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    International

    Les guerres commerciales, symptôme d’un malaise économique

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5359 Le 27/09/2018 | Partager
    La croissance reste spasmodique
    Dette, hausse des droits de douane, instabilité des flux financiers…
    L’analyse de la Cnuced
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     Une décennie après l’effondrement de Lehman Brothers, l’économie mondiale n’a toujours pas renoué avec une croissance solide et stable.

    Dix ans après la crise financière de 2008, l’économie mondiale reste chancelante et les guerres commerciales sont le symptôme d’un malaise plus profond. C’est l’une des conclusions de la publication de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (Cnuced) intitulée «Rapport sur le commerce et le développement 2018: Pouvoir, plateformes et l’illusion du libre-échange».

    Bien que l’économie mondiale se soit ressaisie depuis le début de 2017, la croissance reste spasmodique (voir courbe) et le taux enregistré dans de nombreux pays est inférieur au potentiel. Il est peu probable qu’un changement de braquet ait lieu cette année. «L’économie mondiale est de nouveau sous tension», indique le Secrétaire général de la Cnuced, Mukhisa Kituyi.

    «A court terme, ce sont la hausse des droits de douane et l’instabilité des flux financiers qui inquiètent, mais derrière ces menaces à la stabilité mondiale, il y a plus largement l’impuissance − depuis 2008 − à corriger les inégalités et les déséquilibres créés par l’hypermondialisation», ajoute-t-il.

    Il reste que toute grave escalade, se traduisant par une plus grande incertitude et une réduction de l’investissement, pourrait avoir davantage de conséquences préjudiciables à moyen terme, selon le rapport. Ces conséquences pourraient être particulièrement lourdes pour les pays déjà en proie à des difficultés financières.

    Parmi ces déséquilibres, le commerce mondial continue d’être dominé par les grandes entreprises qui organisent et contrôlent les chaînes de valeur mondiales. Ainsi, le 1% des plus grandes entreprises exportatrices représente 57% des exportations nationales en moyenne. Dans certains pays, les 10 entreprises qui exportent le plus captent à elles seules plus de 40% de recettes d’exportation.

    L’aspect le plus problématique est la forte dépendance que la croissance mondiale incertaine continue d’entretenir vis-à-vis de la dette, dans un contexte macroéconomique fluctuant (voir illustration). Cette vulnérabilité se retrouve dans les flux de capitaux internationaux, qui ne sont pas seulement devenus plus instables mais sont désormais négatifs pour le groupe des pays émergents et des pays en développement depuis fin 2014, tandis que les sorties de capitaux ont été particulièrement importantes au deuxième trimestre 2018.

    La dette mondiale grimpe en flèche

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    • Début 2018, le stock de la dette mondiale n’était pas loin d’avoir atteint 250.000 milliards de dollars (soit trois fois le revenu mondial)
    • Contre 142.000 milliards de dollars dix ans plus tôt
    • Le ratio dette/PIB mondial est aujourd’hui plus élevé de presque un tiers qu’en 2008
    • La dette privée a explosé en particulier dans les pays émergents et pays en développement dont:
    • La part de l’encours de la dette mondiale a augmenté de 7% en 2007 à 26% en 2017, tandis que le ratio crédit aux sociétés non financières/PIB des pays émergents à économie de marché a enregistré une hausse de 56% en 2008 à 105% en 2017

    Source: Dernières estimations de la Cnuced

                                                                               

    L’hypermondialisation n’a pas profité à tous…

    Tandis que s’aggravent les tensions entre les grandes puissances, le système commercial multilatéral montre ses limites. Faut-il un autre modèle à développer?  Du point de vue de Nicolas Maystre, économiste à la Cnuced:

    «Il est clair que l’hypermondialisation n’a pas profité à tous. Mais la solution n’est ni dans un retour à un nationalisme nostalgique ni dans une intensification du libre-échange. En outre, ce dernier est devenu une caution idéologique qui restreint la marge d’action des pays en développement et affaiblit les protections dont bénéficient travailleurs et petites entreprises, tout en préservant les tendances des grandes entreprises à la recherche de rentes. Le réel enjeu consiste à trouver des moyens de rendre le multilatéralisme opérationnel car ce n’est pas le commerce qui pose problème, mais la manière dont il est géré. Le discours lénifiant selon lequel tout le monde serait gagnant revient bien trop souvent à faire abstraction des conditions générales indispensables à un large partage des bénéfices et à nier la réalité du monde d’aujourd’hui, dans lequel seul le vainqueur remporte presque tout. Malheureusement, la marge d’action des gouvernements, en particulier ceux des pays en développement, s’est rétrécie sous l’effet d’accords de libre-échange dont les dispositions de plus en plus intrusives témoignent de l’emprise des grands exportateurs sur des processus de négociation opaques.
    Selon le rapport, ces accords deviennent de plus en plus des instruments de maximisation de la rente pour les grandes entreprises exportatrices, notamment grâce à des dispositions sur les droits de propriété intellectuelle, les flux de capitaux internationaux, les procédures de règlement de différends entre investisseur et Etat et l’harmonisation des normes réglementaires, entre autres choses, qui ont peu à voir avec le commerce stricto sensu. Aussi, pour ne pas répéter les erreurs des années 1930, la Cnuced propose de revenir à la Charte de La Havane, qui était la première tentative d’établir un système commercial multilatéral réglementé. A cette fin, une véritable coopération internationale sera indispensable pour surmonter les nombreux nouveaux obstacles − que ne connaissaient pas les signataires de la Charte en 1948. Au minimum, il faudrait instaurer trois priorités: lier les discussions commerciales à un engagement en faveur du plein emploi et de la hausse des salaires, réglementer les pratiques abusives des entreprises et garantir une marge d’action suffisante pour s’assurer que les pays peuvent gérer leur intégration conformément aux objectifs de développement durable. Ces priorités devraient être à la base de toute discussion sérieuse sur la refonte du système commercial international».

     

     

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