Economie

Textile: Intelligence artificielle, le grand enjeu

Par Radia LAHLOU | Edition N°:5371 Le 15/10/2018 | Partager
L’information et la formation, des facteurs clés de compétitivité
Diversifier l’offre pour renforcer le positionnement sur le marché mondial
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Jean-François Limantour: L’industrie textile marocaine regorge de véritables potentialités de développement. Mais il faut s’attaquer aux produits à plus forte valeur ajoutée» (Ph. R.L.)

- L’Economiste: Avec les mutations en cours, l’avantage comparatif de l’industrie marocaine devrait en permanence être repensé. Quelles sont les pistes à privilégier?

- Jean-François Limantour: Il faut explorer les potentialités qui existent en termes de marchés et de produits. Par exemple, le Maroc a une présence forte sur les marchés de l’Europe du Sud et une présence peu significative sur les marchés du nord de l’Europe. La taille du marché allemand, par exemple, est 4 fois supérieure au marché français. Les efforts dans cette direction de l’Amith et de ses partenaires institutionnels au cours des dernières années sont significatifs et finiront par porter leurs fruits. Le Maroc bénéficie de certains attributs forts: stabilité politique, un capital de sympathie auprès des professionnels allemands, tant distributeurs qu’industriels, et surtout un avantage comparatif certain, la maîtrise du modèle de la fast fashion.
Il faut également diversifier l’offre et la clientèle. Il y a des secteurs, comme la lingerie féminine, où le Maroc n’a pas une position stratégique pour cibler davantage les marques. Ce sont des marchés en forte croissance avec des marges très intéressantes. Il est plus important d’exporter des maillots de bain que des t-shirts pour lesquels la rentabilité n’est pas toujours au rendez-vous étant donnée la compétition féroce qui les caractérise. Au mieux, on ne peut qu’équilibrer ses coûts.

- Justement, fait-on assez de veille pour pouvoir rebondir et diversifier les produits?
- L’information est un facteur clé de compétitivité. Il faut s’organiser pour collecter et diffuser de l’information opérationnelle aux entreprises. J’insiste là-dessus depuis si longtemps. L’Amith réalise l’importance stratégique de ce volet et a mis en place un lourd arsenal pour que les entreprises puissent profiter des possibilités et se tenir informées des nombreuses potentialités qui existent aujourd’hui. Des outils de collecte d’informations permettent de les synthétiser, analyser et diffuser aux entreprises. Avec à la fois une fonction de réflexion stratégique: Que font les autres? Que font nos concurrents? Comment évolue la matière? Qu’est-ce qui se passe en termes de prix? Que prépare tel gouvernement en matière fiscale?
Toutes ces informations sont essentielles pour l’aide à la décision. Il faudrait coupler ce cercle de réflexion stratégique avec un dispositif de diffusion en ligne de l’information. Pour connaître, par exemple, l’impact de telle technologie dans le domaine de l’industrie 4.0, il suffira de cliquer pour avoir la réponse. Adresses de fournisseurs… des données aussi triviales dont les entreprises ont fortement besoin.

- Les entreprises en profitent-elles suffisamment?
- Même si l’Amith effectue un travail de veille très important, certaines entreprises restent encore mal informées. J’ai fait un test en demandant à quelques entreprises marocaines qui étaient leurs concurrents sur l’Espagne et pour quels produits. La plupart sont passées à côté.

- Le secteur a réalisé un record à l’export en 2017. Quels leviers activer pour davantage performer?
- Il faut créer une nouvelle génération d’entreprises exportatrices. Le Maroc est au centre de la Méditerranée, au centre de l’espace Euromed, il faut en profiter. Ce n’est pas par hasard que des constructeurs automobiles viennent s’y installer. Il faut rayonner sur l’ensemble des marchés environnants, aussi bien européens que méditerranéens.
Je crois vraiment que le secteur a un réel avenir dans les créneaux à plus forte valeur ajoutée, avec des emplois plus qualifiés, surtout dans le cadre de cette évolution digitale, il y a de nouvelles compétences qu’il faudra former.

- L’industrie 4.0 ne menace-t-elle pas ces emplois?  
- On est dans le début d’un cycle, mais les évolutions sont vertigineuses, la robotisation requiert des emplois plus qualifiés.
Dans des pays comme l’Ethiopie, le salaire mensuel est de 36 dollars. Si on joue la carte purement des coûts, comme sous-traitants, le résultat est connu d’avance. Mais si par contre on joue la carte de l’innovation et de la différenciation de l’offre et des cibles, produire et vendre ce que ne font pas les autres, le Maroc, malgré une concurrence très rude, a un brillant avenir devant lui. Des pays comme la Chine, le Cambodge ou le Vietnam font des efforts considérables pour intégrer les nouvelles technologies et former les nouvelles générations de managers.
L’association [Evalliance] que je préside, qui veut dire Europe, Vietnam, alliance, est actuellement en train de créer un institut de la mode au Cambodge pour former les cadres dirigeants. Nous allons même créer une entreprise pilote qui va servir à accueillir des cadres et dirigeants comme stagiaires, en apprentissage. On pourrait en faire autant au Maroc.

Propos recueillis par Radia LAHLOU

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