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    Reportage

    Souk El Had d’Agadir: Grand réaménagement, mais peut mieux faire

    Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5518 Le 17/05/2019 | Partager
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    Les ouvriers de 12 entreprises tout corps d’état y sont à pied d’œuvre, depuis déjà 18 mois (octobre 2017)

    Tripadvisor, le Petit Futé ou encore le Routard répertorient sur la liste des sites mondiaux à visiter ce gigantesque souk de 11.000 ha. Le souk d’El Had d’Agadir, le plus grand du Maroc, et même d’Afrique, subit, depuis octobre 2017, une importante mise à niveau, avec un design local.

    Les travaux ont concerné notamment le renforcement du système anti-incendie, le remplacement des 13 portails par de nouveaux, un abattoir moderne de poulet, embellissement de la muraille… le tout pour un montant de 160 millions de DH. A proximité, se situe l’oued Lahouar, réceptacle d’une montagne de déchets et qui mérite d’être couvert.

    Le Souk El Had d’Agadir est en plein réaménagement: les ouvriers de 12 entreprises tout corps d’état y sont à pied d’œuvre, depuis déjà 18 mois (octobre 2017) pour que les travaux soient achevés courant 2020. Au programme: mise à niveau des infrastructures de sécurité, réorganisation des espaces commerciaux, remplacement des 13 portails par de nouveaux, réhabilitation de la muraille, mise en place de faux-plafonds et d’un système de protection du soleil, mise à niveau des infrastructures d’éclairage, d’eau potable, du sanitaire et des eaux usées, embellissement des façades des commerces... La convention signée entre les 5 partenaires impliqués dans ce projet, d’un montant global de 160 millions de DH, compte inscrire cet aménagement dans un esprit de développement durable: collecte, tri et recyclage des déchets du souk, et autonomie énergétique via l’installation de panneaux photovoltaïques sur quelque 32.000m² de terrasses. Dans toutes ces transformations, il y a une devise, comme nous l’explique Samira Saoudi, l’architecte à l’origine -avec un autre architecte, Ali Irizi- de ce projet: «inscrire ce reploiement dans son milieu naturel en usant surtout du matériau local du sud, pour réconcilier ainsi le citoyen marocain avec son passé architectural». Ce gigantesque souk de 11.000 ha, connu mondialement pour être répertorié par les sites les plus prestigieux, (tripadvisor, le petit futé, le routard…), mérite en effet cette rénovation. Pas de l’avis de tous les élus.
    Pour certains, qu’apporte ce projet par rapport aux réaménagements antérieurs, dont le plus important a été effectué du temps du maire Tarik Kabbaj, estampillé USFP, entre 2009 et 2012? Cette question a agité le conseil de la ville, dont le bureau issu des dernières élections municipales est dominé à 100% par les élus PJD. Lorsque ce projet a été inscrit dans le programme du Conseil, certains membres, du parti de la lampe-même, de l’opposition en particulier, l’ont catégoriquement refusé, estimant que les 160 millions de DH investis dans ce réaménagement devaient être orientés ailleurs, dans des projets plus prioritaires pour la ville d’Agadir, comme le bus à haut niveau de service, un projet entrepris par l’ancien conseil présidé par Tarik Kabbaj et qui ne voit toujours pas le bout du tunnel. Il buterait précisément, selon les déclarations du président du conseil, Saleh El Malouki, sur un problème de financement, celui du ministère de l’Intérieur, à travers le Fonds d’accompagnement des réformes du transport urbain (FART).«Ce réaménagement du Souk El Had n’était même pas inscrit dans le plan d’action communal (PAC) d’Agadir, pourquoi le programmer ainsi d’une façon si abrupte?», s’interroge Adam Bouhadma, l’élu communal qui a suppléé à Kabbaj après que ce dernier ait démissionné du conseil. Coincé par une avalanche de critiques, le président du conseil n’avait d’autre réponse à opposer à ses détracteurs que de se cacher derrière la volonté de la wilaya. «C’est elle, en effet, qui a imposé ce projet au conseil, le président n’avait qu’à obtempérer», confirme Bouhadma. Un autre point a suscité des interrogations au sein du conseil de la ville au moment de la signature de la convention: pourquoi choisir la société Al Omrane comme maître d’ouvrage délégué au lieu du conseil de la ville lui-même? Al Omrane percevrait à ce titre «7% des 160 millions de DH investis dans ce projet, ce n’est pas normal.
    En plus, les élus en acceptant cette délégation n’auront plus aucun moyen de contrôle sur le cours de la réalisation de ce projet», se désolent les détracteurs du projet. C’est en effet une commission régionale de suivi et de coordination, présidée par le wali et le gouverneur de la province d’Agadir Ida Ou Tanan, qui supervise toutes les étapes de la réalisation du projet (article 10 de la convention).

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    Il n’y a pas une seule goutte d’eau dans l’oued Lahouar, à proximité du souk, en ce mois d’avril, seulement des montagnes de détritus, de déchets ménagers et de cadavres de volaille qui seront emportés un jour par l’eau, pendant la saison des fortes pluies, pour être déversés dans l’océan tout proche

    Des montagnes de détritus,
    des cadavres de poulets.... dans l’oued

    Les commerçants que nous avons interrogés lors de notre promenade à travers les différents pavillons du marché restent, eux aussi, sceptiques quant à la pertinence de ces transformations. Un vendeur de volailleinterrogé n’a pas de mots assez durs pour fustiger les travaux en cours: «On ne sait toujours pas ce que veulent ces gens de la commune, au lieu de commencer par un parking, de s’attaquer à ces marchands ambulants aux alentours du souk qui bradent les prix, les voilà qui nous importunent encore une fois avec de nouveaux travaux…», s’insurge-t-il. Le marché noir est en effet florissant à l’extérieur du souk.
    A proximité de l’Oued Lahouar longeant Bd Abderrahim Bouabid, côté porte N°6 du souk, des camionnettes et des triporteurs sont stationnés, remplis de poulets, à bord des marchands vendant leurs produits au nez et à la barbe des forces de l’ordre, tout en jetant aux abords de l’oued les saletés du plumage, au grand dam des habitants du quartier Sidi Youssef situé de l’autre côté de l’oued, et de touristes, consternés, qui immortalisent la scène de leurs caméras. Il n’y a pas une seule goutte d’eau dans le fleuve en ce mois d’avril, seulement des montagnes de détritus, de déchets ménagers et de cadavres de volaille qui seront emportés un jour par l’eau, pendant la saison des fortes pluies, pour être déversés dans l’océan tout proche. Quant au parking, il est prévu dans le programme de réaménagement -volet espace extérieurs du souk- la création de nouveaux parkings de voitures, et la mise à niveau de ceux déjà existants. Un parking sous-sol compte parmi les projets de la commune.
    En dépit de toutes ces critiques, le bien fondé du réaménagement en cours est indéniable, il est même indispensable, aux yeux même de la protection civile, qui avait son mot à dire au moment de la présentation du projet: au plan de la sécurité des personnes, «Souk El Had ne répondait pas aux normes minima», et les concepteurs du projet devaient revoir leur copie. Avec 50.000 visiteurs par jour, 100.000 durant l’été lorsque la population d’Agadir est multipliée par 3, il y avait danger en la demeure.
    Le risque le plus grand et le plus dangereux, c’est l’incendie. Aussi, l’urgence N°1 est-elle de renforcer l’infrastructure anti-feu. «Il y avait bien des poteaux et des robinets d’incendie armé (RIA), mais ils étaient en nombre insuffisant, il fallait en rajouter d’autres en réduisant leur distance à 15 mètres au lieu de 30», explique Saoudi.

    Dispositif anti-feu

    Un autre dispositif anti-incendie: équiper la moitié des 13 portails du matériel anti-feu. Des vigiles, formés par la protection civile, au bord de ces portails 24/24h, seraient à tout moment prêts à intervenir pour étouffer le feu avant même l’arrivée des pompiers. «Il fallait aussi agrandir suffisamment ces portails pour que l’intérieur du souk soit facilement accessible aux camions anti-incendie», ajoutent les deux architectes. Deuxième urgence: équiper le souk de sanitaires et de toilettes assez convenables, ceux existant étaient «en nombre insuffisant et dans un état déplorable». Comme il n’y avait pas assez d’espaces pour en construire de nouveaux dans l’enceinte du souk, les architectes en ont dégagé près des portails pour y installer un sanitaire «qui répond au flux des visiteurs et au besoin des personnes à mobilité réduite», note Saoudi. Des équipements de proximité, comme des infirmeries, sont prévus aussi. Le souk connaîtra par ailleurs trois autres modifications importantes. La première concerne l’architecture des portails, le remplacement des anciens par de nouveaux avec un design local, «pour cela, nous nous sommes inspirés de l’architecture de la Kasbah d’Agadir Oufella, arcade en arc de cheval, un nid d’abeille (artisanat de Ouarzazate) et du schiste de la roche de Tafraout». Priorité est ainsi donnée au matériau local et à l’artisanat du Sud. Même chose au niveau des faux-plafonds qu’on va installer pour atténuer le flux du soleil sur les boutiquiers et leurs marchandises étalées à l’extérieur. Ils sont travaillés à l’image du plafond Tataoui (de Tata) et de l’artisanat mamouni. La muraille du souk, longue de 1.200 mètres et haute de 6 à 9 mètres, sera, elle, couleur de terre.

                                                                   

    Un abattoir de poulet aux normes

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    L’autre transformation importante à introduire dans Souk El Had concerne la chaîne alimentaire: pavillons de volaille, de boucherie et de poissonnerie. Pour le poulet, fini l’abattage et le plumage manuels, un exemple d’une unité d’abattage (abattoir), modèle italien, a été présenté à l’ONSSA (Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires), qui l’a approuvé. Une unité avec plusieurs espaces, depuis la réception de la marchandise jusqu’au stockage, en passant par la saignée, la plumaison, le nettoyage et le séchage. «Le client marocain est intraitable sur ce plan, il aime acheter un poulet vivant et regarder l’opération d’abattage et de plumage devant lui. Ce nouveau système ne va pas l’en empêcher, mais avec une hygiène sanitaire assurée, ça sera une première au Maroc», se félicite Saoudi.  Idem pour les pavillons de boucherie et de poissonnerie, ils répondront aussi aux normes de sécurité alimentaire exigées par l’ONSSA, en les dotant d’installations frigorifiques modernes.

                                                                   

    Mise à niveau depuis le tremblement de terre de 1960

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    Pour les 13 portails du Souk, priorité est donnée au matériau local et à l’artisanat du Sud

    Souk El Had n’est pas à sa première mise à niveau, il en a subi plusieurs, depuis le tremblement de terre d’Agadir en 1960. Il fut d’abord un marché hebdomadaire qui se tenait au quartier Talborjt, sous les tentes, comme tous les souks du monde rural. Ce n’est qu’au milieu des années 1970 qu’il a été transféré au quartier industriel, là où il s’y situe jusqu’à nos jours, une situation stratégique, et d’accès plus facile si le système de signalisation avait été mieux renforcé. L’attractivité du souk, site touristique incontournable-tout comme la corniche-, aussi bien pour les nationaux que les étrangers qui visitent Agadir, est indéniable. On y trouve de tout: produits alimentaires, fruits et légumes, poissons, volaille, viande, appareils ménagers, vêtements, poterie, produits d’artisanat, épices, fruits secs… Le marché aura tout à gagner au plan touristique s’il est expurgé de cette myriade de marchands ambulants qui gravitent autour du Souk, s’il est doté d’un parking digne de ce nom, et si l’oued Lahouar longeant Bd Abderrahim Bouabid est couvert. Le Souk avait subi entre 2009 et 2012, du temps de Tarik Kabbaj, maire de la ville, un grand réaménagement qui avait coûté, à l’époque, 120 millions de DH: toiture, dallage, aération et revêtement des allées, eau potable. On y a aménagé entre autres un centre de transfert de déchets et un rayon d’abattage du poulet…La convention de l’actuelle mise à niveau en cours, d’un coût de 160 millions de DH, a été signée en juillet 2017 par 5 partenaires: le ministère de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville, le Conseil régional Souss-Massa, le conseil communal d’Agadir, la wilaya, et la société Al Omrane.

    Jaouad MDIDECH

     

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