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    Fès-Artisanat: Les points noirs qui freinent le secteur

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5473 Le 14/03/2019 | Partager
    Informel et produits chinois pointés du doigt
    Prise en charge médicale figure parmi les doléances

    Manque d’animation, morosité économique, absence de prise en charge médicale… l'activité artisanale à Fès est minée de problèmes qui l'empêchent de libérer son plein potentiel. C’est ce que rapportent plusieurs artisans de la médina. Ces derniers remettent sur le tapis les vieux problèmes qui se posent encore. Pour eux, «le secteur est littéralement agressé par l’informel et les produits chinois de mauvaise qualité». A noter que les babouches et théières importées de Chine sont certes vendues à des prix dérisoires, mais présentent une grosse menace pour les consommateurs. «Pour y remédier, il faut interdire l’importation de ces produits, sensibiliser les artisans et promouvoir “le made in Maroc”», proposent les professionnels. Décryptage.

    ■ Les dinandiers tirent la sonnette d’alarme

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    Il est 11 heures ce samedi 2 mars 2019. La place «Seffarine» se réveille avec sa cacophonie habituelle. Ce jour-là, la médina accueillait les 170 journalistes, blogueurs et influenceurs, invités par le CRT de Fès à une opération de séduction. Au milieu de la place, Hamid se prête au jeu des clichés. Pour avoir posé pour des guides internationaux, ce maâlem-dinandier  sourit tout en martelant le métal. Pourtant, derrière son sourire se cache une immense tristesse. «J’ai vu des collègues mourir de maladies, et d’autres mendier pour survivre», confie-t-il à L’Economiste. Et c’est pour remédier à ces phénomènes que Mohamed Sajid, ministre du Tourisme et d’Artisanat, a fait adopter le projet de loi relatif aux métiers de l’artisanat lors du Conseil de gouvernement de jeudi dernier (cf. www.leconomiste.com). Comme Hamid, d’autres dinandiers expriment parfois des doléances rudimentaires. «Nous avons une fontaine dont l’eau a cessé de couler. Nous voulons seulement de l’eau à boire», disent-ils. A ce titre, le projet de valorisation de la médina prévoit la réhabilitation des fontaines (notamment celle de la place Seffarine) et latrines», indique Saïd Zniber, wali de la région.
     
    ■ Foundouks: Un gros potentiel pas encore exploité
    La région de Fès-Meknès dispose de tous les atouts pour se positionner en tant que locomotive de l’artisanat national et premier pourvoyeur d’emplois. En effet, l’artisanat génère des revenus pour plus de 105.100 artisans au niveau de la région. Et rien qu’à Fès, ce secteur fait vivre directement ou indirectement plus de 260.000 personnes, soit 27% des habitants de la médina. A noter que le chiffre d’affaires de cette activité s’élève à plus de 4 milliards de DH, soit 47% des exportations marocaines du secteur. En effet, ce secteur joue un rôle prépondérant de stabilité, d’épanouissement et de prospérité des habitants de la cité idrisside. Ce n’est pas d’ailleurs fortuit qu’un gros budget a été dédié aux opérations de réhabilitation des tanneries, souks et foundouks de la médina, en vue d’une renaissance des savoirs ancestraux. En revanche, le taux d’occupation des foundouks, après leur restauration, reste trop faible. Ainsi, rares sont les artisans qui s’y sont installés. Il en est de même pour les cafés et restaurants proposés en location, dont le «loyer est qualifié de trop cher». En ce sens, l’Ader devrait réviser ses tarifs, ou bien intéresser les lauréats des centres de formation par une offre d’accompagnement et locaux de commercialisation dans l’air du temps. Tout ceci n’aurait pas d’impact s’il n’est pas accompagné d’une vaste opération de sensibilisation autour des programmes de valorisation de la médina, ses parkings, et ses sites historiques. C’est ce que demandent en outre les commerçants de kissariat El Kifah où seuls 220 commerces (sur 560) ont repris leurs activités à l’issue de la réhabilitation du site. «Nous n’avons pas de fontaines ni de toilettes… et les travaux d’aménagement des parkings risquent d’impacter à nouveau notre commerce», s’insurge l’un d’entre eux.

    ■ Lutter contre l’informel… aussi
    L’artisanat constitue la source de revenu pour près de 33% de la population de la ville de Fès. Toutefois, l’existence d’un circuit informel mine le secteur, tout comme la prédominance de l’emploi à temps partiel, surtout dans le milieu rural. En fait, l’artisanat souffre d’un manque de ressources financières dû à la faible implication du secteur bancaire. De même, les unités artisanales sont de petite taille, pas suffisamment structurées et utilisent des outils de production sommaires. À cela s’ajoutent l’absence d’une définition juridique claire du statut de l’artisan et une couverture sociale non adaptée. En outre, la commercialisation, en particulier à l’étranger, étant limitée puisqu’elle ne représente que 2% du chiffre d’affaires du secteur. A ce titre, les foires et salons, organisés par la Chambre d’artisanat, connaissent un véritable engouement. «Le chiffre d’affaires enregistré lors du salon du bois tenu à Meknès s’élève à plus de 11 millions de DH», note Bouteyine. «Avec l’appui des autorités, nous comptons organiser des salons thématiques dédiés à l’artisanat du zellige, porcelaine, maroquinerie… pour soutenir les différents métiers», conclut-il.

    ■ Ressortir le potentiel et booster la commercialisation en priorité

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    Le premier salon national des métaux a tiré sa révérence le week-end dernier à Fès. Parmi les 120 exposants de cette vitrine initiée par la Chambre régionale d’artisanat, des dinandiers qui ont su s’adapter et faire de leur métier un véritable succès. Dix jours durant, la manifestation a attiré près de 100.000 visiteurs. Que du bonheur pour les exposants représentant différentes régions du Royaume, qui ont promu leur savoir-faire artisanal et vendu leurs œuvres aux amoureux du «made in Maroc». «C'est une grande satisfaction» pour Abdelmalek Bouteyine, président de la Chambre d'artisanat. Notons que l'événement a débattu du savoir ancestral des artisans marocains et l'avenir d'une filière qui compte 28.500 professionnels à travers le Maroc. «La qualité, le marketing et la commercialisation des produits d'artisanat restent les principaux défis du secteur», explique Bouteyine.

    Espace d’exposition à Lalla Yeddouna

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    La région Fès-Meknès compte 38.045 entreprises et coopératives d’artisanat, et pas moins de 376 organisations professionnelles. Et pour consolider les acquis du secteur, 22 projets d’une valeur de 443 millions de DH ont été prévus entre 2018 et 2020. Ces projets visent le renforcement des capacités de production des mono-artisans et le soutien à la commercialisation, l’amélioration du tissu productif des entreprises d’artisanat, ainsi que la formation et la qualification des artisans. En attendant, un montant de 10,6 millions de dollars a été réservé au volet promotionnel. Ce projet propose des circuits touristiques mixtes et des circuits dédiés à l’artisanat intégrant les nouveaux espaces, notamment les fondouks, ainsi que la place de Lalla Yeddouna. Celle-ci devrait abriter un espace d’exposition pour les meilleures productions artisanales.

     

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