Médias

47es Assises de la presse francophone: «Fachosphère» vs droits humains

Par Meriem OUDGHIRI | Edition N°:5380 Le 26/10/2018 | Partager
Le développement des réseaux sociaux et leurs multiples usages bousculent les schémas classiques
«Si la crise des réfugiés n’existait pas, les médias et les leaders populistes l’auraient inventée»
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Derrière les chiffres, il y a des réalités humaines dont les réseaux sociaux sont des témoins. Ces derniers peuvent être la meilleure comme la pire des choses. Alors qui l’emporte, l’info ou la manipulation? Telle a été la question centrale de l’atelier dont une des intervenantes a été Fatema El Ouafi,   trésorière de l’UPF Maroc (Ph. MO)

Leviers de mobilisation et de solidarité, les réseaux sociaux peuvent-ils être aussi des outils de manipulation et de trafic des migrants?  C’est à ces questions qu’ont tenté de répondre les intervenants de l’atelier consacré à cette thématique.

Aujourd’hui, les schémas d’organisation de la migration sont de plus en plus complexes et diversifiés, tout autant que le rôle des réseaux sociaux en tant que source d’aide et d’information. L’importance de ces réseaux dans le processus migratoire est bien établie et l’essor des nouvelles technologies ainsi que leurs multiples usages ont fini par bousculer les schémas classiques.

Derrière les chiffres, il y a des réalités humaines dont les réseaux sociaux sont des témoins. Ces derniers peuvent être la meilleure comme la pire des choses. Alors qui l’emporte, l’info ou la manipulation?

D’abord et avant tout l’information comme le soutient Amara Makhoul, rédactrice en chef du site InfoMigrants dont le rôle est de contrer les rumeurs et l’intox et de fournir une information vérifiée aux migrants réfugiés demandeurs d’asile. Pour s’adresser au plus grand public possible, le site se décline en trois langues, français, arabe et anglais.

Ce projet est piloté par trois grands médias européens: France Médias Monde (France 24, RFI, MCD), la chaîne allemande d’information internationale Deutsche Welle, et l’agence de presse italienne ANSA. Il est co-financé avec l’Union Européenne.

Très souvent, indique Amara Makhoul, les migrants sont exposés à un foisonnement d’informations peu sûres et ne disposent que de celles fournies par les passeurs et autres trafiquants d’êtres humains, avec tout ce que cela comporte comme risques, dangers et manipulations. Cependant, soutient-elle, le danger de trafic d’êtres humains n’existe pas uniquement sur les réseaux sociaux.

Du côté de la Bulgarie, le pays était jusqu’à cette fameuse crise des migrants montré comme un exemple positif d’intégration. Depuis, la situation a bien changé. Anna Krasteva, professeur à la Nouvelle Université Bulgare, démarre son propos par une thèse provocatrice: «si la crise des réfugiés n’existait pas, les médias et les leaders populistes l’auraient inventée». L’intervenante va ainsi développer cette thèse à travers 3 images ou 3 types de rapports entre le numérique, les réseaux sociaux et les médias.

La première image, la solidarité. Elle correspond à la première vague humanitaire tout à fait impressionnante qui a forgé de nouveaux acteurs devenus de véritables militants. A cette époque, les réseaux sociaux se sont énormément mobilisés pour stimuler cette énergie humanitaire, et les médias classiques ont plutôt suivi. La 2e image qui s’est rapidement imposée est celle de la polarisation, avec d’un côté le sécuritaire et de l’autre l’humanitaire.

Les médias se sont aussi polarisés et le Net a subi une attaque en bonne et due forme du discours haineux. Pour elle, dans ce combat Solidarité vs Sécuritaire, nous assistons à la défaite numérique des médias solidaires, sociaux et autres. La 3e image correspond à l’hégémonisation.

Dans de nombreux pays, les discours xénophobes nationalistes commencent à dominer et à marginaliser les discours alternatifs des droits de l’homme. Petit à petit, les médias et les réseaux sociaux ont traduit la crise migratoire en crise de frontières.

Pour Fatema El Ouafi, Secrétaire Générale de la rédaction du quotidien les Inspirations Eco et trésorière de l’UPF Maroc, la migration est un sujet qu’elle connaît bien ayant elle-même plusieurs fois immigré entre le Maroc et la France. Elle a vécu, raconte-t-elle, plusieurs fractures, celle de l’exil, de l’intégration.... Pour elle, info ou manipulation des réseaux sociaux, le match est nul: «les réseaux sociaux qui informent existent et ceux qui manipulent existent aussi».
Tout au long de l’atelier, la question centrale a partagé les participants.

Si pour certains, il existe une «fachosphère» qui sévit sur les réseaux sociaux, d’autres considèrent que ces réseaux ne manipulent pas mais qu’il s’agit plutôt d’une mauvaise compréhension de cet outil. Les réseaux sociaux sont des canaux de transmission. L

e fait qu’ils existent depuis de nombreuses années a ouvert le champ à toutes les voix pour qu’elles s’expriment et c’est la liberté d’expression poussée à son extrême. Les personnes qui tombent dans le piège de l’intox et la manipulation sont insuffisamment éduquées aux médias et aux réseaux sociaux et donc ne sont pas outillées pour se défendre.

                                                                    

Questions de terminologie

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Lors des Assises, les intervenants ont tous insisté sur la question fondamentale de la terminologie. Voici quelques définitions empruntées au HCR et à Amnesty International.

■ Réfugié: Le statut de réfugié est défini et protégé dans le droit international. Les réfugiés se trouvent hors de leur pays d’origine en raison d’une crainte de persécution, de conflit, de violence ou d’autres circonstances qui ont gravement bouleversé l’ordre public et qui, en conséquence, exigent une protection international. La Convention de 1951 relative aux réfugiés et son protocole de 1967 ainsi que d'autres textes juridiques, comme la convention de l’OUA de 1969 sur les réfugiés, demeurent actuellement les pierres angulaires de la protection des réfugiés.
■ Migrant: Il n’existe pas de définition juridiquement reconnue.
Toutefois, selon les Nations unies, ce terme désigne «toute personne qui a résidé dans un pays étranger pendant plus d’une année, quelles que soient les causes, volontaires ou involontaires, du mouvement, et quels que soient les moyens, réguliers ou irréguliers, utilisés pour migrer». Les migrants choisissent de quitter leur pays non pas en raison d'une menace directe de persécution ou de mort, mais surtout afin d'améliorer leur vie en trouvant du travail, et dans certains cas, pour des motifs d'éducation, de regroupement familial ou pour d'autres raisons.

■ Immigré: C'est une personne qui s’est établie dans un autre pays.  Contrairement au réfugié forcé de fuir, l'immigré choisit de déménager.

■ Demandeur d’asile: C'est celui qui a quitté son pays et demande à être protégé de persécutions et de graves atteintes aux droits humains commises dans un autre pays. Mais il n'a pas encore été reconnu légalement comme un réfugié et attend qu’il soit statué sur sa demande d’asile.

 

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