Analyse

Casa-Settat: Plus de 33 millions de tonnes de déchets/an

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5472 Le 13/03/2019 | Partager
1re typologie des déchets industriels, médicaux et pharmaceutiques, agricoles et inertes …
Les conclusions d’une récente étude commanditée par la région
Elle servira de base au plan directeur régional sur 10 ans
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L’agriculture et le BTP sont de loin les premiers producteurs de déchets de la région Casa-Settat

La région Casa-Settat produit annuellement plus de 33 millions de tonnes de déchets! Sans compter près de 2 millions de tonnes d’ordures ménagères, dont la majorité se retrouve à la décharge de Médiouna. En effet, à part les boues des stations d’épuration et les rejets hospitaliers, le reste est généralement mis dans le circuit des ordures ménagères.

Ces chiffres sont avancés par une étude commanditée par le Conseil de la région Casa-Settat. Ce rapport, préparé par les experts du groupement CID-EDIC, est donc un préalable à l’élaboration du plan directeur régional de gestion des rebus industriels, médicaux et pharmaceutiques non dangereux et des déchets ultimes, agricoles et inertes.

Si la gestion des ordures ménagères relève des prérogatives communales, les autres types de rejets (industriels, médicaux, agricoles…) sont plutôt du ressort des conseils régionaux.

Conformément à l’article 10 de la loi 28-00 relatif à la gestion des déchets et leur élimination, chaque territoire doit être doté de son propre plan directeur. Mais encore faut-il commencer par établir un état des lieux. Il s’agit de la première mission confiée à ce groupement. La 2e consistera à effectuer une analyse prospective et définir des scénarios de gestion toutes catégories confondues.

Quant à la 3e mission, elle consiste à proposer et rédiger le plan directeur régional de gestion des déchets. Ce dernier devra déterminer les objectifs à atteindre sur les 10 prochaines années en matière de taux de collecte et d’élimination des rejets industriels, médicaux et pharmaceutiques non dangereux et des déchets ultimes, agricoles et inertes, notamment les types de déchets à valoriser, recycler, détruire ou stocker.

Ce document devra aussi recenser les installations d’élimination de ces déchets (valorisation, incinération, co-incinération, stockage…), évaluer le coût  de réalisation des décharges contrôlées ainsi que la réhabilitation des décharges non contrôlées. Les experts analyseront également les moyens humaines et financiers nécessaires et les mesures à prendre en matière de formation.

Pour l’heure, les auteurs de l’étude en sont encore à la première étape, qui n’est pas des plus aisées. En effet, l’inventaire quantitatif «s’est heurté au manque de données mesurables sur ces déchets», selon les experts. Pour combler ce déficit, le groupement CID-EDIC a dû recourir à des ratios de production des déchets issus des études réalisées au niveau des autres régions, du benchmark international ou à partir d’enquêtes de terrain.

«Cette phase de l’étude a pour objectif de dresser l’état des lieux des déchets produits au niveau de la région Casa-Settat», relèvent les auteurs de ce livrable. Ainsi, plus de 70 institutions ont été consultées, mais seul le tiers a fourni les informations demandées. Pour évaluer la quantité de déchets générée, il a fallu combiner deux approches: enquête et collecte auprès des producteurs et estimation par ratio (diverses sources).

L’étude de près de 170 pages liste en détail les principales sources de déchets industriels (secteur par secteur), agricoles, inertes, hospitaliers…

Le gisement des déchets ainsi établi montre que les déchets non dangereux de la région sont pour une écrasante majorité organiques, suivis de gravats et autres rebus de construction. Ce gisement est assez diffus, exception faite des boues des Step et des déchets hospitaliers, industriels, d’abattoirs et de certains déchets particuliers comme la chaux et les écumes produites respectivement par l’industrie des gaz (Air Liquide, Maghreb Oxygène) et l’industrie sucrière (Cosumar).

Cependant, l’estimation du gisement de déchets à 33 millions de tonnes toutes catégories confondues soulève quelques interrogations. En effet, selon les derniers chiffres (1) du secrétariat d’Etat chargé du développement durable, le gisement total national, estimé en 2015 à 26,8 millions de tonnes, passera à 39 millions de tonnes, soit une augmentation de 45%, à l’horizon 2030. 

Comment est-ce possible qu’une région comme Casa-Settat produise à elle-seule 33 millions de tonnes? «Ces chiffres sont discutables en l’absence de sources de données fiables», commente Abdelaziz Moumen, consultant en rudologie. Selon lui, la thématique «déchets» est complexe et nécessite la mise en place d’organismes de gouvernance (comme un observatoire, un conseil ou une agence nationale).

Cette contradiction sur les chiffres pourrait s’expliquer par le fait que l’étude pour le plan directeur est plus exhaustive, incluant d’autres sources comme les déchets agricoles (près de 20 millions de tonnes), médicaux et pharmaceutiques  (plus de 8.000 tonnes)…

L’informel sévit toujours

Faute d'installations spécialisées suffisantes de traitement et d'élimination des déchets industriels, ces derniers sont souvent stockés sur les sites industriels ou dans des décharges non contrôlées, estiment les experts du cabinet CID-EDIC. Cette situation engendre de graves conséquences aussi bien pour la santé publique et l’environnement que pour l’avenir des activités socio-économiques. Une partie limitée des déchets industriels est éliminée ou valorisée dans des unités adéquates. Les produits à valeur ajoutée potentielle (verre, plastique, bois, métaux, papier et carton) jouissent de propriétés physiques leur permettant d’être réutilisés et revalorisés. Plusieurs entreprises marocaines opèrent dans ce secteur vu le gisement important existant sur le marché. Toutefois et malgré l'adoption de certains textes juridiques, la totalité des rejets industriels demeure récupérée, collectée, transportée et parfois valorisée de manière informelle.

Aziza EL AFFAS

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(1) La Stratégie nationale de réduction et de valorisation des déchets a été présentée lundi 11 mars à Rabat.

 

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