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    Analyse

    Sous-produits d’huile d’olive Les nouvelles pistes de valorisation

    Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5497 Le 17/04/2019 | Partager
    Un projet pilote est mené dans la région de Fès en partenariat avec la JICA
    Une technique pratiquée avec succès au Japon dans le traitement des rejets industriels
    Evaporation naturelle ou forcée, une méthode répandue au Maroc pour se débarrasser des margines
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    Dans l’olive, rien ne devrait se perdre, tout pourrait être transformé. Allusion est faite aux margines (effluents liquides) et grignons (effluents solides), qui, rejetés en milieu naturel en l’absence d’un traitement adéquat ou d’une valorisation, constituent une véritable menace pour l’environnement notamment les ressources en eau.

    Une situation qui prend de l’ampleur aujourd’hui avec l’expansion au cours de cette dernière décennie de la culture oléicole, grâce au plan Maroc Vert. La production moyenne durant ces années s’est établie autour de 1,35 million de tonnes/an contre moins de 900.000 t/an en 2008. Une belle performance qui a permis au Maroc de se construire une réputation en matière d’huile d’olive, et, par conséquent, a aussi conduit à l’accroissement des unités de trituration à travers le pays.

    «Leur nombre dépasse 12.000 unités dont environ 11.000 unités traditionnelles (mâasras) et près d’un millier de structures modernes ou semi-modernes», précise Mohamed Rahmani, professeur à l’IAV Hassan II-Rabat et spécialiste en valorisation des produits agroalimentaires, et étude d’impact environnemental.

    Certes, cet accroissement va se traduire positivement sur les populations des régions concernées notamment en termes de revenus et emplois, mais il aura cependant un impact négatif sur l’environnement (voir entretien). L’opération de trituration, rappelons-le, dégage deux sous-produits, margines et grignons.

    «Actuellement, le volume des margines produites par an varie entre 400.000 et 500.000 m3 et celui des grignons d’olive entre 650.000 et 750.000 tonnes», indique Rahmani. Plus la filière oléicole gagnera du terrain et plus cette situation, si elle ne trouve pas de débouché, pourrait s’aggraver davantage. Il faut dire que les objectifs 2020 tablent sur 2,5 millions de tonnes d’olives et 330.000 tonnes d’huile d’olive.

    Pour l’heure, à peine quelques initiatives pour le traitement ou la réutilisation de ces rejets après leur valorisation existent, mais ne constituent qu’un bien maigre exutoire. Parmi ces rares exemples, le projet mené par l’Agence du bassin hydraulique de Sebou (ABHS) dans le cadre d’un partenariat avec la coopération japonaise (JICA).

    Une étude est lancée pour l’expérimentation de nouvelles technologies japonaises pour la valorisation des déchets solides oléicoles. Elle sera réalisée par la joint-venture entre les deux entreprises japonaises «Eco-Stage Engineering Co. Ltd» et «Suntech Co. Ltd», est-il indiqué.

    «C’est une technologie déjà pratiquée au Japon dans le traitement des rejets industriels très concentrés semblables aux margines et les grignons d’olives. Cette expérience pilote sera menée au niveau de la zone industrielle Dokkarat à Fès», explique un responsable à l’ABHS.

    «Grâce à cette expérience, l’Agence disposera d’une sécheuse à décompression et à chaleur d’huile, qui permettra, d’une part, le traitement des grignons rejetés par les unités de trituration et, d’autre part, l’extraction d’huile de la seconde trituration», est-il expliqué auprès de la JICA.

    Les déchets restants seront traités pour obtenir de la matière première servant à produire des combustibles, des aliments pour le bétail et les fertilisants à haute valeur ajoutée, contribuant ainsi à réduire le risque d’impact environnemental.

    «A la fin de ce projet, un rapport sur le résultats des essais réalisés dans une trentaine d’huileries à Dokkarat sera établi. Il servira de base à une étude de faisabilité concernant cette  technologie sur le plan technique et financier», précise le responsable de l’ABHS.
    La réussite de ce projet sera d’une grande utilité à la région de Fès-Meknès considérée comme championne dans la production d’olives (30% de la production nationale).

    Pour rappel, près de 600 huileries sont actives au niveau de cette région en plus des centaines d’unités traditionnelles éparpillées dans les différentes communes urbaines et rurales. «Ces unités produisent des margines qui représentent l’équivalent des rejets en eaux usées d’une population de 6 millions d’habitants», affirme une source proche du dossier. Un danger pour les ressources en eaux situées à l’intérieur du périmètre du bassin de Sebou considéré comme un des plus grands réservoirs du Maroc.

    En attendant le OK final, rappelons qu’il existe de multiples options pour la valorisation et le traitement des déchets produits par les huileries. «Les margines peuvent être traitées par évaporation naturelle ou forcée, ou servir d’épandage sur sols agricoles en tant que ferti-irrigants et l’utilisation dans la production de bio-compost…», rappelle le professeur de l’IAV Hassan II.

    Selon ce dernier, au Maroc, la tendance est vers l’utilisation de systèmes d’extraction à deux phases, dits écologiques, et la collecte des margines dans des bassins étanches, en vue de leur évaporation. Toujours dans le même registre, Rahmani rappelle qu’un décret est en cours de finalisation pour autoriser, dans des conditions raisonnées, l’épandage des margines sur des sols agricoles en tant que ferti-irrigants.

    Ce système est déjà pratiqué dans plusieurs pays comme l’Italie qui autorise l’utilisation de 80 m3 par ha. Avec ce procédé, on pourra donc absorber la totalité des margines produites au Maroc avec seulement quelques hectares, mais il faut activer l’adoption du décret, signale Rahmani. A ce titre, il faut noter que plus de 60% des margines produites au Maroc sont stockées dans des bassins pour subir par la suite une évaporation naturelle, conclut-il.

    Des pistes pour le grignon

    LE grignon pose relativement moins de problème que les margines, car il est partiellement valorisé comme combustible (fours, briqueteries, hammams, cimenteries...). A ce titre, il convient de citer l’expérience développée par le groupe Veolia au niveau de l’usine de Renault à Tanger. Depuis 2012, le groupe a mis en place sur le site une unité de production de l’eau chaude par trois chaudières pour chauffer le process de l’atelier de peinture de l’usine. Ces chaudières utilisent les grignons d’olives comme combustible avec un volume annuel de près de 25.000 tonnes. Ce procédé a permis d’économiser près de 300.000 m3 d’eau par an, selon la direction du groupe Veolia. Les noyaux d’olives ont un excellent pouvoir calorifique et commencent à être utilisés dans les chaudières pour la production de vapeur, notamment par certaines cimenteries, ajoute Rahmani. Le grignon est également valorisé par l’extraction de l’huile résiduelle par solvant (hexane) ou par la technique du «repassage» ou encore dans la production du bio-compost. Après la séparation des noyaux, le grignon peut trouver également des applications en alimentation animale. Dans le cadre des aides octroyées par le Fonds de développement agricole (FDA), l’Etat finance à hauteur de 10% la construction et l’équipement d’unités de valorisation des grignons d’olive, avec un plafond de 1,5 million de DH. Mais l’enclavement de beaucoup de zones handicape une bonne valorisation des grignons, constate Rahmani.

    Noureddine EL AISSI

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