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    Entreprises

    Au cœur d’une réunion d’urgence des métallurgistes

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5499 Le 19/04/2019 | Partager
    Un secteur témoigne sur une désindustrialisation rampante
    Douane, financement, faillite, concurrence déloyale...
    Face aux Turcs et Chinois, des propositions pour la relance
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    Le département du Commerce extérieur a dévoilé, le 13 mars 2019, la répartition des contingents d’importation du fil machine et du fer à béton. Ainsi, 24 entreprises sur 29 en sont bénéficiaires. Les industriels peuvent importer un peu plus de 337.000 tonnes d’acier sans payer de taxe douanière. Au-delà de ce contingent, l’administration perçoit 550 DH par tonne au titre des mesures de sauvegarde appliquées depuis 5 ans. L’Association des sidérurgistes du Maroc (ASM) vient d’obtenir sa prorogation pour trois ans, de 2019 à 2021

    Ambiance tendue à l’assemblée plénière de la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (Fimme), tenue jeudi 11 avril à Casablanca. Les doléances plaintives contre les petits arrangements commerciaux «déloyaux» reviennent en boucle dans les propos de ses membres.

    Dans la liste: les difficultés de trésorerie, les délais de paiement «atrocement allongés», la faillite emblématique d’opérateurs comme Busichelli, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée... Mais aussi la protection commerciale de Maghreb Steel (Cf. L’Economiste n° 5496 du 16 avril 2019).

    Le microcosme de l’acier traîne un chapelet de boulets depuis 5 ans. Les opérateurs pointent du doigt les mesures de sauvegarde lesquelles accentuent, d’après eux, la pression. Cette affaire n’est que l’arbre qui cache la forêt.

    Imofer Sarl réclame «de simplifier les moyens de consignation des droits additionnels» versés à la Douane dans le cadre de la protection commerciale. Son représentant, Wali Slaoui, évoque «des délais qui vont de 7 à 10 jours auxquels s’ajoutent les frais de surestaries». Ces derniers sont payés par un importateur en cas de dépassement du temps convenu par contrat pour le chargement ou le déchargement des marchandises d’un navire.

    La taxe douanière pose un problème supplémentaire lorsque le prix d’alerte entre en jeu. La Douane l’applique aux opérateurs soupçonnés de tricher sur leur prix d’achat de leur marchandise. Ce qui induit que la valeur déclarée est en dessous du prix réel de la matière importée.L’argent consigné par l’administration se veut un filet contre la sous-facturation, et donc la tricherie.

    Elle se base ainsi sur le prix d’alerte et non pas le prix mentionné sur la facture. Les opérateurs qui se prévalent de leur bonne foi se plaignent d’être injustement et doublement taxés. Et ce, sur un prix fixé unilatéralement par les douaniers. Justifiée ou pas, cette pratique administrative augmente les charges (TVA, frais de transports, de livraison...) alors que la corporation se plaint d’une trésorerie sous pression.

    Des banquiers méfiants

    Gilmafer et Delattre Levivier Maroc font d’ailleurs état des difficultés financières du secteur: «Plusieurs entreprises sont en crise. La profession et sa fédération doivent réagir». Delattre Levivier Maroc appelle «à des actions concrètes comme la création d’un fonds de soutien garanti par l’Etat. Le rôle de notre fédération est fondamentale».

    La situation financière difficile de certains acteurs emblématiques du marché, comme Maghreb Steel ou Stroc Industries, nourrie à tort ou à raison la méfiance de plus en plus grandissante des banquiers. Gilmafer relève «une limitation des lignes de crédits» de plus en plus récurrente. «Des établissements sont prêts de donner des crédits en contrepartie d’une garantie que seule l’Etat peut fournir», insiste Delattre Levivier Maroc. 

    L’accès aux «marchés publics structurants» pour la corporation se greffe aux doléances. Ceux des énergies renouvelables et des phosphates sont cités en exemple. Le cas des sud-coréens Samsung et Daewoo a laissé des séquelles encore vives «au vu des ardoises laissées aux sous-traitants locaux qui ont fait le job», s’indigne la présidence de la Fédération des métallurgistes. 

    Accéder aux marchés publics au nom de la préférence nationale pourrait créer un cercle vertueux. La Fimme en est convaincue lorsqu’elle aborde la législation sur les contrats de partenariat public-privé et ses effets structurants pour les opérateurs. «L’expansion vers le marché africain n’est pas évidente. Il faut avoir des références face à nos concurrents chinois et turcs, et qui ont de plus de gros réserves financières», plaident ses membres à l’unisson.

    Une entreprise de chaudronnerie témoigne sur son cas concurrentiel. Les chaudières importées de Chine, de Turquie et de Roumanie donnent des sueurs froides à toute une filière: «Leurs produits importés coûtent moins cher que ceux produits au Maroc».

    A qui la faute? Pas seulement aux effets pervers de la défense commerciale (Cf. L’Economiste n°4243 du 28 mars 2014).

    «Donner l’exemple»

    Diagnostiquer une à une les filières de l’acier et leur maux s’impose. C’est du moins l’un des projets phares envisagés par la Fimme. L’un de ses opérateurs lève un lièvre lorsqu’il aborde «un petit marché de galvanisation qui souffre de surcapacité».

    Créée en 1975 à Casablanca, Galvafil produit du fil machine pour la paille, les serres agricoles, de construction métallique, de clous... L’entreprise de la famille Benmoussa appelle à «vulgariser chez les prescripteurs la solution acier par rapport à d’autres matériaux comme le béton».

    Le lobbying pour l’acier soulève un autre dossier, celui de la Commission nationale du BTP. La Fimme n’y siège pas. Or cette commission établie les normes de classification en matière de chaudronnerie, de charpenterie...

    Quant au fabricant de tubes d’acier Batifer, il suggère de pallier l’étroitesse du marché local via l’export. Manière de doper la consommation et donc la production. Quoique difficiles à réaliser mais pas impossibles, les ambitions d’exportation des tubistes doivent composer encore une fois avec «les grosses capacités de production de la Chine et de la Turquie».

    Il va falloir d’abord assainir la situation d’un secteur rongé par «la concurrence déloyale». Le jeune président de la Fimme, Tarik Aitri, tient à avoir un discours cohérent vis-à-vis de ses confrères: «Nous devons donner l’exemple avant d’aller demander quoi que ce soit à l’Etat».

    Le DG de Prominox se proclame pour la préférence nationale dans les marchés publics «mais à condition d’être irréprochable» sur le plan du droit de la concurrence. «C’est facile de baisser les prix. Il faut en revanche six mois pour revenir au prix initial», avertit la présidence.

                                                                            

    Maghreb Steel et les mesures de sauvegarde

    Les dossiers de défense commerciale sont particulièrement sensibles. Maghreb Steel a déposé en janvier 2019 une demande de mesures de sauvegarde auprès des enquêteurs du Commerce extérieur. Sa requête emboîte ainsi le pas au bouclier antidumping déjà obtenu contre la tôle turque et européenne. La nouvelle demande du sidérurgiste suscite des inquiétudes.

    La Fédération est catégorique: «Après analyses, études et vote, une position définitive (a été prise) contre toutes les mesures de sauvegardes antérieures et futures», annonce la Fimme dans sa feuille de route rendue publique jeudi 11 avril. Cette position ne vise pas les autres mesures de défense commerciale mises en place pour le rond à béton et le fil machine.

    Tout en étant concerné en premier lieu, l’unique producteur local de tôle préfère calmer le jeu. Hatim Senhaji, DGF délégué de Maghreb Steel, présent à la réunion, propose ainsi de «soutenir les entreprises qui veulent exporter»! Autres propositions aux membres de la Fimme, «travailler sur des offres personnalisées» et «réfléchir sur les mesures de défense commerciale». La demande de Maghreb Steel relance un bras de fer qui dure depuis 5 ans avec les autres membres de la Fédération.

    Faiçal FAQUIHI

     

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