×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Competences & rh

    Fusion d’universités: Un bilan en demi-teinte à Casablanca

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5431 Le 15/01/2019 | Partager
    Consolidation du projet après 4 ans de mise en œuvre
    Une opération laborieuse qui a abouti à des retards sur plusieurs chantiers
    Le Conseil supérieur de l’éducation et l’Aneaq vont-ils l’évaluer?
    fusion-duniversites-031.jpg

    La fusion des universités de Casablanca et de Mohammedia  a donné naissance à une méga structure. Elle compte aujourd’hui 116.665 étudiants. C’est la deuxième université la plus peuplée au Maroc, après celle d’Agadir (Ph. Bziouat)

    Le projet était audacieux, peut-être aussi un peu précipité, et sans précédent au Maroc: La fusion des universités de Casablanca et Mohammedia, et de celles de Rabat en septembre 2014. Plus de quatre ans après, la consolidation est achevée. Le projet, qui a marqué le mandat de l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, Lahcen Daoudi, a-t-il tenu ses promesses?

    L’université Hassan II de Casablanca est la première à opérer son bilan. Son président sortant, Driss Mansouri (également candidat à sa propre succession), a livré les réalisations des quatre années écoulées, jeudi dernier. La présentation s’est déroulée à la faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca, devant un parterre de directeurs d’écoles, de doyens de faculté et d’enseignants-chercheurs.

    Une chose est sûre, avec 18 établissements (donc 5 écoles d’ingénieurs) éparpillés entre 6 provinces, l’opération a été plus laborieuse à Casablanca. «Nous avions deux universités avec des cultures totalement différentes, des établissements et formations redondantes et beaucoup de problèmes. A Rabat, il y avait plus de complémentarité», ajoute Driss Mansouri.

    «Il fallait prendre du temps pour organiser le volet administratif, développer le sentiment d’appartenance, conduire le changement… Ce n’est qu’après ce chantier que nous avons commencé à travailler sur la visibilité de l’université», poursuit-il.

    En effet, le projet 2014-2018 prévoyait à la fois de régler la partie gouvernance, de développer l’institution et de la repositionner sur la scène internationale. Mais les quatre ans n’ont pas suffi. Si les détails administratifs ont été finalisés, il n’en est pas de même pour tous les chantiers.

    Le moment est peut-être venu pour le Conseil supérieur de l’éducation ou l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité d’évaluer ce bilan de manière précise, afin d’en tirer les enseignements. Pour l’heure, la mesure n’est pas à l’ordre du jour.

    • Gestion RH, SI, prise de décision… c’est réglé
    L’université a commencé par définir le fonctionnement de ses instances de décision. Elle a opté pour un conseil élargi, de plus de 95 membres. Il était difficile d’opérer un changement radical et d’en limiter les membres. Les débuts n’étaient pas faciles, mais avec le temps, le mécanisme s’est rodé. Elle a, en outre, fixé une grille de répartition du budget, même si les critères ne font pas l’unanimité, fusionné ses systèmes d’information, un processus lent et compliqué, revisité son organigramme, établi des fiches de postes, précisé les procédures de recrutement… Des formations ont, également, été dispensées à ses ressources humaines afin de mieux conduire le changement. 

    depenses_universites_031.jpg

    De 2014 à 2018, l’université a dépensé quelque 768 millions de DH de subventions, auxquels s’ajoutent 360 millions de recettes propres. Le total est de plus de 1,1 milliard de DH. Le renforcement de l’offre de formation accapare la plus grosse part de l’enveloppe. L’exécution du budget s’est améliorée selon le management de l’université. Le taux d’engagement est de 54%, et celui de paiement de 51%.  Le budget d’investissement a avoisiné 306 millions de DH, avec un taux d’engagement de 60%, et un taux de paiement de seulement 33% 

    • … Mais toujours pas de comptabilité générale
    En l’absence d’une comptabilité générale, l’université demeure soumise au lourd et lent contrôle a priori. «C’est un obstacle de taille. Ce type de contrôle est incompatible avec le monde de la recherche et de l’innovation. La comptabilité générale nous a été refusée parce que nous gérons du foncier qui ne nous appartient pas, et que nous employons un personnel qui ne relève pas de nous directement, mais du ministère», explique Driss Mansouri. «Cela dit, l’Académie régionale de l’éducation et de la formation (Aref) de Casablanca-Settat est dans le même cas de figure, et elle a réussi à intégrer une comptabilité générale. Nous nous sommes donc réunis avec l’Aref pour nous inspirer de son expérience, et avons mandaté un cabinet d’expertise comptable pour nous accompagner», poursuit-il. Le salut viendrait-il de l’Aref?

    • Les recettes propres triplées, mais en deçà du potentiel
    De 30 à 40 millions de DH par an, l’université est passée à quelque 90 millions de DH, soit un total de 360 millions de DH en 4 ans (le tiers de son budget). Côté recettes propres, l’amélioration est notable, même si la performance reste en deçà du potentiel. Les revenus découlent essentiellement de la formation continue. Actuellement, près de 3.600 bénéficiaires sont recensés. L’objectif fixé était d’en accueillir une part équivalant à 10% des effectifs globaux. Aujourd’hui, 116.665 étudiants sont inscrits. L’université devrait donc compter plus de 11.000 apprenants.  
    Les contrats avec le monde industriel sont la deuxième plus grande source de revenu. Toutefois, malgré le potentiel de la région (près du tiers du PIB national), l’université ne saisit que peu d’opportunités d’affaires avec le monde socioéconomique. Les interactions entre les milieux académiques et ceux des affaires restent trop faibles. «Entre nous, c’est toujours le dialogue des sourds», regrette le président de l’université. 

    • Budget: Les écoles d’ingénieurs lésées
    Pour répartir son budget entre ses 18 établissements, l’université Hassan II a défini plusieurs critères (effectif des étudiants, espaces verts, nombre d’accès…). Toutefois, ces critères ne tiennent pas compte de la spécificité des écoles d’ingénieurs, contraintes d’acquérir du matériel lourd, et supportant un coût de formation supérieur à d’autres types d’établissement. Elles reçoivent ainsi un budget de fonctionnement bien maigre, entre 1 et 2 millions de DH par an. A l’Ensem, le montant alloué ne couvre qu’environ 25% des besoins. C’est grâce à leurs recettes propres que ces écoles arrivent à tirer leur épingle du jeu. Cependant, cela ne leur permet pas de réaliser toutes leurs ambitions. Certaines écoles d’ingénieurs ne relevant pas de l’université, mais de divers départements ministériels, reçoivent des enveloppes allant jusqu’à 50 millions de DH par an. Entre les deux, il n’y a pas photo. «Il ne devrait pas y avoir de différence de traitement entre les grandes écoles», revendique Ahmed Mouchtachi, directeur de l’Ensam Casablanca. 

    • Recherche: Des percées et des ratés
    Avec environ 250 contrats de recherche financés, 4.000 publications et 87 brevets et droits d’auteurs, l’université a quelque peu avancé. Elle a également commencé à paraître dans le classement du Times Higher Education. Améliorer son classement faisait partie des principaux objectifs de la fusion. Ce n’est toutefois pas vraiment le résultat d’un bond remarquable de la production scientifique, mais le résultat de la taille de la nouvelle entité, qui a, en outre, fait appel à des experts pour l’aider à mieux adresser les dossiers des enquêtes des classements internationaux.  L’université a, par ailleurs, mis en place des groupes de recherche thématiques, impliquant des équipes de chercheurs de plusieurs établissements. C’est pratiquement le seul exemple d’interaction entre établissements après la fusion.  
    L’université produit, en revanche, très peu de docteurs. Elle compte plus de 5.000 doctorants, mais seuls 250 sont diplômés par an (contre un objectif de 350), soit un taux de graduation d’à peine 5%. Un pourcentage en deçà de la moyenne nationale, également médiocre, de 6%. Autre bémol, une seule chaire de recherche a été créée, alors que 8 étaient visées.

    • L’offre de formation améliorée

    anphie-universite-031.jpg

    Le choix de filières a été diversifié. Elles sont passées de 306 à 381, dont 197 professionnalisantes. Chaque année, un appel à projet numérique de 1 million de DH est lancé, y compris pour ouvrir des cursus innovants. Une centaine de MOOC (Massive open online courses) ont, par ailleurs, été développés. L’accent a, en outre, été mis sur l’employabilité et l’entrepreneuriat. Un centre d’entrepreneuriat a été créé, et deux nouveaux career centers sont prévus à Aïn Sebaâ et Mohammedia.

    • Construction: Des méga-chantiers en retard
    Trois grands projets de construction étaient prévus. Le premier concerne un campus à Benslimane sur plus de 80 ha, comprenant une faculté de médecine, un CHU sur 20 ha, un institut de santé et de sport, un grand centre de conférences, une cité universitaire, une bibliothèque, des filières d’excellence en environnement, eau, technologie, agroalimentaire… Le coût total de l’investissement est estimé à 600 millions de DH. Le deuxième est celui d’un «smart campus» de 40 ha spécialisé en aviation à Bouskoura (Ouled Saleh), pour une enveloppe de 470 millions de DH. Les deux projets de plus de 1 milliard de DH ont pris du retard. Néanmoins, les autorisations sont actuellement en bonne voie. Le troisième chantier est celui du siège de l’université sur route El Jadida, prêt depuis deux ans, mais bloqué pour des raisons administratives.
    Parmi les ratés de ce volet, les constructions en préfabriqué datant de quelques décennies, encore présentes dans plusieurs facultés. Les travaux de remplacement seraient incessants.

    • Taux de réussite et d’abandon: Toujours catastrophiques!
    Redresser les performances des étudiants, améliorer le taux de réussite en le portant de 35 à 45%, ou réduire les déperditions en les ramenant de 22 à 15% reste compliqué. Sur ces aspects, aucune avancée n’a été notée. Moins de 15% des étudiants arrivent à terminer leur licence en 3 ans. La moyenne est de 4,5 ans. «Nous pourrions améliorer ces indicateurs grâce à l’orientation des étudiants et à la diversification de l’offre de filières. Le ministère y travaille actuellement», estime Driss Mansouri. «Le tutorat des étudiants et les cours de langues ne sont pas d’un grand secours. Les cours d’été dans les modules non validés marchent mieux. La mesure a un coût, 500.000 DH par an. Cependant, cela reste moins cher qu’un étudiant qui redouble», poursuit-il.   

    • 3 facs de droit, 3 de lettres et 3 de sciences, que de redondances!
    Il était question d’attribuer à chaque établissement une vocation particulière, une spécialisation, de créer des synergies. Or, aujourd’hui, l’université se trouve toujours avec des facultés à l’offre redondante: 3 de droit, 3 de lettres, deux de sciences et une de sciences et techniques. Les cursus proposés et les profils formés se ressemblent, et chaque faculté travaille dans son coin. Au niveau des écoles d’ingénieurs, aussi, les ressemblances sont frappantes entre l’Ensem, l’Ensam et l’Enset.

    • Récupérer des écoles de l’Education nationale
    De nombreux établissements de l’Education nationale désertés (pour des raisons démographiques ou faute de personnel enseignant) sont aujourd’hui fermés et laissés à l’abandon à Casablanca. L’université Hassan II souhaite en récupérer certains afin de s’en servir comme annexes à ses grandes écoles (ENCG, ENSA…). «Nous pouvons consacrer un budget pour les réhabiliter et les utiliser. Ce serait une opération public-public, et puis désormais avec l’Education nationale nous faisons partie du même département», relève son président. Le projet est actuellement à l’étude au niveau du ministère de l’Education nationale.

                                                                               

    • Etudiants: Les filles majoritaires

    etudiants_universite_031.jpg

     

    De près de 92.000 étudiants en 2014-2015, l’université Hassan II est passée à 116.665 en 2018-2019, dont 92.511 inscrits dans des établissements à accès ouverts. Parmi ces derniers, 821.000 (les trois quarts) sont dans des licences fondamentales. Les filles y sont majoritaires, elles représentent plus de la moitié des effectifs. En raison des départs à la retraite non remplacés, le nombre d’enseignants et d’administratifs est, lui, en recul. En 2017-2018, l’université comptait 2.177 professeurs, contre 2.223 en 2014-2015, et 936 administratifs, contre 1.106 quatre ans plus tôt.

    Ahlam NAZIH

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc