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    Analyse

    Régionalisation avancée: Les cinq batailles du territoire Fès-Meknès

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5523 Le 24/05/2019 | Partager
    Renforcement de l’attractivité, réduction des disparités, développement durable… les défis de la région
    Lutte contre le chômage, qualification des jeunes et valorisation du patrimoine… aussi
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    La région de Fès-Meknès compte 4,4 millions d’habitants. La répartition de la population par préfecture et province montre la dominance du bipôle Fès-Meknès qui concentre 47% de la population de la région. Ne couvrant que 5,6% de la superficie du Royaume, cette région abrite 12,5% de la population nationale, dont 63% vivent en milieu urbain. S’agissant du volet économique, le climat des affaires dans la région semble la pénaliser en matière de dynamique économique. Celle-ci est principalement tirée par l’agroalimentaire (73%), l’artisanat, le tourisme et l’industrie dénotent en effet un grand écart entre les réalisations et les potentialités de la région. En revanche, la région n’accueille que 9% du tissu productif national avec une prédominance des PME et ne contribue qu’à hauteur de 2,4% aux exportations nationales

    «La régionalisation avancée est un levier de développement durable». C’est la conviction partagée entre Mohand Laenser, président du CR Fès-Meknès et de l’Association des présidents de régions, et Saïd Zniber, le wali de la région.

    A la tête du Conseil régional Fès-Meknès depuis bientôt 4 ans, le premier estime que «la participation du gouvernement dans le financement des projets de la région est obligatoire». «La région et les collectivités territoriales font un effort. Elles poussent le gouvernement à aller dans ce sens. S’il s’agit d’un projet de 100 ou 200 millions de DH, la région peut y participer à hauteur de 10%», indique Laenser.

    De son côté, le responsable territorial affirme que «de nombreux chantiers doivent être lancés pour redynamiser la région et rehausser son image». Les dossiers en souffrance sont multiples: compétitivité économique, attractivité territoriale, disparités spatiales, ressources humaines, capital immatériel et patrimoine culturel et environnemental. Tous dépendent de la mise en œuvre de la régionalisation avancée. Décryptage. 

    ■ L’appui de l’Etat est obligatoire

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    Mohand Laenser croit en la dynamique que peut développer l’espace régional. A condition que l’Etat et les autres partenaires se mobilisent aussi.  Car, selon le président de l’Association des présidents de régions, «la région est devenue un acteur principal dans l’élaboration des politiques de développement du pays». Son rôle est de présenter les projets dont la région a besoin. Pour assurer l’évolution escomptée, les élites régionales doivent élaborer un modèle scientifique à même d’améliorer son attractivité en matière de capital industriel. Le but de celui-ci étant de réduire le chômage et lutter contre l’informel. L’implication de différents acteurs, et notamment les universitaires, assurerait la pertinence d’une vision scientifique tendant à résoudre l’équation de l’emploi productif.
    En d’autres termes, le développement socio-économique doit émerger du territoire régional, capable de par ses spécificités, ses ressources et ses institutions, de prendre son développement en main. C’est un volet important qui demande temps et énergie.

    ■ Cinq grands défis à relever

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    Pour Saïd Zniber, wali de la région, «la région doit relever cinq grands défis». «Notre action doit porter en priorité sur le renforcement de la compétitivité économique, l’amélioration de l’attractivité territoriale, la réduction des disparités spatiales entre l’espace urbain et le monde rural ainsi qu’entre les différentes provinces de la région et le renforcement des capacités des ressources humaines, outre les qualifier, et les adapter aux besoins du marché de l’emploi», résume le wali.
    Valoriser le capital immatériel et le patrimoine culturel, et protéger l’environnement et les ressources naturelles, ne sont pas en reste. «Pour aider au financement de ces chantiers, la région pourrait solliciter le soutien de la caisse de mise à niveau sociale et la caisse de solidarité régionale», estiment des observateurs. Pour rappel, les deux fonds devraient totaliser une enveloppe de plus de 230 milliards de DH. De quoi financer les nouvelles missions des conseils régionaux en matière d’animation et de développement économique, social, culturel et environnemental. Qui dit nouvelles missions, suppose aussi nouvelles compétences et bonne gouvernance. L’objectif est de mobiliser toutes les compétences pour assurer à Fès-Meknès le développement qu’elle mérite.

    ■ Agriculture et ressources naturelles
    Fès-Meknès est une des douze nouvelles régions du Maroc instituées par le découpage territorial de 2015. Elle comprend deux préfectures (Fès et Meknès), sept provinces (Sefrou, Boulemane, Moulay Yaacoub, Ifrane, El Hajeb, Taza et Taounate), et 194 communes. Cette circonscription recèle un ensemble d’atouts qui pourraient favoriser son développement économique et social. Elle jouit d’une situation privilégiée entre les pôles économiques de Tanger, Nador, Kénitra et Casablanca. S’étendant sur une superficie de plus de 40.000 km2, son économie repose essentiellement sur l’agriculture. Une activité qui constitue une source de revenus très importante pour 41,5% de la population active (516.000 emplois), et participe au PIB régional à hauteur de 15,5%. Notons que la superficie agricole utile (SAU) dans la région s’élève à environ 1,34 million d’ha, dont 13,7% en irrigué. En ce sens, la région dispose de 5,3 milliards de m3 de ressources hydrauliques, soit 25% de la capacité nationale (8 grands barrages, 24 barrages de petite taille, et un grand barrage (M’dez) en cours de construction), et un espace forestier de 1,4 million d’ha.
    «Pour accompagner ce secteur, il a été procédé à l’aménagement de la 1re tranche du projet Agropolis sur 130 ha qui emploie aujourd’hui 6.200 personnes, la formation professionnelle au profit de 3.000 jeunes et 7.000 fils de fellahs, ainsi que l’équipement de 44.000 ha en système d’irrigation», affirme le wali. A noter que l’investissement public mobilisé, entre 2009 et 2018, en faveur des agriculteurs de la région s’élève à 7 milliards de DH. Ce qui a drainé des investissements privés de l’ordre de 8,3 milliards de DH.

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    La région Fès-Meknès enregistre un taux d’analphabétisme de 37,4% alors qu’au niveau national, celui-ci est de 32,3% (-5,2 points). Idem pour l’indice de pauvreté qui est de 5,2% (au lieu de 4,9% à l’échelle du Royaume). Pour sa part, le chômage touche 8,6% des jeunes de la région (9,7% au niveau national). Chez la tranche d’âge 15-24 ans, ce taux est de 20,2%, soit le même qu’au niveau des autres régions. A noter qu’en matière de scolarisation, la région compte 1.430 établissements et 33.200 cadres éducatifs pour 910.000 élèves.
    Sur 65 élèves, 10% atteignent le niveau secondaire. S’agissant du volet économique, le climat des affaires dans la région semble la pénaliser en matière de dynamique économique. Celle-ci est principalement tirée par l’agroalimentaire (73%), l’artisanat, le tourisme et l’industrie dénotent en effet un grand écart entre les réalisations et les potentialités de la région. En revanche, la région n’accueille que 9% du tissu productif national avec une prédominance des PME et ne contribue qu’à hauteur de 2,4% aux exportations nationales

    ■ L’industrie représente 6% de la valeur ajoutée nationale
    La région abrite aussi une des zones d’activités industrielles les plus importantes du Maroc. En chiffres, le tissu industriel régional compte 1.000 établissements qui emploient environ 48.000 personnes, soit 9% au niveau national. Les unités de production réalisent un chiffre d’affaires annuel de 26 milliards de DH. L’industrie de la région participe à hauteur de 6% (11,2 milliards de DH) de la valeur ajoutée de la production nationale, mais les exportations industrielles régionales ne sont que de 2,4% des exportations nationales.
     Près de 60% de la valeur ajoutée de l’industrie de la région est générée par les secteurs agro-alimentaires, textile et cuir. Enfin, le secteur de l’offshoring constitue un pilier fondamental et un secteur porteur pour l’économie régionale. Il est capable de drainer d’importants investissements étrangers et de favoriser la création d’un volume significatif d’emplois. Ainsi, la région compte aujourd’hui plus de 25 call centers (BPO) à Fès et 16 à Meknès.

    ■ Développer le tourisme aussi
    Par ailleurs, la région Fès-Meknès recèle des potentialités et des atouts touristiques remarquables pouvant jouer un rôle important dans la vie économique et sociale. Le tourisme de la région est essentiellement culturel qui se distingue par son patrimoine historique et architectural de renommée internationale.
    En chiffres, la région de Fès-Meknès dispose de 368 établissements d’hébergement touristique classés, dont la capacité litière totale s’élève à 20.128 lits (5% de la capacité nationale). Cela dit, le tourisme ne réalise que des performances moyennes (un peu plus d’un million de nuitées en 2018), ce qui classe la région à un rang assez modeste parmi les pôles touristiques du Royaume. Pour développer ce secteur, il faut pallier les contraintes. Il s’agit, entre autres, du manque d’animation, promotion, et connexions directes avec les principaux marchés émetteurs, outre l’Afrique. Pour ce dernier volet, l’aéroport Fès-Saïss est connecté avec 25 destinations. Le nouveau terminal enregistre 214 rotations hebdomadaires, totalisant jusqu’à 1,3 million de passagers en 2018.

    ■ L’artisanat pas seulement à Fès
    L’artisanat, de son côté, constitue, selon le wali, un secteur porteur pour la région, où l’on compte plus de 105.000 artisans, 38.045 entreprises et coopératives, 376 organisations professionnelles, ainsi qu’un chiffre d’affaires de 4 milliards de DH. Signalons que la ville de Fès concentre la majorité des artisans et des activités artisanales. Elle est suivie de la ville de Meknès puis les autres villes, comme Sefrou et Taounate qui se caractérisent par une diversité d’activités artisanales en rapport avec les spécificités agricoles de la région. Les principales activités artisanales sont: la céramique et la poterie, la tapisserie, la boissellerie, la vannerie, l’orfèvrerie, l’argenterie, le cuivre et la dinanderie, la soierie et la broderie, la maroquinerie, l’habillement en cuir, la sculpture et la peinture du bois, la ferronnerie, etc.

    Développement inclusif

    Pour pallier les contraintes de Fès-Meknès, la politique de développement régional doit être inclusive. Pour résoudre cette équation, les dirigeants de la région proposent de développer le milieu rural par l’adoption d’une politique agricole pour les zones bour, d’alléger la pression sur les milieux naturels, de rationaliser la gestion des ressources en eaux superficielles et de rattraper le retard accumulé en matière d’infrastructures. Il s’agit aussi de transformer la concurrence (nocive) entre toutes les provinces et préfectures de la région en tant qu’atout complémentaire, surtout entre Fès et Meknès. Une approche justifiée notamment par la proximité territoriale des deux villes, leur appartenance à la même aire géographique et la complémentarité de leurs activités économiques.

    Chômage galopant

    Le taux de chômage, selon le HCP, pour la région est de 11,7%. Il est supérieur à la moyenne nationale qui tourne autour de 10%. Ce qui veut dire que la région, selon le langage des chiffres, est pauvre. Elle représente 12,5% de la population du Royaume et fait 5,7% de la superficie du territoire national. Mais elle ne participe qu’à 9% du PIB, soit 92 milliards de DH. Elle est ainsi classée 4e en termes de création de richesse après Casablanca, Rabat et Tanger. En revanche, elle abrite la plus pauvre province du Maroc, Moulay Yacoub. Boulemane, Taounate et El Hajeb ne sont pas mieux loties. Ce décalage nécessite une «affirmative action». Et c’est ce qui est traduit par l’appui royal aux projets socio-économiques, INDH, et valorisation du patrimoine historique.

                                                                                

    Dix orientations stratégiques

    Le CR avait adopté son schéma régional d’aménagement du territoire (SRAT), en décembre 2017. Ce document constitue une feuille de route pour le développement de la région pour les 25 prochaines années. Fruit d’une large concertation entre différents acteurs de la région, le document détermine dix orientations stratégiques. Elles touchent au renforcement de la bonne planification des villes, la modernisation des infrastructures, la promotion de la formation et de la recherche, et la justice territoriale de toutes les composantes de la région. En outre, le SRAT définit 207 projets ou programmes répartis sur quatre zones, à savoir l’avant-Rif, la zone métropolitaine, le Moyen-Atlas et le périmètre de la Moulouya. Selon le schéma, l’identité de la région devra s’articuler autour de l’industrie agro-alimentaire et l’économie de la connaissance.

    Y. S.A

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