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    Reportage

    Le Caire, une civilisation millénaire, une population accueillante, un bakchich omniprésent…

    Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5479 Le 22/03/2019 | Partager
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    Une civilisation millénaire, un centre urbain le plus important du monde arabe et de l’Afrique du Nord, qui a fasciné des générations entières d’Arabes et au-delà par sa langue, son cinéma, son théâtre, sa musique, ses hommes de lettres et ses leaders politiques. Le Caire fait rêver plus d’un (Ph. AFP)

    Visiter Le Caire fait rêver plus d’un. Les pyramides de Gizeh renvoient à une civilisation millénaire. Le musée de la ville, le souk Khan Al Khalili, la mosquée Al Azhar, la citadelle Saladin…, autant de monuments qui méritent le détour. Héros des jeunes égyptiens, le portrait du footballeur Mohamed Salah est partout placardé. Une population fort accueillante, mais engluée aussi dans la pauvreté, et toujours à quémander du bakchich.

    Une civilisation millénaire, un centre urbain le plus important du monde arabe et de l’Afrique du Nord, qui a fasciné des générations entières d’Arabes et au-delà par sa langue, son cinéma, son théâtre, sa musique, ses hommes de lettres et ses leaders politiques. Le Caire fait rêver plus d’un. C’est aussi la ville la plus peuplée avec ses 20 millions d’habitants.

    Pour les Marocains, un visa est obligatoire, à demander auprès du consulat d’Egypte à Rabat, il faut s’y prendre plusieurs jours à l’avance pour l’obtenir, sauf pour les seniors pour qui l’étude du dossier s’effectue sur place (en l’espace de 48h et coûte 450 DH).

    Dès l’arrivée à l’aéroport, le visiteur est ainsi plongé dans l’atmosphère, les posters de quelques stars d’Egypte sont placardés aux murs: Mohamed Abdelwahab, Oum Kaltoum, Youssef Chahine, Abdelhalim Hafed, les Pyramides, le Sphinx… Mais un sentiment contradictoire de fascination et de désenchantement prend le visiteur à la gorge dès qu’il fait ses premiers pas dans la mythique ville.

    Le portrait du footballeur Mohamed Salah, l’idole des jeunes Egyptiens aujourd’hui (il évolue actuellement à Liverpool), rivalise avec celui du président Abdelfattah Al-Sissi, les deux sont affichés l’un près de l’autre sur les murs, alors que nous traversions les premiers faubourgs du Caire dans un embouteillage infernal. Le slogan «Vive l’Egypte des Egyptiens libres» est partout placardé en grosses lettres arabes là où nous circulions.

    Si aimé Mohamed Salah? «Adulé vous voulez dire! C’est notre fierté, il est jalousé par tout le monde, même des politiques», lance notre chauffeur de taxi, un quadragénaire, tout en évitant de justesse de renverser un passant qui voulait traverser le boulevard au milieu de la jungle des voitures, des bus, des taxis.

    Et Al-Sissi? Plus aimé que Hosni Moubarak? «Rien à voir. Si 20% des Egyptiens étaient en colère contre l’ancien Raïs, ils le sont à 80% contre l’actuel. Pourquoi l’aimer? L’école est en perte de vitesse, le chômage bat son plein, et les salaires sont au plus bas… Ne me parlez pas de Moubarak, tout le monde le regrette», poursuit notre chauffeur.

    «Oum El Dounia»

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    La première chose à faire pour tout touriste une fois au Caire est de se rendre au Gizeh, sur la rive ouest du Nil, pour visiter les grandes pyramides de Khéops, Khephren et Mykérinos, et le majestueux Sphinx, monuments qui renvoient à la civilisation égyptienne la plus antique (Ph. JM)

    Malgré les milliers d’arrestations et les sévères condamnations qui ont accompagné le nouvel homme fort du pays après l’éviction de Mohamed Morsi démocratiquement élu après la révolution de janvier 2011, les Cairotes restent férus de politique et parlent des sujets qui fâchent sans crainte, il suffit qu’ils ne crient pas sur les toits leurs opinions politiques opposées au régime.

    Quoi qu’il arrive, révolution ou pas, l’Egypte reste «Oum El Dounia» (la mère de l’univers) pour les Egyptiens, la patrie la plus civilisée du monde. Ils ont un peu raison quand on découvre quelques monuments des plus célèbres au monde, dont les pyramides de Gizeh et le musée du Caire.

    Se balader aussi à partir de la célèbre place Al Tahrir jusqu’au quartier Khan Al Khalili et la mosquée Al Azhar vous confirme dans cette idée mitigée: une population à la fois accueillante et fort disponible pour vous venir en aide, mais engluée aussi dans la pauvreté et toujours à quémander du bakchich.

    Il faut même s’attendre à quelques coups bas. Sans généraliser, les Egyptiens sont aimables et usent d’un langage mielleux, si le touriste ne prend pas garde, il pourrait se faire facilement rouler dans la farine. Quant à conduire au Caire, c’est une autre histoire: les embouteillages à Casablanca c’est une partie de plaisir comparée au Caire et ses 3 millions de véhicules.

    On conduit dans tous les sens, et mises à part les grandes artères, point de passages cloutés pour les piétons, les feux rouges sont rarement respectés, et la ceinture de sécurité n’est jamais utilisée. Mais l’on ne voit jamais d’accidents, ou des conducteurs en colère descendre de leurs véhicules pour s’insulter. Normal, commente, un guide, «ils ont intérêt à éviter les accidents, la moitié de ces véhicules n’est pas assurée».

    A tout seigneur tout honneur, la première chose à faire pour tout touriste une fois au Caire est de se rendre au Gizeh, sur la rive ouest du Nil, pour visiter les grandes pyramides de Khéops, Khephren et Mykérinos, et le majestueux sphinx, monuments qui renvoient à la civilisation égyptienne la plus antique.

    Du haut de ces pyramides, c’est «quarante siècles qui vous contemplent», avait lancé Bonaparte s’adressant à ses soldats lors de sa campagne d’Egypte. C’est la route des Pyramides (sharia El-Ahram) qui y mène, qu’on peut parcourir en 40 minutes (en heure de pointe). Droit d’entrée du site, 20 livres égyptiennes, soit un euro, un prix spécial pour les touristes arabes (il faut montrer son passeport), à multiplier par quatre pour les autres nationalités.

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    Musée du Caire, au cœur de la place Al-Tahrir: 160.000 objets exposés, 100 millions de visiteurs au 20e siècle (Ph. JM)

    Un supplément est à régler pour ceux qui veulent entrer à l’intérieur des pyramides ou visiter le musée de la barque solaire. Des guides touristiques sont à l’affût, dès que l’on se trouve sur le site, et même avant, pour vous faire un tour au pied des pyramides à dos de chameau ou à bord d’une carriole à cheval. Il faut bien négocier le prix, l’un d’eux hâte le pas vers nous.

    «Carriole ou chameau?». «Ça dépend du prix», avons-nous répondu d’emblée en arabe. «Ah, vous êtes du Maroc, voilà un beau pays, 60 euros pour 2 heures de promenade, un prix spécial pour vous, c’est la moitié de ce je demande aux étrangers. J’aime beaucoup votre pays, sauf son équipe nationale de foot, c’est notre hantise…», nuance-t-il.

    Après une rude négociation, le guide a accepté de nous accompagner à 30 dollars, pour deux heures de promenade. L’humour est inné chez les Egyptiens, ils s’en donnent à cœur joie en dépit de toutes les difficultés du monde. Azmi (le nom de notre guide) tourne tout en dérision. «L’Egypte avant et après la révolution? Aucune différence.

    Si, il y a une, de taille, moins de touristes qu’avant. Pendant la révolution, quand la place Al Tahrir était bondée de manifestants, nous, ici, nous nous tournions les pouces», se plaint notre interlocuteur. Constat confirmé par Hani Mustapha, journaliste à Ahram Weekly, un hebdomadaire d’information anglophone (le pendant d’Al-Ahram Hebdo en français) faisant partie de l’emblématique journal Al Ahram.

    Avant la révolution, raconte-t-il, «le tourisme se comportait même très bien. Les hôtels à Charam Al Cheikh et Louxor affichaient complet. Pendant les quatre ans qui ont suivi cette dernière, c’est la descente aux enfers. Le coup de grâce a été porté suite à l’attaque contre l’avion russe en Turquie en 2015 et les touristes de ce pays, qui constituaient une bonne part du marché, commençaient à bouder l’Egypte.

    Ce n’est que récemment que la reprise est confirmée par l’Office du tourisme égyptien: en 2017, 8,2 millions de touristes (+54,7%) avaient visité le pays, dont 140.000 Français (+146%). Reprise confirmée durant le premier trimestre de 2018, période où le secteur a généré 2,2 milliards de dollars, presque deux fois les revenus de l’année 2017, sans atteindre toutefois les performances de 2010. La contribution du tourisme au PIB du pays a été de 11% en 2017.

    Photos interdites

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    Oum Kaltoum ou encore Mohamed Abdelwahab, les grandes icônes égyptiennes et du monde arabe. Le portrait du footballeur Mohamed Salah, l’idole des jeunes Egyptiens aujourd’hui, rivalise avec celui du président Abdelfattah Al-Sissi sur les murs de la ville (Ph.AFP)

    Nous l’avons constaté lors de notre visite aux pyramides, et essentiellement au musée du Caire, l’une des destinations privilégiées de ces touristes. En attendant le grand musée du Caire (ou GEM pour Great Egyptian Museum) actuellement en construction, tout près des pyramides de Giseh, dont l’ouverture est prévue pour 2020, c’est le musée actuel (ouvert de 9h à 16h 45) se trouvant en pleine place Al Tahrir, qui est fréquenté. Pour bien l’explorer, il faudra au moins une demi-journée. Il a accueilli près de 100 millions de touristes au 20e siècle.

    Le matin de notre visite, nous trouvons les guichets bondés: comme pour les pyramides, le droit d’accès est divisé par trois pour les Marocains, à l’instar des Egyptiens, soit 40 livres égyptiennes (LE). Un ticket supplément est à ajouter (30 LE) si l’on veut accéder aux salles de momies, à se procurer au 1er étage du musée. Interdiction faite aux visiteurs de filmer ou de prendre des photos. Pour cela, il faut acheter un ticket spécial: 25 LE, pour les Arabes. Sauf pour la salle des momies où les photos sont formellement interdites.

    Mais comme c’est un pays où le bakchich fonctionne bien, toutes les interdictions sont surmontables. Des scènes d’altercations entre touristes, qui utilisent la caméra de leurs cellulaires pour voler quelques photos dans la salle des momies, et gardiens ne sont pas rares.

    Une flopée de guides sont à l’attente du touriste, mais leur présence à l’intérieur du musée n’est pas indispensable, toutes les explications sont affichées à l’intérieur, en arabe et en anglais, parfois en français. On y explore de fabuleux trésors et des chefs-d’œuvre de la civilisation de l’Egypte antique.

    Plus de 160.000 objets y sont exposés, avec ce point fort: la collection du roi Toutankhamon (-1345-1327), le onzième pharaon de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire), sans compter les pillages sporadiques dont est victime ce musée, le dernier en date eut lieu pendant la révolution de 2011: 54 objets ont été volés. Un autre point fort, les salles des momies royales au 1er étage, où l’on découvre la plupart des personnages de l’Egypte antique momifiés découverts depuis le 19e siècle.

                                                                                        

    Le quotidien Al Ahram, le plus lu dans tout le monde arabe

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    Al Ahram est le plus ancien quotidien arabophone et le plus lu dans tout le monde arabe, particulièrement au Moyen-Orient, avec un tirage qui atteignait le million d’exemplaires pendant ses années fastes, avant que la presse électronique n’envahisse le secteur. Et avant que Al Masri Al Yawm, son concurrent, ne soit créé en 2004.

    «1.500 journalistes travaillaient pour le journal Al Ahram, dont 30 dédiés à l’investigation, ce nombre a sensiblement baissé, le tirage ne dépasse plus les 200.000 exemplaires actuellement, et le nombre de pages a également diminué», raconte Hani Mustapha, journaliste à l’hebdomadaire anglophone Ahram Weekly.

    Nous avons fixé rendez-vous avec lui au café Cilantro à quelques encablures de la place Al Tahrir. Comme beaucoup d’intellectuels et journalistes modernistes, Hani ne voit pas d’avenir en Egypte, estime-t-il, «en dehors d’élections libres et démocratiques, la seule voie garante de la stabilité politique et économique et du pouvoir d’achat des Egyptiens».

    Or, 8 ans après la révolution, constate-t-il, ce dernier «est en chute libre, et la dévaluation de la livre égyptienne de 30% par rapport à l’euro et au dollar a donné le coup de grâce à ce pouvoir d’achat. Résultat, une flambée des prix des produits de première nécessité. Quant à la corruption, malgré quelques mesures et arrestations pour endiguer le mal, elle continue de gangrener les administrations…», analyse notre interlocuteur. 

    Jaouad MDIDECH

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