir mais quelque chose d’assez grave est arrivé pour le pousser à changer ses plans. Deux faits interviennent. D’une part, il sait que les autorités religieuses ne veulent pas qu’il soit arrêté pendant la fête et ce «afin qu’il n’y ait pas de tumulte parmi le peuple» (Marc, XIV, 2) et, d’autre part, il a appris, sans que l’on sache comment, que Judas, l’un de ses apôtres, va le trahir. Si l’on doit retenir l’hypothèse que le dernier repas de Jésus a eu lieu le mercredi, ce qui semble correspondre à la réalité, les fêtes chrétiennes de la Semaine sainte sont, en fait, décalées d’un jour.
    En se référant à l’Évangile de Jean, on constate qu’à la différence des autres Évangélistes, il ne raconte pas le repas avec détails, mais s’arrête sur un fait troublant: avant de passer à table, Jésus décide de laver les pieds de ses disciples. Malgré les protestations de Pierre, Jésus insiste en déclarant : «C’est moi le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez laver les pieds les uns aux autres…» (Jean, XIII). Et Jésus fait une annonce surprenante, il dit que «l’un de vous va me trahir». Devant l’insistance de Jean, Jésus fait comprendre qu’il s’agit de Judas. Il dit: «Certes, le Fils de l’homme va mourir comme les Écritures l’annoncent dans les prophéties, mais quel malheur pour celui qui trahit. Il aurait mieux valu qu’il ne vienne pas au monde!» C’est à ce moment-là que Judas, ayant appris que Jésus et ses compagnons vont prier au jardin de Gethsémani après le dîner, décide de quitter la table pour informer les prêtres. Ce qui est surprenant, c’est que Jésus sait que David a connu la même situation de trahison, comme il l’a écrit dans les Psaumes: «Celui-là même avec qui j’étais en paix, qui avait ma confiance et qui mangeait mon pain, lève le talon contre moi.» (Psaumes, XLI, 10.10).
    Par ailleurs, Jean est le seul Évangéliste qui rapporte que, à la fin du dernier repas et avant son arrestation, Jésus tient un long discours à ses apôtres où il traite de questions primordiales, dont, notamment, les perspectives d’avenir, dans une ambiance grave et solennelle qui marque cette scène des adieux du Maître à ses disciples. Ce discours, considéré par certains spécialistes comme «le testament spirituel de Jésus», objet de quatre chapitres dans l’Évangile de Jean (XIV à XVII), n’est mentionné dans aucun des autres Évangiles. Ce qui n’est pas sans rappeler le dernier discours du prophète Mohammed, sur le mont Arafat, lors du dernier pèlerinage, considéré comme son «testament spirituel».
    En fait, ce qui est étonnant, c’est que ce ne sont pas les Évangiles qui donnent la meilleure narration de ce dernier repas de Jésus, mais c’est Paul qui le fait, dans sa lettre aux Corinthiens vers l’an 54 de notre ère. Paul rapporte que, durant le repas, Jésus prend du pain, remercie Dieu et le partage avec ses disciples, en disant: «Ceci est mon corps qui a été rompu pour vous». (I Corinthiens, XI, 24-25). Toujours selon Paul, une coupe est distribuée. Jésus prend cette coupe de vin et, après avoir remercié Dieu, la fait circuler en disant: «Cette coupe est mon sang qui atteste de l’Alliance nouvelle de Dieu et qui est versée pour une multitude de gens». Il ajoute, énigmatique: «Je vous le déclare solennellement, je ne boirai plus jamais de ce vin jusqu’au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu». Cette tradition, que Paul dit avoir reçue de Jésus, a été reprise par les Évangélistes Marc, Matthieu et Luc mais pas par Jean. Elle est devenue, sous le nom d’«eucharistie», la base de la foi des chrétiens: l’humanité toute entière est sauvée de ses péchés par le sacrifice du corps et du sang du Christ.
    Certains historiens doutent de l’authenticité de cette affirmation que Paul déclare détenir de Jésus lui-même. Certes, lors de chaque repas juif, le pain est rompu, le vin partagé et des bénédictions sont prononcées, mais le fait de consommer la chair humaine ou encore de boire du sang est absolument inconcevable par le judaïsme. Comme nous l’avons mentionné, la Torah interdit de boire du sang animal et rappelle que cette interdiction date du temps de Noé (Genèse, IX, 4). Ce qui est, d’ailleurs, remarquable, c’est que Jacques, frère de Jésus, celui qui a pris la tête du mouvement à la mort de ce dernier, a déclaré que l’on doit prescrire aux non-juifs, qui veulent rejoindre les nazaréens, de rester loin de «la souillure des animaux étouffés et du sang» (Actes, XV, 20).
    Le repas se termine et, selon la Tradition, les personnes présentes chantent les psaumes de louange «les psaumes de hallel»; 113 à 118 dans l’Ancien Testament) et quittent la maison pour se rendre à l’extérieur de la ville, du côté du mont des Oliviers. Sur le chemin, Jésus annonce que tous ses disciples finiront par l’abandonner. La suite des événements n’est pas racontée de la même façon par les quatre Évangélistes, mais tous rapportent que leur déroulement annonce que la fin est proche.
    Ainsi, dans un endroit dénommé Gethsémané, Jésus demande à trois de ses disciples les plus proches, Pierre, Jacques et Jean, de l’accompagner pour prier avec lui. Alors que ses compagnons s’endorment, lui, sombre dans une terrible angoisse et commence à suer des perles de sang. Finalement, Jésus se lève et réveille ses amis.
    En ce moment-là, arrivent des hommes, mandatés par les religieux, accompagnés de Judas qui s’approche de Jésus et l’embrasse. C’est le signe convenu pour reconnaître Jésus et l’arrêter. Contrairement aux autres Évangélistes, Jean rapporte que Judas est accompagné des prêtres les plus influents, des membres de la police du Temple et de six cents soldats romains. Pierre essaie de défendre Jésus mais celui-ci exige que Pierre range son épée en lui disant: «Remets ton épée en place, ceux qui vivent par l’épée périssent par l’épée». Durant le court combat, un serviteur du grand prêtre est blessé. Les disciples s’enfuient dans la nuit. Jésus se rend aux soldats qui l’emmènent chez le grand prêtre, Caïphe, qui l’attend avec les membres du Sanhédrin.
    On s’est posé la question au sujet d’un fait étrange, rapporté par Marc : quand les apôtres ont pris la fuite, à la suite de l’arrestation de Jésus «un jeune homme le suivait (Jésus), n’ayant pour vêtement qu’un drap, on le saisit; mais lui, lâche le drap, s’enfuit tout nu» (Marc, XIV, 51-52).
    Gérard Messadié constate que la tunique que porte cet homme est semblable à celle que porte Jésus, « sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut » (Jean, xv,23) et conclut que c’est le vêtement de rigueur chez les esséniens et que, par conséquent, c’est un membre de cette communauté qui suivait Jésus. Après son arrestation, Jésus sera condamné à mort et crucifié.  
    Comme pour sa naissance, la mort de Jésus constitue l’un des points les plus discutés. En effet, dans les Évangiles, Jésus est mort crucifié et après sa mort, il a été ressuscité et élevé au ciel, le Coran énonce une autre thèse : il affirme, de façon catégorique, qu’il n’a pas été crucifié et qu’il a été élevé vers Dieu. Sur ce dernier point, les deux Livres se rejoignent.  Il n’est pas de notre intention, ici, de disserter sur la question de savoir à qui incombe la responsabilité de la mort de Jésus. Nous nous limiterons à relater les faits, sachant que, après avoir chargé les juifs, les historiens ont tendance, aujourd’hui, à attribuer sa crucifixion aux seuls Romains.
    Ceci dit, on oublie, souvent, comme l’affirme Fawzia Zouari, que le Coran est éloquent sur ce chapitre et ses disciples auraient pu jouer aux parfaits médiateurs. D’après elle, la version islamique de la Crucifixion a le mérite de ne jeter l’anathème sur aucun des deux peuples. Pour elle, Jésus n’ayant été ni tué ni crucifié, il y a, là, de quoi disculper les juifs et consoler les chrétiens.

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    Pour les Évangiles, le procès de Jésus s’est déroulé en trois phases. Il est, d’abord, amené à la résidence privée du grand prêtre. Ce dernier, entouré de quelques membres du Sanhédrin, essaie de justifier l’arrestation de Jésus. Décret du Sanhédrin contre Jésus. Œuvre de James Tissot Crédit DR

    La mort de Jésus selon les évangiles
    D’après les Évangiles, la mise à mort de Jésus a été précédée par un procès, sachant que Jésus a été arrêté par les soldats romains, à l’initiative du grand prêtre du Temple de Jérusalem. À la suite de ce procès, il a été crucifié et mis dans un tombeau trouvé vide le lendemain. Cet épisode se termine par sa résurrection et son ascension au ciel.

    Le procès de Jésus
    Pour les Évangiles, le procès de Jésus s’est déroulé en trois phases. Il est, d’abord, amené à la résidence privée du grand prêtre. Ce dernier, entouré de quelques membres du Sanhédrin, essaie de justifier l’arrestation de Jésus. Il fait appel à de faux témoins qui se contredisent dans leurs déclarations. L’un d’eux déclare: «Nous l’avons entendu qui disait: (je détruirai ce sanctuaire fait de mains d’hommes et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de mains d’hommes)». Il s’agit là d’une accusation grave, car le Temple est l’endroit sacré des juifs. Les Évangiles rapportent l’interrogatoire mené par le grand prêtre. Pour Matthieu, ce dernier dit: «Je t’adjure par le Dieu Vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu». Marc rapporte la question: «Tu es le Christ, le Fils du Béni?» Quant à Luc, il cite le grand prêtre qui dit: «Si tu es le Christ, dis-le nous». Devant le mutisme de Jésus, le grand prêtre cherche à le faire parler.
    Ce qu’il faut retenir, c’est que les Évangélistes ne se réfèrent pas à une quelconque déclaration explicite de Jésus sur sa messianité. Jésus se contente de répondre au grand prêtre: «C’est toi qui le dis». À aucun moment, il ne se réclame comme étant le Christ ou le Messie, ce qui revient au même. En plus, d’après les Évangiles, il ne dit pas, non plus, qu’il est le Fils de Dieu mais annonce que le Fils de l’homme viendra dans la gloire.
    Devant l’attitude de Jésus, le grand prêtre entre dans une grande colère et s’écrie: «Vous l’avez entendu ! Inutile de chercher plus loin. Il blasphème et insulte Dieu!» Le Sanhédrin opte, alors, pour une condamnation à mort de Jésus. Le problème est que, même s’il peut prononcer la mise à mort, il ne peut pas l’exécuter. Il faut l’accord du pouvoir politique, celui des Romains.
    C’est la deuxième phase du procès qui se déroule le jeudi. Le grand prêtre, dès le matin, est obligé de faire comparaître Jésus devant Ponce Pilate, le gouverneur romain. Ce dernier, conscient qu’il s’agit d’un problème de rivalité religieuse entre juifs, n’a pas envie de s’y mêler. Il ne veut pas avoir de problème avec les représentants du Temple, mais, en même temps, ne veut pas condamner un innocent, surtout qu’il reconnaît qu’il n’a pas de reproches à lui faire. L’épouse du gouverneur lui passe un billet où elle lui demande de ne pas se laisser influencer, prétendant avoir eu un songe à son sujet. Au moment où la foule commence à gronder, Pilate apprend que Jésus est de Galilée et qu’il est sous la juridiction d’Hérode Antipas qui, pour les fêtes de Pâque, réside à Jérusalem. Il décide, alors, de lui envoyer Jésus.  Pendant l’interrogatoire chez Hérode, Jésus ne se défend toujours pas. Il est renvoyé chez Pilate qui cherche une solution pour sauver Jésus de la mort. Il faut remarquer que seul l’Évangile de Luc fait état du passage de Jésus devant Hérode, à l’exception des autres Évangiles. Pilate sait qu’à l’occasion de Pâque, la coutume veut qu’un prisonnier soit gracié. Il propose à la foule de choisir entre la libération de Jésus et celle de Barabbas, un repris de justice, un révolutionnaire et un meurtrier. Menée par les religieux, la foule réclame la libération de Barabbas et la mise à mort de Jésus.  Cet épisode est rapporté par Marc et, pour certains auteurs, dont Reza Aslan, il est légitime d’en douter. Ils l’expliquent par le fait que l’Évangile de Marc n’a pas été écrit pour les juifs, mais pour les Romains, sachant que lui-même réside à Rome. C’est une façon pour Marc d’atténuer la responsabilité des Romains dans la mort de Jésus.
    En fait, c’est encore sous la pression des religieux que Pilate accepte l’exécution de Jésus. En effet, les chefs religieux prétendent que Jésus se réclame être le roi des Juifs ; or pour eux, il n’y a qu’un seul roi: l’empereur de Rome. L’Évangéliste Jean (Jean, XI, 50) rapporte ce que le grand prêtre dit à Pilate « Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas toute entière » ou encore «Quiconque se fait roi s’oppose à César». (Jean,XIX, 12). Devant toute cette pression, Pilate accepte de livrer Jésus pour le crucifier, mais pour marquer son désaccord, il se lave les mains devant la foule. D’où l’expression «se laver les mains», c’est-à-dire, ne pas se sentir concerné.
    On peut se poser la question de savoir si c’est pour sa «messianité» que Jésus a été condamné à mort? La réponse est certainement négative, car, à l’époque, le fait de se réclamer ou de se faire proclamer «messie» est un fait assez courant, pour ne pas dire banal. En revanche, s’attaquer au Temple constitue un crime impardonnable. Or Jésus a osé s’attaquer au lieu le plus sacré des juifs, celui qui représente pour eux le symbole de leur alliance avec Dieu.

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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