×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Pacte mondial pour les migrations: C’est un texte non contraignant

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5409 Le 11/12/2018 | Partager
    Et un cadre pour une coopération internationale renforcée
    Le Maroc peut jouer un rôle clé, un pont entre deux rives
    De l’effet bénéfique sur l’économie…

    - L’Economiste: Le Pacte mondial pour les migrations se veut un document historique. Mais nous avons assisté ces derniers mois au désistement de plusieurs pays. Que répondez-vous à ceux qui contestent le bien-fondé de ce pacte?

    - Jean-Christophe Dumont: Le Pacte mondial des migrations sûres, ordonnées et régulières est le résultat d’un travail intergouvernemental de longue haleine qui reconnaît la nécessité d’appréhender ensemble la question des migrations (hors réfugiés). Et ce, afin de réduire les risques et de maximiser les bénéfices mutuels associés à la mobilité des personnes. Il s’agit d’un texte non contraignant qui fixe un cap commun, ancré sur le corpus légal des Nations unies, et qui identifie un certain nombre de bonnes pratiques. Le texte ne repose sur aucun modèle spécifique, ne préjuge pas de la nature ou de l’ampleur des flux et stipule, en préambule, la souveraineté des États en matière de politiques migratoires. C’est un cadre pour une coopération internationale renforcée mais pas l’embryon d’une gouvernance mondiale des migrations.

    - Les contraintes qui se posent peuvent être d’ordre politique que juridique?
    - Les différentes approches vis-à-vis de ce document reflètent la sensibilité qui prévaut sur la question migratoire. Pour autant, le texte est très équilibré et aborde la question des droits humains, la gestion des migrations légales ou la coopération internationale en matière de retours, forcés et volontaires.

    - Comment évaluez-vous l’approche du Maroc en matière de politique migratoire?
    - La question migratoire est importante au Maroc qui est à la fois un pays d’origine, de transit et d’accueil. Des étapes importantes ont été franchies ces dernières années avec les partenaires africains et européens notamment. Elles s’inscrivent dans la droite ligne du Pacte mondial. Les défis et les potentialités restent toutefois importants, qu’il s’agisse de la mobilisation de la diaspora marocaine ou du développement des migrations légales. Le Maroc peut jouer un rôle clé dans les relations internationales en matière migratoire comme un pont entre deux rives. L’OCDE, en partenariat avec l’OIM (Organisation internationale pour les migrations), soutient notamment la proposition marocaine de développer un observatoire sur les migrations en Afrique visant à collecter des données précises qui serviront à l’élaboration de politiques fondées sur la connaissance des faits.

    - Que proposez-vous pour favoriser l'intégration économique des immigrés?
    - L’intégration des immigrés et de leurs enfants est une nécessité pour des motifs économiques de justice sociale. C’est également fondamental pour maintenir la cohésion dans les sociétés d’accueil, pour ne pas porter préjudice au développement des voies légales d’immigration ainsi que pour maximiser les transferts de fonds. Les travaux récents de l’OCDE et de la Commission européenne montrent clairement qu’en dépit des progrès accomplis beaucoup reste à faire dans ce domaine. En moyenne dans l’OCDE le taux de chômage des immigrés atteint 8%, soit deux points de plus que pour les non-immigrés. Parmi les diplômés du supérieur, près d’un immigré sur deux est soit inactif, soit chômeur, soit déclassé. Les politiques publiques doivent être renforcées pour réduire ces écarts et pallier à ce gâchis de ressources humaines.

    - Plusieurs études parlent aujourd’hui des effets bénéfiques de la migration. Comment cela se traduirait sur le terrain?
    - De nombreux travaux d’économistes, y compris menés par l’OCDE, démontrent clairement que l’immigration si elle est bien gérée génère, à moyen terme, des bénéfices pour les pays d’origine et de destination, mais également pour les migrants eux-mêmes. C’est vrai en termes de fiscalité, de marché du travail ou de croissance économique et de productivité. La question se pose toutefois sur des effets transitionnels, notamment lorsqu’un investissement important est requis pour soutenir l’intégration des migrants les plus vulnérables, et sur la distribution de gains associés à la migration. C’est sur ces questions que la recherche doit dorénavant s’orienter pour «Rendre les migrations bénéfiques à tous» comme suggéré par le dernier rapport du Secrétaire général des Nations unies en appui du Pacte mondial.

    Profil de l’expert

    jean-christophe_dumont_009.jpg

    Jean-Christophe Dumont dirige la Division des migrations internationales à la Direction de l’Emploi, du Travail et des Affaires sociales à l’OCDE depuis 2011. Il a rejoint le Secrétariat de l’OCDE en 2000 pour travailler sur les migrations internationales. Jean-Christophe Dumont dirige la publication annuelle de l’OCDE sur les Perspectives des migrations internationales ainsi que de nombreuses publications sur l’impact économique des migrations internationales, la gestion des flux migratoires et l’intégration des immigrés et de leurs enfants dans les pays de l’OCDE. Il a également travaillé sur les liens entre migration et développement et la mobilité internationale des personnels de santé. Il est détenteur d’un doctorat en économie du développement de l’Université Paris IX-Dauphine et a été chercheur à l’Université Laval, Québec, Canada.

    Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc