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    Culture

    Un livre pour éviter les crampes morales!

    Par Nadia SALAH | Edition N°:5489 Le 05/04/2019 | Partager
    Le dernier livre d’Ali Benmakhlouf, coiffe une vie de recherches sur l’emploi de la logique
    Un endroit pour piller des concepts
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    Le Pr. Ali Benmakhlouf au Forum de Paris Casablanca Round, sur «les bouleversements politiques et défis économiques». Il est très rare qu’un philosophe  soit chargé d’une conférence  dans un Forum sur les questions techniques. L’éclairage de Benmakhlouf, après un moment d’étonnement, fut très apprécié

    Si Ali Benmakhlouf vous dit: «Sautez l’introduction, le reste est facile à lire», ne le croyez pas. 
    Sous cet élégant titre «La force des raisons» (non pas «de La raison»), est pourtant un de ces ouvrages-piliers, où l’on peut aller voler quelques concepts.  Le plus utile sera la «crampe mentale». Cela arrive, non pas lorsqu’on lit un livre difficile, mais lorsqu’on ne sait plus faire avancer ses propres pensées pour arriver à comprendre une contradiction ou bien dépasser des batailles d’idéologies. Ou bien encore quand on veut appréhender  les effets d’une rencontre entre la foi et la raison, la sagesse et la loi. 

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    Chez Fayard, collections Ouvertures, une collection qui regroupe les ouvrages difficiles,  non pas à cause du style  de l’auteur ni parce que les idées seraient absconses, mais parce que ces idées ont besoin de finesse dans l’approfondissement. Ceci dit, avec de l’attention, parfois un crayon, on arrive à suivre le Pr. Ali Benmakhlouf lorsqu’il dissèque les mots idées. On n’en finirait pas d’énumérer ses titres: on se contentera de dire qu’il faut surveiller, dans L’Economiste les programmes de la Villa des Arts de Rabat et de Casablanca: il y vient régulièrement en conférence​

    Des centaines de millions d’êtres humains vivent sans gêne le rapprochement de ces concepts. Pourquoi d’autres n’y arrivent-ils pas? Pourquoi ces autres-là, qui ont transformé la planète en moins de deux cents ans qui étaient plus sensibles aux messages divins qu’aujourd’hui, sont si mal à l’aise? Ils sont victimes d’une «crampe morale».
    L’ennuyeux c’est que c’est eux qui donnent le ton aux autres. Il y aura de l’excommunication dans l’air si vous persistez à rapprocher ce qu’il est interdit de vivre ensemble LA raison et LA foi. Après la lecture, vous rétorquez en sortant un des talismans «benmakhloufiens»: «Je ne peux pas dire avoir fait une inférence  à partir de tel ou tel fait» (ce qu’écrivent la plupart des dictionnaires) car la réalité de la démarche est d’aboutir à une inférence (conclusion) «en utilisant telle ou telle règle». Quand on y réfléchit, c’est évident. La première phrase est un raccourci commode, qui prive le promeneur des paysages les plus beaux. La deuxième, qui parle de règles de logique, ouvre des mondes.
    Le livre est comme cela, à peu près partout. Cela sert à penser la science, quand elle est encore dans son enfance et qu’il faut fixer l’éthique avant qu’on puisse en arriver à la loi. La science a fait exploser les capacités de la médecine en vingt ans. Des explosions encore plus grandes attendent les humains dans ce domaine qui les concerne si intimement : quand sommes-nous des morts? Quand le cœur ne bat plus? Est-ce si sûr? Que fait-on réellement avec la fécondation in vitro? Est une question de désir, de foi ou de logique? 
    Ayant accompli deux mandats au Comité d’Ethique en France (le maximum possible), l’auteur sait de quoi il parle. En outre, il mobilise une connaissance encyclopédique sur les philosophes logiciens, qu’il cite pile-poil au bon moment. Avec une bonne grosse cuillère de Montaigne ou d’Alice au Pays des Merveilles, pour flatter les neurones gourmands.
     «La Force des Raisons» sert à «défaire ainsi les crampes mentales, la conscience apeurée d’un monde livré aux technologies et l’inflation de la parole des experts». «L’éthique n’a pas à se faire science», elle n’est pas un savoir en soi, mais s’appuie sur des savoirs pour composer un mode de raisonnement, qu’il faut sans cesse réévaluer. L’éthique n’est pas une charte en rade. Elle évolue au contraire dans le monde de la méthode.
    En fait, on l’avait bien deviné, surtout au Maroc où les valeurs de la société passent plus vite qu’une vie d’homme. Où la foi doit faire sa place dans les cœurs ET dans les têtes. Si l’auteur cite maints philosophes musulmans, il évite la bataille des «crampes mentales».

    Bien au-delà du paradoxe de Russell

     

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    Cet ouvrage est l’un des premiers livres du Pr. Ali Benmakhlouf. Bertrand Russell (1872-1970), mathématicien et philosophe, a marqué le XXe siècle en développant une nouvelle logique mathématique et la théorie de la connaissance. Il est considéré comme l’un des pères de la philosophie analytique. 
    En logique, il a produit le paradoxe qui porte son nom, dont tout le monde connait au moins une des déclinaisons: Que fait le menteur quand il dit «je suis un menteur»? Il ne ment pas donc il n’est pas un menteur puisqu’il dit la vérité, ou bien il ment et alors il n’est pas un menteur non plus. Sujet insoluble.
    On peut aussi chercher «La Raison de la Question des limites», publié il y a 25 ans chez Le Fennec. On cherchera aussi les podcast de France Culture qui conservent les entretiens avec l’auteur («Les chemins de la Philosophie», «la question scientifique», «culture d’Islam») ou chez 2M l’émission de Berrada «Mais encore». Et puis bien sûr les diverses chroniques d’Ali Benmakhlouf pour L’Economiste et Atlantic Radio.

     

    Un  vrai succès: 3,3 millions d’occurrences

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    Pour un livre de philo édité en 2015, plusieurs fois réédité et traduit depuis, faire 3,4 millions d’occurrences sur Google, c’est un record. Pour l’auteur, ce sont des records de conférences, de déplacements, d’entretiens presse, TV, radio ou internet.  
    En lisant ce texte, on apprend, sidérés, qu’au Maroc, les philosophes arabes ne sont pas enseignés dans toute leur splendeur et/ou petitesse. Et surtout on a oublié, comme en Occident, les mille fils qui unissent les progrès de la pensée, même quand ils passent par ce côté-ci de la Méditerranée. Ces philosophes unissaient  la raison et l’intuition, le raisonnement et l’inspiration, la réflexion avec ses sœurs la méditation et la contemplation - pour produire un discours philosophique infiniment plus riche par conséquent que celui qu’ailleurs la rationalité prétend produire toute seule. Infiniment plus riche aussi qu’une foi affaiblie par le culte du rite et par la recherche du pouvoir politique.

     

     

     

     

     

    N.S

     

     

     

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