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    Tribune

    Lettre ouverte à Monsieur le chef du gouvernement: «Vous avez un devoir de réussite»

    Par Jamal BELAHRACH | Edition N°:5433 Le 17/01/2019 | Partager

    Ancien DG de la filiale marocaine de Manpower, Jamal Belahrach a été, un temps très court, DRH à l’OCP. Poste qu’il a quitté en décembre dernier. Il a été aussi président de la Commission emploi et relations sociales à la CGEM, membre du conseil de la CGEM et président fondateur de la Fédération nationale des entreprises de travail temporaire (FNETT) et du Centre des jeunes dirigeants au Maroc (CJD). Il a initié la couverture maladie et la bancarisation pour les salariés temporaires et le projet de loi sur le travail temporaire. Il a posé le concept de «flexibilité responsable» pas encore exploité par le monde politique et économique (Ph. JB)  

    En tant que citoyen et militant pour le progrès économique et social de mon pays, je souhaite vous sensibiliser davantage sur le devoir de réussite et par conséquent que l’échec n’est plus permis en matière de lutte contre le chômage.
    Une chance historique vous a été donnée par l’appel de Sa Majesté à trouver de réelles solutions pour notre jeunesse, avec un focus sur les questions de chômage à travers un meilleur système de formation.

    Un nuage numérique

    Notre pays est dans l’urgence sociale et notre jeunesse est impatiente de vivre dans la dignité et le respect. Nous ne devons plus accepter que le seul dessein que nourrisse la majorité de nos jeunes soit d’émigrer. L’élite elle-même s’organise pour quitter le pays et mettre à l’abri ses enfants. Pour quelqu’un comme moi, qui ai fait le choix inverse, c’est tout simplement inacceptable et triste. Cela résonne comme une défaite totale pour l’ensemble des acteurs et parties prenantes.
    Nous sommes également en train de rater une autre étape: celle de la révolution numérique. Nos dirigeants se comportent comme si ce nuage numérique flottait au-dessus de notre pays sans nous concerner. Alors que, encore une fois, c’est une révolution qui façonne et façonnera la vie de nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants…
    Cette révolution numérique accélère la mutation du marché du travail, d’où la nécessité d’adapter non seulement les qualifications et les compétences de notre jeunesse et de nos salariés, mais également les réglementations de notre environnement.

    Monsieur le chef du gouvernement,
    Vous voyez bien que notre pays est à un carrefour stratégique où il doit prendre les bonnes décisions, penser grand et loin. L’urgence de la transformation du pays et de nos pratiques est là.
    Il s’agit ici d’une révolution des pratiques de réflexion, d’analyse et de création d’un nouveau cadre de travail, de négociation et de co-construction pour faire de notre pays, un jour, un pays émergent où chaque Marocain, indépendamment de ses origines ou de ses moyens, retrouvera une fierté d’appartenance et un ancrage sans faille.
    La croissance inclusive est à ce prix. Il faut libérer pour créer afin de distribuer.
    Sa Majesté vous demande d’être ambitieux et disruptif dans le projet sur la formation pour lutter durablement contre le chômage.
    Les Assises de la formation ne doivent pas être un énième show pour faire semblant et sortir avec des recommandations conceptuelles, formalisées dans des ateliers pour donner l’illusion participative, qui vont remplir un énième rapport, une énième stratégie.Ce scénario serait le pire et risquerait de générer nombre de frustrations qui elles-mêmes déboucheraient sur des réactions non maîtrisables.

    Plan Marshall des compétences

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    Chômage, manifestations et coups de bâton: «Depuis plus de 30 ans, nos politiques de formation, d’éducation et d’emploi ont produit du chômage, des inégalités et un déclassement social. Une perte de sens qui nous coûte de plus en plus cher» (Ph. L’Economiste)

    Monsieur le chef du gouvernement, permettez-moi également d’insister sur le fait que doit s’installer définitivement, dans notre pays, le postulat selon lequel c’est l’entreprise qui crée la richesse et qui crée des emplois. Il faut lui faire confiance a priori et non la mettre en garde à vue permanente.
    La confiance est la clé de l’entrepreneuriat et de l’investissement.  En plus de la confiance, ici, il faut du courage.

    Monsieur le chef du gouvernement, investir dans le capital humain, c’est mettre de réels moyens dans la mise à niveau des compétences et en urgence sur les soft skills.
    Il s’agit d’un énorme plan Marshall des compétences sans lequel tout serait vain. En effet, le monde de l’entreprise d’aujourd’hui et de demain a besoin de ressources avec des compétences plus cognitives que techniques.
    Si la transformation digitale de nos systèmes d’éducation et de formation ne prend pas la dimension et l’ambition requise, alors nous serons passés à côté du rendez-vous que l’histoire ne représentera plus.
    Si le pays dans toutes ses dimensions ne se met pas durablement en mode 2.0, alors, monsieur le chef du gouvernement, vous aurez perdu la bataille de la transformation du pays pour un avenir meilleur.

    Monsieur le chef du gouvernement,
    Rappelez-vous le discours de 2009 dans lequel Sa Majesté invitait les acteurs à redéfinir un nouveau contrat social. Il n’en a rien été. L’heure est venue de faire ce travail qui est un sérieux préalable à la définition de notre nouveau modèle de développement.

    Monsieur le chef du gouvernement,
    Au nom de la jeunesse de notre pays, au nom de toutes les entreprises et des entrepreneurs en herbe, au nom de chaque citoyen qui a encore de l’espoir pour faire de notre pays une véritable locomotive, ne ratez pas ce rendez-vous,

    Pensez grand, pensez loin, surprenez-nous!
    Avec tous mes respects!

    Des chiffres qui accusent

    Malgré le quasi-triplement de notre PIB depuis 20 ans et la présence de fondamentaux macroéconomiques calqués sur des pays européens développés, le taux d’emploi très faible: 35% en milieu urbain, 2,8 millions de jeunes Ni-ni, 400.000 décrocheurs scolaires annuellement. Chaque année, 200.000 jeunes diplômés arrivent sur le marché du travail alors que notre économie peine à créer 60.000 emplois nets… et je suis large. L’INDH a bien réduit la pauvreté, mais les inégalités demeurent. Notre croissance n’est pas inclusive. Avec un taux moyen de 3%, nous continuerons de reculer sans pouvoir financer nos ambitions. Pour aller chercher les 8 à 10% annuels nécessaires sur plus de 15 ans, il faut une rupture de tous nos modèles.

                                                            

    Haro sur les mesurettes!

    Il ne s’agit pas de se contenter de mesurettes avec des personnes certainement très compétentes. Il faut un «renversement de la table» pour réinventer nos systèmes de formation initiale, professionnelle et continue.

    Si l’OFPPT, l’Anapec ne sont pas réinventés, si l’accès aux dispositifs de formation n’est pas disrupté, si les nouvelles formes de formation (alternance, apprentissage et autres) ne sont pas mises en place en urgence avec des volumes très importants, alors nous serons passés à côté de l’histoire.

    Le ministère de l’Emploi doit revoir ses missions, ses priorités et son organisation pour être en ligne avec nos défis. J’ose même dire qu’il doit être traité de la même manière qu’un ministère régalien.

    Le signal se doit d’être très fort pour garantir un début de confiance sur la capacité des parties prenantes à adresser une question aussi complexe mais pas insoluble.

     

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