Economie

Conférence intergouvernementale sur les migrations: Le Maroc donne l’exemple

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5408 Le 10/12/2018 | Partager
Une stratégie nationale d’immigration et d’asile mise en place en 2014
Régularisation des migrants, accès à l’éducation, à la santé et au logement, les dispositifs
L’Etat a régularisé près de 50.000 migrants en deux étapes et scolarisé 7.500 enfants
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De pays d’émigration, le Maroc est devenu, avec le temps, également un pays d’accueil de migrants. 50.000 ont pu régulariser leur situation (Ph L’Economiste)

Le pacte pour des migrations sûres, ordonnées et régulières qui va être adopté lors du sommet intergouvernemental de Marrakech, les 10 et 11 décembre  n’est qu’un début.

2019 devra être en principe une année cruciale pour les gouvernements et tous les acteurs concernés à l’échelle locale, nationale et internationale appelés à entamer sa mise en œuvre.  Et dans ce domaine, le Maroc a une longueur d’avance. Longtemps considéré comme un pays d’émigration, le Maroc est devenu, avec le temps, également un pays de transit et d’accueil de migrants.

En effet, par sa position géographique qui place ce pays à la fois proche de l’Europe occidentale et au carrefour de deux régions – Afrique subsaharienne et Arabe où l’on enregistre le plus grand nombre de conflits armés qui poussent des centaines de milliers de personnes en exil, le Maroc devient, par la force des choses, un pays de destination et d’accueil de demandeurs d’asile et de migrants, essentiellement issus des deux régions ci-dessus. C’est face à ce défi qu’une stratégie nationale d’immigration et d’asile fut mise en place en 2014 pour assurer un niveau de protection suffisant de droits fondamentaux des migrants.

«Et ce conformément aux engagements internationaux du Maroc en matière de droits de l’Homme, et en tenant compte des recommandations formulées par le Conseil national des droits de l’Homme, tenait à préciser Abdelkrim Benatiq, ministre délégué marocain chargé des questions de la Migration à la 11e édition du Forum mondial de la migration et du développement tenu à la veille du sommet intergouvernemental.

Objectif: faciliter l’intégration harmonieuse des migrants dans la société marocaine, notamment en leur facilitant l’accès à l’éducation, au logement, à la santé, à l’emploi, etc. «nous avons opté pour  une approche humaniste qui s’est traduite par plusieurs initiatives. A titre d’exemple, les migrants ont accès à l’ensemble des services publics, des programmes nationaux d’assistance sociale et à tous les centres de l’entraide nationale», détaille Benatiq.

Au Maroc, l’on répertorie trois catégories de migrants: les migrants réguliers, ceux irréguliers, les réfugiés et les demandeurs d’asile. En 2014, une première opération de régularisation de migrants avait permis à 18.000 personnes en situation irrégulière d’obtenir un titre de séjour pour rester légalement sur le territoire marocain.

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Rabat agit aussi sur le plan de la lutte. Elle a mis en échec plus de 54.000 tentatives d’immigration clandestine. 74 réseaux de trafic d’êtres humains ont été démantelés durant cette période (Ph L’Economiste)

Fin 2017, quelque 25.000 ont été régularisés. Au total, l’Etat marocain a régularisé près de 50.000 migrants en deux étapes. Les dernières estimations officielles parlent de quelque 80.000 migrants subsahariens installés au Maroc (entre régularisés et clandestins). Selon les statistiques officielles, pas moins de 7.500 enfants sont scolarisés dans le système d’enseignement public. Ces actions ont été entreprises en étroite collaboration avec une société civile très active et des organisations internationales très présentes.

Le tout sous la supervision du Conseil national des droits de l’homme. D’autres actions ont été lancées par des ONG à l’instar de Hijra wa Himaya, un nouveau projet à l’initiative de l’Unicef et en partenariat avec l’UE. Près de 2.000 enfants migrants accompagnés et non accompagnés, y compris les enfants victimes de traite, vont ainsi bénéficier de services qui seront renforcés à travers ce programme, en particulier dans les régions de l’Oriental et Tanger - Tétouan - Al Hoceima.

Le Maroc fait face quotidiennement aux problèmes liés aux vagues de migrants clandestins, qui multiplient les tentatives pour traverser la Méditerranée. Et pour justement rendre l’émigration plus sûre et régulière, il mène aussi une politique de lutte contre la migration illégale. En 2018, Rabat a mis en échec plus de 54.000 tentatives d’immigration clandestine.

74 réseaux de trafic d’êtres humains ont été démantelés durant cette période, en plus de la saisie de plus de 1.900 engins utilisés dans ces opérations, dont des zodiacs et des jet-skis. Depuis 2004, 22.000 migrants clandestins ont été rapatriés vers leurs pays d’origine, dans le cadre du programme du retour volontaire, dont 1.400 personnes au cours de cette année.

Badra BERRISSOULE

                                                                      

L’agenda africain

Le Maroc veut d’ailleurs décliner sa stratégie sur le plan continental et participer à ancrer cette nouvelle logique au niveau du continent africain. Une vision que le royaume a présenté à l’occasion du 30e sommet de l’Unité africaine qui s’est tenu à Addis Abeba en janvier dernier.

L’approche est de faire de la migration un levier du co-développement, un pilier de la coopération sud-sud et un vecteur de solidarité. Dans cet agenda, il s’agit de déconstruire les mythes associés à la migration, comme l’évocation d’une déferlante migratoire. Les migrants ne représentent que 3,4% de la population mondiale et 85% des revenus des migrants restent dans ces pays. De même que la migration africaine est d’abord intercontinentale. Sur les 32 millions de migrants africains, 16 millions sont en Afrique.

Le Maroc a  d’ailleurs acté la création d’un Observatoire de la migration. Basé sur le triptyque «comprendre, anticiper et agir», cet observatoire aura pour mission le recueil de données statistiques sur, par exemple, le nombre réel d’Africains qui continuent à migrer de manière illégale.

L’Agenda africain sur la migration vise à endiguer le départ des jeunes du continent vers l’Eldorado européen, dans des conditions précaires et au péril de leurs vies. Depuis 2015, plus de 6200 migrants africains ont perdu la vie en Méditerranée.

 

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