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    Economie

    Politique du médicament: Grand flop

    Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5527 Le 30/05/2019 | Partager
    Les ruptures de stock deviennent récurrentes
    Faible prix, érosion des marges et étroitesse du marché
    Les industriels souhaitent augmenter 2.000 références
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     En cas d’indisponibilité d’un médicament, certains pharmaciens proposent à leurs clients des génériques lorsqu’ils existent (Ph. YSA)

    Le gouvernement se soucie de la disponibilité des denrées alimentaires pendant Ramadan, mais pas de celle des médicaments. Depuis quelque temps, certains médicaments, parfois vitaux, sont introuvables, obligeant les patients à recourir à des amis installés à l’étranger ou à les acheter à l’occasion d’un séjour en Europe. D’autres encore recourent aux réseaux sociaux pour dénicher la pharmacie qui détiendrait le médicament recherché.

    «Les pharmaciens d’officine eux-mêmes ne sont pas au courant de la rupture de stock de certains médicaments et ne sont pas informés de la date de leur disponibilité. Les grossistes non plus», s’étonne Oualid Amri, président du Syndicat national des pharmaciens. Lorsqu’ils ne trouvent pas un produit, certains patients soupçonnent leur pharmacien de refus de vente.

    En tout cas, la situation devient intenable pour les patients. Questionné sur les raisons de la fréquente disparition de certains produits, le président d’un laboratoire pharmaceutique ne cache pas son amertume: «Le marché marocain du médicament n’est plus attractif pour les laboratoires, et ce pour plusieurs raisons. Il est très petit par rapport à l’Algérie, la Tunisie ou encore le Moyen-Orient. De plus, depuis 2014, nous constatons une importante érosion des prix».

    Le Maroc consomme un peu plus de 12 milliards de DH de médicaments par an (autour de 450 DH par personne). Soit la moitié des dépenses de soins des Algériens. En cause, l’absence d’une couverture médicale universelle et surtout les particularités de l’accès aux soins du fait qu’il fait supporter les frais avant de se faire rembourser. Ce qui est rédhibitoire pour bon nombre de personnes.

    La deuxième raison invoquée concerne les niveaux de prix pratiqués au Maroc. Depuis 2012, avant même l’adoption d’un décret sur les prix, la réduction des prix des médicaments faisait partie de la stratégie gouvernementale en matière de santé. Plusieurs milliers de médicaments ont vu leur prix réduit. Conséquence: beaucoup de laboratoires se sont retirés du Maroc dont Sandoz. Les industriels préfèrent vendre 200.000 boîtes d’un médicament à 100 DH en Algérie, par exemple, plutôt que 50.000 au Maroc à 15 DH.

    Depuis qu’il a enclenché sa politique de réduction des prix, le gouvernement ne veut plus entendre parler de réajustement vers le haut. Pourtant, lors de la préparation du décret sur les prix des médicaments, il avait bien convenu avec les laboratoires de revoir le prix de certains produits.

    Le benchmark réalisé par le ministère de la Santé pour comparer les prix pratiqués au Maroc avec ceux d’un certain nombre de pays (France, Espagne, Belgique, Turquie…)  a révélé que le prix de vente de 2.000 médicaments était trop bas par rapport à ces mêmes pays.

    Les industriels impactés par la baisse des prix avaient réclamé la révision des prix de ces produits en guise de mesures compensatoires. Mais les discussions n’ont jamais abouti. Du coup, ces médicaments, qualifiés parfois de «sociaux» en raison de leur faible prix, disparaissent régulièrement des rayons des pharmacies en raison de leur marge peu attractive. Certains laboratoires vont même jusqu’à demander le retrait.

    Plusieurs produits sont concernés: des antitussifs, des antibiotiques, des dermocorticoïdes, des médicaments pour le traitement des maladies vasculaires… Une marque de pilule contraceptive à 8,8 DH fait même partie du lot. Le point commun de ces médicaments: un prix en dessous de 15 DH.

    Les industriels avaient remis au gouvernement une liste de références dont ils souhaitent obtenir une hausse des prix. A l’évidence, la doléance est tombée aux oubliettes. Selon un opérateur, «le chef du gouvernement actuel ne voudra jamais assumer une hausse des prix des médicaments alors que son prédécesseur se targue de les avoir réduits». La situation serait devenue critique. Les médicaments bon marché pourraient disparaître progressivement pour être remplacés par des produits plus chers qui ne seraient pas à la portée de la majorité des patients.

    «Il faut évidemment écouter les contraintes économiques des laboratoires, mais à un moment donné, il faut aussi penser à l’intérêt du patient», souligne Amri. Ce dernier suggère que le ministère de la Santé, à travers la Direction du médicament et de la pharmacie, fasse preuve de vigilance en garantissant un stock de sécurité et en tenant un tableau de bord pour assurer un suivi permanent.

    Le casse-tête de la TVA

    Depuis le lancement de sa politique consistant à réduire le prix des médicaments, le gouvernement ne veut plus entendre parler de révision à la hausse. Outre le fait que cette stratégie est contreproductive, puisque cela n’a pas contribué à augmenter la consommation des médicaments, le gouvernement se trouve face à un nœud cornélien: il s’agit de la fiscalité des médicaments. A l’inverse de l’ensemble des pays voisins où ces produits sont hors champ, la TVA est de 7%. La réforme envisagée suppose que ce taux soit supprimé ou relevé à 10%. Ce qui devrait inéluctablement se traduire par une hausse des prix.

    Hassan EL ARIF

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