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    Education dans les pays arabes: Ecole sans apprentissages, et diplômes sans compétences!

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5409 Le 11/12/2018 | Partager
    Les élèves de la région sont des «apprenants passifs»
    La mémorisation et la discipline privilégiées sur l’esprit critique et l’initiative
    Faible autonomie des enseignants et directeurs d’établissements
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    Dans la région, les années de scolarité ajustées montrent qu’en moyenne la durée de scolarisation effective est inférieure de 2,9 ans aux années passées à l’école. Presque 3 ans partent ainsi en fumée, en raison de la faiblesse des apprentissages. Au Maroc, par exemple, même si les jeunes passent près de 6 ans à l’école, cette période équivaut à seulement 4 ans. Les barres jaunes montrent le nombre d’années de scolarité ajustées avec l’apprentissage. Celles oranges montrent la différence entre les années de scolarité réelles et ajustées

    L’échec des politiques éducatives de la région Mena relève presque de l’énigme. Malgré les avancées réalisées, notamment en matière de généralisation de la scolarisation au primaire, et les dépenses consenties (jusqu’à plus de 6% du PIB au Maroc), le rendement du système demeure médiocre.

    «C’est la région des paradoxes», s’écrie Safaa El-Kogali, responsable du département de l’Education pour la région Mena à la Banque mondiale. Elle intervenait, vendredi dernier, à la présentation des rapports de la Banque sur l’éducation dans la région et le développement dans le monde 2019, à l’Ecole nationale supérieure de l’administration (ENA) à Rabat. Une deuxième présentation est prévue ce 21 décembre à Tunis.

    «Les jeunes de la région ont atteint des niveaux d’instruction supérieurs à leurs parents. Toutefois, ils n’ont pas pu traduire cela en meilleures opportunités de revenu», explique El-Kogali. La région recèle ainsi un stock important de jeunes instruits, mais dont le potentiel est inexploité. Cela augmente le sentiment de frustration de cette catégorie.

    «Par ailleurs, les filles y surpassent systématiquement les garçons à l’école. Cependant, sur le marché du travail, elles sont en retard», poursuit l’experte de la Banque mondiale. La région enregistre les plus forts écarts entre les genres, en faveur des filles, selon les évaluations des élèves de 4e année du primaire de l’enquête internationale TIMSS. Et pourtant, elle fait partie de celles où les femmes sont les moins actives. Au Maroc, près de huit femmes sur dix sont inactives, et leur taux d’activité ne cesse de diminuer sur les vingt dernières années.

    La situation dans les pays arabes se résume en deux phrases: une scolarisation sans de vrais apprentissages, et des diplômes sans réelles compétences. Les résultats des évaluations internationales des élèves arabes les classent parmi les derniers.

    L’urgence d’un nouveau pacte pour l’éducation

    Pourquoi tant de déboires? Le rapport de la Banque mondiale relève quatre tensions communes à l’ensemble des pays arabes, freinant le potentiel de leur système d’enseignement. La première oppose le diplôme aux compétences. La région reste foncièrement attachée aux diplômes, car dans l’imaginaire collectif, c’est le sésame pour accéder à la fonction publique, avec ses bons salaires et sa sécurité de l’emploi.

    Or, l’Etat a depuis le longtemps cédé le terrain au secteur privé. Au Maroc, l’administration n’assure plus qu’un emploi sur dix. «La région doit sortir de cette logique de diplômes pour s’inscrire dans celle de compétences», insistent les experts de la Banque mondiale.

    Les pays arabes privilégient, en outre, la discipline au détriment de l’esprit critique. «Les élèves de la région sont des apprenants passifs», fustige le rapport. Ils sont encouragés à mémoriser, même en maths et sciences. Il leur est demandé d’apprendre des règles mathématiques au lieu de résoudre des problèmes par eux-mêmes. L’écoute passive est généralisée. Dans de nombreux pays, y compris au Maroc, 80% des élèves de 4e année du primaire sont obligés d’écouter passivement leur prof expliquer de nouveaux contenus mathématiques, contre une moyenne mondiale de 36%.

    La troisième source de tensions concerne le besoin de contrôle excessif au détriment de l’autonomie. Les enseignants du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ne disposent que de peu d’autonomie en matière de contenus et de méthodes pédagogiques, contrairement à d’autres régions. Enfin, les pays arabes continuent de promouvoir des méthodes d’enseignements classiques (apprentissage par cœur au lieu de la réflexion) au détriment d’approches modernes.

    La Banque mondiale appelle ainsi à «un nouveau pacte» pour l’éducation dans la région, basé sur le renforcement de l’offre éducative et un focus sur les compétences de base. Pour cela, il faudrait intervenir de manière précoce, dès le préscolaire. Malheureusement, le taux de préscolarisation des enfants de la région est de seulement 31% (49,5% au Maroc).

    L’institution recommande, aussi, d’engager les meilleurs parmi les profs et directeurs d’établissements, de les motiver, de leur offrir un perfectionnement permanent et de les amener à devenir des leaders pédagogiques.

    «Il faut placer les meilleurs dans les endroits où on en a le plus besoin, y compris dans le rural», estime El-Kogali.  Il est en outre conseillé d’en finir avec les évaluations à tout va encourageant l’apprentissage par cœur, d’offrir à tous la possibilité d’aller à l’école (14 millions d’enfants arabes exclus de la scolarité en 2014-2015) et d’utiliser à bon escient les nouvelles technologies.

    Ces efforts ne peuvent réussir sans une vision unifiée, l’implication de toutes les parties prenantes, une volonté politique forte et un profond changement des mentalités. Pour la Banque mondiale, il ne s’agit pas seulement d’une priorité, mais d’une «urgence nationale».

                                                                             

    Dépolitiser le débat sur les langues

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    Au Maroc, comme dans de nombreux pays de la région Mena, 80% des élèves de 4e année du primaire sont obligés d’écouter passivement leur prof expliquer de nouveaux contenus mathématiques. La moyenne mondiale est de seulement 36% (Ph. Jarfi)

    Il n’y a pas de langue supérieure à une autre, diraient les linguistes. Pourtant, la question de la langue d’enseignement continue de déchaîner les passions, notamment au Maroc.

    Pour la Banque mondiale, il est important de «dépolitiser ce débat» afin de trouver des solutions, dans le seul intérêt des apprenants. L’institution relève trois «grands problèmes» à ce niveau qu’il faudrait régler.

    D’abord, l’arabe moderne standard est significativement différent de celui parlé au quotidien dans la région. Les élèves apprennent ainsi avec une langue qui n’est pas la leur.

    Ensuite, dans certains pays, plusieurs langues sont parlées. Chacun défend donc la sienne. Et enfin, l’usage de langues étrangères est susceptible d’engendrer de plus grandes inégalités, puisque les élèves les moins aisés sont les moins exposés à ces langues.

    Ahlam NAZIH

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