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    Ecoles et universités: Prêtes pour l’autonomie?

    Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5419 Le 25/12/2018 | Partager
    Pour l’instant, l’indépendance est surtout budgétaire
    Les Académies régionales de l’éducation commencent à peine à gérer leur personnel
    Encore de flagrantes lacunes managériales!
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    Depuis 2011, près de 90% du budget global du ministère de l’Education nationale est transféré aux Aref. Ce taux dépasse actuellement les 95%. Toutefois, cette forte décentralisation budgétaire se confronte à un certain nombre de lacunes, notamment le manque de compétences qualifiées en matière de management. Cela se traduit par des retards au niveau des engagements des budgets, qui ne dépassent pas 70% dans la majorité des établissements

    Décentralisation, régionalisation, autonomie, indépendance… Des mots qui sont sur toutes les lèvres depuis une vingtaine d’années, lorsqu’il s’agit de la réforme du système d’enseignement. Mais qu’en est-il vraiment?

    Côté finances, l’autonomie est pratiquement acquise. «Nous avons assisté au renforcement des attributions des Académies régionales de l’éducation et de la formation (Aref) en matière budgétaire avec le lancement du plan d’urgence 2009-2012», rappelle Mohamed Aderdour, directeur de l’Aref de Rabat-Salé-Kénitra. «Actuellement, près de 95% du budget du ministère de l’Education nationale, hors charges du personnel, sont totalement gérés par les académies», poursuit-il.

    Dans le cadre de la déconcentration, une grande partie de ce budget est confiée aux directions provinciales qui se chargent, notamment, de la réalisation des marchés de construction et de réhabilitation des établissements scolaires au niveau de leurs territoires. Les académies, pour leur part, se limitent aux commandes portant sur l’équipement des établissements. Elles prennent en charge les frais d’eau et d’électricité.

    Toutefois, cette délégation de pouvoirs s’arrête aux portes des établissements scolaires. «Pour permettre aux écoles de gagner en autonomie financière, le ministère des Finances devrait mobiliser un comptable pour chacune d’entre elles, ce qui reste difficile à réaliser», estime Aderdour.

    Les écoles, collèges et lycées souffrent déjà d’un cruel déficit en certains profils, comme les économes. «Certains gèrent deux à trois établissements en même temps», a confié Abdelmoumen Talib, directeur de l’Aref de Casablanca-Settat, lors d’un point de presse organisé le 14 décembre dernier. Un projet pilote du Millennium Challenge Corporation (MCC), lancé en juillet 2016, prévoit justement de mettre en place un modèle de collèges et de lycées avec une autonomie élargie.

    Les résultats de ce programme, doté de 1,1 milliard de DH, n’ont pas encore été partagés. Les écoles primaires, elles, manquent de tout. Elles fonctionnent en majorité avec un directeur, non formé en management et en comptabilité, et un agent de service.

    Au niveau de la gestion des ressources humaines, la décentralisation s’est renforcée avec les nouvelles attributions accordées en mars dernier, surtout concernant la nomination, la mobilité et la promotion des fonctionnaires des académies. Au niveau du recrutement, les prérogatives des Aref se sont élargies avec l’adoption, en septembre dernier, du statut des cadres des académies, intégrant aussi les contractuels embauchés à partir de 2016-2017.

    Néanmoins, l’autonomie ne saurait fonctionner sans compétences qualifiées. Les Aref manquent de nombreux profils indispensables à leur fonctionnement (ingénieurs, techniciens, gestionnaires, économes…). «Le soutien du ministère des Finances est indispensable pour surmonter cette situation», souligne Talib.

    Un rapport de la Cour des comptes, publié fin 2016 (voir L’Economiste N° 4930 du 3 janvier 2017), avait par exemple montré «l’amateurisme» des Aref en matière d’acquisition de matériels didactiques et de produits chimiques sur la période 2007-2014: achats au pif, une gestion hasardeuse des stocks, des marchés publics non conformes à la réglementation en place…

    L’enseignement supérieur handicapé par les procédures

    Les universités, à l’instar des académies, sont financièrement indépendantes du budget de l’Etat. «Certes, la loi 01.00 leur permet de réaliser des recettes propres, mais cette possibilité est entravée par la lourdeur administrative», relève une source universitaire. Débloquer de l’argent pour financer des projets R&D, par exemple, peut nécessiter plusieurs années! Dénuées d’une comptabilité générale, les universités sont soumises à des contrôles a priori retardant tous leurs chantiers.

    Autre problème, le fonctionnement lourd du conseil d’université, souvent pléthorique (les conseils des universités de Casablanca et de Rabat comptent près d’une centaine de membres). Le système de sélection des présidents des universités et dirigeants des établissements d’enseignement supérieur est pointé du doigt.

    «Il n’y a pas de cohérence ni de convergence entre le projet du président et celui de ses chefs d’établissements», estime notre source. «Il serait judicieux que chaque président choisisse l’équipe avec laquelle il souhaite travailler», poursuit-elle. Le processus de sélection des présidents est, en outre, long. A titre d’exemple, l’université Mohammed V de Rabat a dû attendre la nomination de son nouveau président plus de 8 mois. Ce retard avait  suscité la colère des syndicats d’enseignants.

    En ce qui concerne les ressources humaines, et plus particulièrement la catégorie des enseignants, la marge de manœuvre du président reste limitée. La gestion des profs demeure du ressort du département de l’Enseignement supérieur.

    La décentralisation et la déconcentration de la gouvernance du système d’enseignement figurent parmi les recommandations phares de la Charte de l’éducation et de la formation de 1999. Vingt ans après, le processus est toujours inachevé.

    Le projet de loi-cadre concentre tous les espoirs

    Actuellement en examen au Parlement, le projet de loi-cadre pour la réforme du système d’enseignement prévoit des mesures consacrant la décentralisation de la gouvernance. Académies régionales de l’éducation et de la formation (Aref) et universités devraient pouvoir exercer leurs attributions dans de meilleures conditions. Ceci, dans le cadre de contrats avec l’Etat, assortis de mécanismes de suivi et d’évaluations périodiques. Leur autonomie pourrait également être renforcée, grâce à des partenariats avec des entreprises, ONG et collectivités territoriales.  Néanmoins, les universités devront attendre la réforme de la loi 01-00 régissant l’enseignement, en suspens depuis près de quatre ans, en attendant l’entrée en vigueur de la loi-cadre.

    Noureddine EL AISSI
     

     

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