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    Informaticiens: «Moderniser la politique RH, pour retenir les talents»

    Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5377 Le 23/10/2018 | Partager
    Des recrutements plus coûteux et des objectifs de croissance revus à la baisse
    Des plus en plus d’entreprises marocaines misent sur la Tunisie
    L’Agence du développement digital, une lueur d’espoir?
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    Youssef El Alaoui: Vice-président de l’Apebi (Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring), et cofondateur de Mobiblanc (Ph. Y.E.)

    - L’Economiste: 6 informaticiens sur 10 ont déjà été approchés par des recruteurs étrangers. Comment expliquez-vous cette forte attractivité?

    - Youssef El Alaoui: La demande internationale est très forte et ne fait que s’intensifier. Elle émane principalement de la France qui connaît une vague importante de transformation digitale dans tous les domaines (finance, logistique, retail, e-gov, etc.). Leurs écoles ne répondent pas à toute cette demande, et ont donc recours à des profils venant de l’étranger. Les Marocains comme les Tunisiens les intéressent fortement puisqu’ils recherchent des profils francophones. 

    - Les ¾ des profils IT affirment être prêts à s’expatrier. Qu’est-ce qui les pousse à quitter le pays?
    - Ils sont d’abord motivés par une nouvelle expérience de vie, aussi bien pour eux que pour leur famille. Partir à l’étranger est souvent synonyme de réussite sociale chez certaines personnes. Ces profils sont aussi enthousiastes pour travailler sur des projets innovants, qui utilisent de nouvelles technologies, choses qui les passionnent. Enfin, la rémunération est tout aussi importante pour eux. Toutefois, rapportée au coût de la vie dans les grandes métropoles, la différence devient minime avec ce qui est perçu au Maroc.

    - Aujourd’hui, quel est l’impact de cet exode sur les entreprises marocaines?
    - Une rareté des ressources est fortement constatée et le coût de recrutement devient de plus en plus élevé. Le turnover augmente, ce qui se traduit par une faible capitalisation sur les connaissances des projets, et engendre un coût important en formation. S’ajoute à cela une hausse des salaires, et donc une baisse de compétitivité. Les entreprises ont ainsi du mal à tenir leurs engagements vis-à-vis de leurs partenaires. Leurs objectifs de croissance sont revus à la baisse. Tout cela les empêche d’atteindre la taille critique qui leur permettra de se positionner sur des marchés nationaux importants. Et si, toutefois, ils y arrivent, il y a toujours le risque de recourir systématiquement à des entreprises étrangères pour réaliser ces projets. Le comble est que, des fois, c’est avec ces mêmes compétences marocaines qui ont quitté le pays qu’ils devront mener leurs missions.

    - La Tunisie elle aussi perd ses talents. Est-ce un bon calcul pour les entreprises d’y délocaliser leur activité?
    - La différence est que la Tunisie forme presque le double des informaticiens du Maroc, pour une taille de marché moins importante que la nôtre (cf. L’Economiste N°5272 du 15 mai 2018). C’est pourquoi le phénomène de pénurie des profils IT est moins grave chez eux. En prenant en considération que les  compétences tunisiennes sont de la même qualité qu’au Maroc, cela reste une solution pour les entreprises locales afin ne pas perdre des parts de marché et maintenir leur croissance.

    - Quelles sont les mesures à déployer pour retenir ces profils?
    - Le choix de s’expatrier ou de rester est, in fine, personnel. Personne ne peut contester cette liberté. Toutefois, pour augmenter l’attractivité de nos structures, nous devons moderniser notre politique RH afin de fidéliser et proposer un cadre de travail intéressant pour cette population. Il faut aussi avoir plus d’imagination concernant les offres d’emploi. Les RH sont un domaine que nous avons un peu négligé en nous focalisant sur la technologie et le client. Pour que cela fonctionne, il faut des moyens et de la visibilité sur les marchés de la part de nos donneurs d’ordre, chose qui nous fait défaut actuellement. Par ailleurs, les entreprises devraient penser à lancer des projets structurants et innovants qui passionneront les informaticiens par la technologie et l’impact sur la société. Nous espérons qu’avec l’Agence du développement digital (ADD) nous pourrions voir ce genre de projets tant attendus au Maroc.

    - Justement, quel serait l’apport de l’ADD?
    - L’Agence existe depuis presque une année. Sa création, tant attendue, est une bonne nouvelle pour le secteur. Quatorze chantiers sont déjà identifiés en priorité. Le plus important à notre sens, au sein de l’Apebi, serait la mise en place de la plateforme d’interconnexion entre les différentes administrations «la Gateway». C’est un prérequis pour développer le e-Gov à grande échelle. Nous attendons également que l’ADD fasse un peu de pédagogie pour agir sur le «Mindset» des décideurs, afin qu’ils adoptent le digital dans tous les grands chantiers nationaux: éducation, justice, santé, logistique, etc.

    Formation Java/J2E bientôt relancée

    «C’est une opération qui a bien réussi», se félicite Youssef El Alaoui, VP de l’Apebi. Mise en place par la Fédération de l’offshoring, en partenariat avec la CDG, le ministère de l’Industrie et les entreprises GFI, Softcom, CGI, Capgemini et Atos, cette formation a accueilli, durant six mois, une cinquantaine d’informaticiens. Ces derniers pourront par la suite intégrer ces mêmes entreprises partenaires. «Un comité de pilotage se réunira la semaine prochaine pour évaluer ces actions et se décider de reproduire la formation avec un nombre de bénéficiaires plus important», confie El Alaoui.

    Propos recueillis par Tilila EL GHOUARI

     

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