Analyse

Santé: Une ordonnance pour sauver le secteur

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5432 Le 16/01/2019 | Partager
L'offre de soins se dégrade, les citoyens obligés de supporter plus de 50% des dépenses
Moins de 6% du PIB consacré à la Santé, alors que la moyenne mondiale est de 10%
Les recommandations du Plan 2025 pour améliorer gouvernance et financement

En plus du problème de gouvernance, le secteur de la santé publique souffre amplement du manque de moyens humains et financiers. Cela s’est traduit durant la dernière décennie par une nette dégradation des offres de soins qui ne suivent plus le développement de la population.

Ils ne  répondent donc plus aux besoins des habitants et ne peuvent, en conséquent, accompagner convenablement le chantier de la généralisation de la couverture médicale, notamment l’exécution du programme Ramed.

En dépit des efforts enregistrés ces dernières années pour améliorer le budget du secteur de la santé publique, le besoin reste énorme pour rattraper le retard et réaliser les Objectifs de développement durable (ODD). Un benchmark avec les pays de la région confirme ce retard.

Par exemple, pour la mortalité maternelle, le taux enregistré par le Maroc est de 72,6 pour 100.000 nouvelles naissances. Un score qui le classe largement derrière des pays à économie similaire comme la Tunisie (62), l’Egypte (62) et le Liban (15). Le même constat est valable pour d’autres indicateurs, notamment la mortalité infanto-juvénile et la tuberculose.

Pour cette dernière pathologie, la situation est inquiétante avec un taux d’incidence d’environ 90 pour 100.000, largement supérieur à ceux enregistrés par les pays de la région. «Le taux d’incidence estimé par l’OMS a baissé d’une moyenne annuelle de 1,1% entre 1990 et 2015», tente de rassurer tant bien que mal une source du ministère de la Santé.

La faible performance du système de santé s’explique en grande partie par le manque de moyens financiers. Ainsi, la part des dépenses représentent seulement près de 5,5% du PIB, un niveau inférieur par rapport à celui enregistré par les pays de la région comme la Tunisie (6,7%) et le Liban (7,4%) ainsi que la moyenne mondiale qui avoisine les 10%.

Une telle situation se traduit par une baisse au niveau des dépenses de santé par personne qui ne dépassent pas 436 dollars par an contre une moyenne mondiale de 1.222 dollars, selon le dernier rapport 2015 sur les comptes nationaux de la santé (CNS) 2013.

Face au faible engagement du budget de l’Etat dans le financement du système de santé, les citoyens sont déjà dans l’obligation de mettre la main à la poche pour supporter le reste à charge qui représente près de 50,7% des dépenses totales contre 53,6% en 2010. La part restante est financée par le budget de l’Etat et les organismes gestionnaires de l’assurance maladie.

Une telle situation interpelle sérieusement le gouvernement en vue d’engager des réformes pour que ce secteur soit au rendez-vous avec les ODD. Cette prise de conscience s’est traduite par l’adoption dernièrement du Plan santé 2025 avec un programme d’action pour le développement de l’offre de soins au profit de l’ensemble des citoyens. «Ce plan propose un mode innovant de gouvernance et de financement», précise Anass Doukkali, ministre de la Santé.

Une partie est consacrée à l’amélioration du système de financement du secteur avec l'ambition de réduire la contribution du citoyen à 25% en 2025. Pour ce faire, un certain nombre de mesures d’ordre financier et organisationnel sont prévues. Cela devrait en principe se traduire par une augmentation de la participation de l’Etat et celle des organismes gestionnaires de l’assurance maladie. «L'objectif du plan est également d’accroître le budget de la tutelle pour atteindre 8% en 2025», indique Doukkali. Un engagement que l'on peut constater à travers la nette amélioration de l’enveloppe réservée au département de la Santé au titre du budget 2019 qui dépasse les 16 milliards de DH, soit un accroissement de 10,42% par rapport à 2018.

En dépit de cet effort, cette enveloppe représente seulement 5,66% du budget global et reste loin du taux de 10% recommandé par les organisations internationales. L’élargissement de la couverture médicale de base reste l’un des principaux leviers pour améliorer le système de santé, et tendre ainsi vers la couverture sanitaire universelle.

A ce titre, le Plan santé prévoit en 2025 d’augmenter la proportion des personnes couvertes par l’assurance maladie à 90%. Relever ce défi ambitieux nécessite de s’attaquer à deux chantiers prioritaires, indique le ministre. Le premier concerne l’élargissement de la couverture médicale aux travailleurs non salariés dont la population cible est estimée à près de 11 millions de personnes.

Des discussions dans ce sens ont déjà été entamées avec les professionnels du secteur de la santé, médecins, médecins dentistes, pharmaciens et paramédicaux. Le second chantier sera de trouver des solutions aux dysfonctionnements relevés lors de la mise en œuvre du Ramed.

Les charges du personnel, voraces!
Evolution du budget du ministère de la Santé (en milliers de DH)

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L'analyse de l’évolution du budget du ministère de la Santé permet de relever une irrégularité dans son accroissement, qui reste en général très faible, avec plus de la moitié consacrée au personnel. Avec ce niveau de budget, il serait donc difficile de recruter plus en vue de renforcer l’effectif du personnel pour qu’il soit conforme aux standards internationaux. Et également d’investir pour la construction et l’équipement des centres et hôpitaux de santé et assurer par la suite leur bon fonctionnement (Ph. L'Economiste)

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6 milliards de DH pour le Ramed

La prise en charge de ce programme est assurée notamment par le ministère de la Santé pour un coût estimé à 5,8 milliards de DH par an. Ceci s’explique par le fait que les ramedistes constituent près de 75% des clients des hôpitaux publics. L’amélioration de l’opération du ciblage du Ramed figure parmi les actions préconisées par le Plan santé 2025. Cela va permettre d’éviter de faire de ce programme un réceptacle pour toutes les catégories ne pouvant pas être assujetties à l’AMO telle qu’elle est conçue. Il faut, pour l'heure, interdire aux personnes aisées l'accès au Ramed, un programme destiné aux citoyens en situation de précarité.

Noureddine EL AISSI

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