×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Earth Beats

    Au Maroc, de la mode éthique pour recycler le plastique

    Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5500 Le 22/04/2019 | Partager
    recycler_plastique.jpg

    Chaque boule de Noël est composée de 5 sacs plastiques recyclés et tissés à la main. La matière de base est l’Alfa, une plante locale utilisée traditionnellement pour le tissage des paniers. Le plastique recyclé est collecté dans la ville et dans les champs aux alentours. Ils sont nettoyés et coupés en bandelettes pour être tissés (Ph. Ifassen)

    Dans les zones périurbaines du Maroc, les sacs en plastique ont pendant longtemps proliféré et étaient devenus de véritables icônes de la pollution.
    «Ces paysages de sachets à perte de vue qui entouraient mon village m’avaient fortement interpellé alors que j’étais encore adolescente. C’est en participant à un concours du Comité national des conseillers du commerce extérieur de la France,  dans la catégorie projet international, que j’ai eu l’idée de monter mon projet», raconte Faïza Hajji, présidente de l’Association du Docteur Fatiha (ADF).
    Deux ans après le concours, en 2006, cette diplômée de Télécom Bretagne en France décide de lancer l’entreprise sociale Ifassen (qui signifie «les mains» dialecte local) à travers l’ADF dans sa ville natale Berkane, au nord-est du Maroc. Depuis, la marque qui a donné naissance à trois coopératives féminines n’a cessé d’évoluer pour monter en qualité et en volume de production, recyclant plus de 56.000 sacs en plastique à ce jour.
    Partant du savoir-faire local des femmes tissant des paniers à multiples usages, ce projet social est, explique Faïza Hajji, une solution alliant protection de l’environnement et entrepreneuriat social. Le concept consiste à recycler des sachets en plastique à travers la fabrication de paniers et de sacs de marché, combinés à l’Alfa, une plante locale souple et résistante, utilisée traditionnellement pour le tissage des paniers. Les sachets en plastique sont nettoyés et coupés en bandelettes puis tissés par les artisanes. D’autres produits se sont ajoutés par la suite comme des objets de décoration, des dessous de plats et des sacs à main.
    Au démarrage, l’association ADF a accompagné les artisanes des coopératives à travers des cycles de formation dans la qualité et l’établissement des processus de production, la gestion des commandes, le développement des outils de communication et de marketing, ainsi que l’appui à la recherche de débouchés commerciaux, localement et à l’export.
    Une grande aubaine a poussé l’entrepreneuse à passer à la vitesse supérieure: le lancement en 2016 par le gouvernement marocain de la stratégie nationale Zéro Mika («zéroplastique» en arabe) pour l’interdiction stricte de la production, de l’importation, de la vente et de la distribution de sacs en plastique à usage unique.

    sacs_en_plastique.jpg

    Entre mars et avril 2018, Ifassen a produit 200 sacs en plastique recyclé, en collaboration avec l’ONG Zéro Zbel, dans le cadre du projet pilote «Alternatives aux sacs en plastique à usage unique»  (Ph. Ifassen)

    Il fallait alors trouver un modèle économique viable, monter en volume de production, se concentrer sur le développement des partenariats et gagner en visibilité. C’est ainsi que se sont rajoutées de nouvelles actions pour qu’Ifassen s’aligne sur cette stratégie nationale. «Grâce au partenariat d’ADF avec le programme Switchmed de l’Union européenne et le collectif Beyond Plastic Med [BeMed] les coopératives associées à Ifassen ont confectionné et distribué gratuitement des sacs réutilisables dans les marchés de Berkane. Le tout associé à des campagnes de sensibilisation», explique Faiza Hajji.
    Entre mars et avril 2018, l’association ADF a mené une étude de marché auprès de 100 clients d’Ifassen et 50 commerçants à Berkane afin de comprendre comment sont utilisés les sacs recyclés. L’étude a montré que les femmes sont plus prédisposées à l’utilisation des sacs recyclés que les hommes, du fait que leurs courses sont planifiées alors que celles des hommes sont occasionnelles. Il a ainsi permis d’améliorer le design et la fonctionnalité de ces sacs, confectionnés désormais à partir des sacs de farine (en polypropylène). Ces derniers sont équipés de deux anses de tailles différentes pour être portés aussi bien à la main qu’en bandoulière. De plus, une fois vides, les sacs se plient facilement ce qui permet de les garder dans la poche. C’est ainsi que l’ADF a produit 200 sacs en plastique recyclé, en collaboration avec l’association Zéro Zbel («zéro déchet» en arabe), dans le cadre du programme pilote «Alternatives aux sacs en plastique à usage unique.»

    a_travers.jpg

    A travers la mode éthique et le design contemporain combinés à l’entrepreneuriat social, le projet Ifassen propose des solutions alternatives à la problématique des sacs en plastique à usage unique  (Ph. Ifassen)

    Aujourd’hui, Ifassen emploie 60 femmes, en faisant participer sept designers pour créer de nouveaux modèles de sacs issus du recyclage des sachets en plastique. Le revenu des ventes de l’ensemble des produits de la marque sert à financer le travail des artisanes et les activités de l’ADF. L’intégralité des prix est fixée en accord avec l’ensemble des femmes des coopératives partenaires, et dans le respect du travail minutieux qu’elles fournissent. Actuellement, explique Faiza Hajji, l’entreprise doit trouver un équilibre «entre les ventes que nous pouvons faire et les produits que nous pouvons offrir».
    C’est dans cette perspective de diversification et de montée en qualité que la marque a ainsi investi l’art contemporain à travers le tout nouveau projet MICAT (Moroccan Initiative for Craft, Art and Technology) en partenariat avec l’architecte marocaine Aziza Chaouni. Il s’agit d’un projet de recyclage du plastique (sachets, bouteilles…) pour le transformer en fil pour alimenter une imprimante 3D. Un concept qui permettra la production d’une grande variété de produits artisanaux à haute valeur ajoutée. Le premier prototype né de cette opération est une lampe dont la structure est imprimée en 3D et sur laquelle les artisanes de différentes coopératives et de différentes régions du Maroc tisseront en utilisant diverses techniques à l’aide de matériaux naturels (roseaux, laine...) ou de récupération (plastique, vêtements).
    «Si nous arrivons à trouver les financements nécessaires, nous allons présenter les lampes au rendez-vous incontournable de la Biennale de Venise qui se tient du 11 mai au 24 novembre 2019», annonce Faiza Hajji. Beaucoup de défis attendent ce projet avec une estimation de coût de 61.000 euros (environ 69.300 dollars), et les résultats espérés sont forts prometteurs.

    Sabrina BELHOUARI

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc