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    Régions

    Tourisme de montagne: Le Toubkal, le mont des dangers?

    Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5415 Le 19/12/2018 | Partager
    25.000 touristes sillonnent chaque année les montagnes de la région
    Les incidents sont souvent dus à un manque d’expérience et une absence d’accompagnement
    Cette niche touristique a besoin d’une véritable stratégie régionale promise en 2003
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    Le village d’Imlil à 70 km de Marrakech constitue le point de départ pour toute ascension, randonnée individuelle ou en groupe (Ph. visitmarrakech.ma)

    A chaque pays son sommet et au Maroc, c’est le Djbel Toubkal dans la région du Haouz qui attire randonneurs et touristes de montagne. Du haut de ses 4.165 mètres d’altitude, il attire chaque année de plus en plus les passionnés d’autant plus que son ascension est généralement plus accessible.

    A une soixantaine de kilomètres de Marrakech et une heure en voiture, le village d’Imlil à 70 km de Marrakech constitue le point de départ pour toute ascension en randonnée individuelle ou en groupe. Le village, lui-même vaut le détour. Un climat tempéré et un paysage naturel merveilleux. Le village est aussi le point de départ pour le ravitaillement.

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    Il existe des TO spécialisés dans les randonnées et les trekking qui organisent ces voyages en toute sécurité (Source Visages Trekking)

    La restauration, la vente ou la location de matériel de randonnée, très rentables, se développent aussi depuis peu. Le potentiel touristique indéniable de la montagne est sans doute la raison qui maintient une grande partie des jeunes à rester dans leur région. Le transport des visiteurs et des randonneurs, l’hébergement et l’activité de guide de montagne assurent des revenus corrects pour les villageois.

    De la vallée, il faut deux jours de marche intensive pour monter jusqu’au sommet de la montagne. Depuis 20 ans, la région a le vent en poupe et attire aussi bien les professionnels que les amateurs qui parfois prennent des risques. Car, ici, la géographie et climat forment une alliance redoutable dans les hauteurs. Reliefs caillouteux et sentiers exigus à plus de 3.000 mètres d’altitude. Un alpiniste inexpérimenté et non accompagné risque d’être balloté dans un ravin.

    Et Il y a eu déjà dans le passé un incident du genre. Avec l’accès de plus en plus facile au sport de montagne et l’ascension des sommets, il n’est pas rare de croiser des randonneurs tentant l’ascension du mont Toubkal sans guide. Méconnaissant les dangers dus à la glisse ou aux éboulements fréquents surtout en période de pluie, les randonneurs non accompagnés risquent des accidents qui sont fréquents et parfois mortels.

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    Sidi Chamharouch  sur la route du Toubkal est fréquenté régulièrement par des hommes et femmes venus chercher des guérisons miracles. C’est non loin de cet endroit qu’ont été retrouvées les deux touristes assassinées (ph refuge Toubkal Les Mouflons)

    D’ailleurs, les touristes retrouvées assassinées le 17 décembre dernier avaient fait le choix de faire l’ascension toutes seules sans accompagnateur et emprunté une des zones les plus difficiles et non surveillées, Sidi Chamharouch. Situé en plein milieu des montagnes, à presque deux heures et demie de marche d’Imlil, le sanctuaire est à l’écart du chemin des randonneurs.

    Seule une roche énorme recouverte de chaux et surplombée de trois drapeaux blanc et vert permet d’identifier le lieu. Le sanctuaire dédié à Sidi Chamharouch est d’ailleurs fréquenté régulièrement par des hommes et femmes venus chercher des guérisons miracles.

    Une capacité litière en hausse

    Sur le plan touristique, le potentiel de l’arrière-pays de Marrakech n’est plus à démontrer. C’est une réserve inépuisable de produits dédiés au tourisme de montagne avec un climat tempéré et une grande diversité au niveau de ses paysages naturels. Un des endroits le plus fréquenté tant par les touristes nationaux qu’étrangers est sans conteste le toubkal.

    Près de 4.000 touristes sillonnent chaque année ces montagnes. Ce sont des touristes habitués et qui réalisent un fort taux de retour, qui connaissent les montagnes mieux que les marocains et deviennent des ambassadeurs de la région. Pour leur séjour, ils font souvent appel aux TO et voyagistes spécialisés dans les randonnées, le trekking, les circuits ou encore la montée vers le Toubkal. Il en est de même pour la population locale très connue pour sa gentillesse et son hospitalité.

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    La région compte 5 refuges qui accueillent parfois des centaines de randonneurs par séjour (Source wikiloc)

    D’autres préfèrent trouver sur place des guides pour les accompagner dans leurs projets. A Imlil, il existe 350 guides agréés que l’on retrouve dès l’arrivée au village. Ce sont des natifs de la région et connaissant les chemins comme leurs poches. Côté hébergement, la capacité litière de la province du Haouz est en croissance et est officiellement de 4.200 lits.

    La plupart est installée autour du Toubkal. On y retrouve des hôtels (une trentaine des maisons d’hôtes, des auberges, des gîtes, des pensions et des refuges. C’est d’ailleurs dans cette région que Richard Branson a choisi d’installer son hôtel de luxe, Kasbat Tamadot à Asni. Malgré ce développement et ce potentiel, il n’y a pratiquement pas de stratégie réelle pour le tourisme de montagne.

    On en parle depuis 2003, mais rien n’a été fait sur le terrain pour encadrer ce tourisme de niche, former et aider cette population au demeurant très accueillante et volontaire, mais livrée à elle-même.

    Disparition des touristes: 3 personnes derrière le crime

    La région du Haouz est encore sous le choc après le meurtre perpétré pas loin du sanctuaire de Sidi Chamharouch des deux touristes randonneuses. Les victimes danoise et norvégienne étaient âgées de 24 et 28 ans. Les deux femmes ont campé sur place la nuit du 16 décembre et ont été assassinées violemment le soir même. Ce sont des randonneurs qui ont retrouvé leurs cadavres le lendemain matin. Moins de 24 heures après la découverte des corps,  et grâce à une carte nationale abandonnée dans un campement voisin, la Bureau central d'investigations judiciaires (BCIJ) a arrêté le 1er suspect qui a été placé en garde à vue. La traque continue pour retrouver deux autres individus impliqués dans cet atroce crime. 

    Un environnement à préserver

    Le développement du tourisme constitue une part importante de l’économie de la région du Toubkal, à condition de préserver cet environnement afin de le pérenniser. Très peu de visiteurs savent toutefois qu’ils empiètent sur un parc national protégé par la loi. Créé en janvier 1942, le parc national de Toubkal a pour mission de préserver un échantillon représentatif de la haute montagne marocaine. Depuis, les plans d’aménagement et de gestion s’enchaînent tant les besoins sont importants.
    Une véritable pépite nationale qui réunit les plus hauts sommets d’Afrique du Nord, les plus belles forêts de chêne vert et de genévrier thurifère de la région, des sites pittoresques et une faune dont les espèces les plus menacées sont les mouflons à manchettes, les gypaètes barbus et les célèbres singes magot. Ce sont donc des paysages à sauvegarder, mais aussi une histoire, celle du pays et de ses habitants, qui ont su faire perdurer de très anciennes traditions.

    De notre correspondante permanente, Badra BERRISSOULE

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