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Le monde croule sous des montagnes de déchets

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5356 Le 24/09/2018 | Partager
Si rien n’est fait, la production augmentera de 70% d’ici 2050
La région Mena concernée
La Banque mondiale dresse l’état des lieux
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Dans une société où tout se jette, les déchets sont un enjeu qui touche à la santé des individus et à leurs moyens de subsistance, mais aussi à l’environnement et à la prospérité économique (Ph. AFP)

Si rien ne change rapidement, la production mondiale de déchets augmentera de 70% d’ici 2050. C’est ce que prédit une nouvelle étude de la Banque mondiale intitulée «What a Waste 2.0: A Global Snapshot of Solid Waste Management to 2050»(1) qui dresse un état des lieux mondial et régional de la situation.

Sous l’effet de l’urbanisation rapide et de la croissance démographique, la quantité de déchets produits chaque année dans le monde devrait grimper à 3,4 milliards de tonnes au cours des trois prochaines décennies, contre 2,01 milliards en 2016.

Alors que les pays à revenu élevé ne rassemblent que 16% de la population mondiale, ils génèrent plus d’un tiers (34%) des déchets de la planète. Près d’un quart de la production mondiale de déchets (23%) est actuellement imputable à la région Asie de l’Est-Pacifique.

D’après les prévisions, la production de déchets sera multipliée par plus de trois et plus de deux en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud respectivement à l’horizon 2050. La région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena) devrait également doubler sa production à cette date.

Elle avait généré près de 129 millions de tonnes de déchets en 2016. Le Maroc est cité parmi les pays où la réforme juridique et institutionnelle est devenue un objectif commun. Il figure aussi parmi ceux qui ont investi dans la durabilité de l'environnement (voir encadré).

Dans le monde, le problème des déchets est particulièrement critique en ce qui concerne le plastique. Près de 242 millions de tonnes de déchets plastiques ont été produits en 2016. Ce qui correspond à 12% de la production totale de déchets ménagers.

Or, en l’absence de systèmes de collecte et de traitement appropriés, ces déchets contamineront et dégraderont les cours d’eau et les écosystèmes pour des centaines, voire des milliers d’années, alertent les auteurs de l’étude. Ils soulignent d’ailleurs l’importance de la gestion des déchets ménagers pour un développement urbain durable, sain et inclusif.

Ils mettent en évidence que ce secteur est pourtant souvent négligé, en particulier dans les pays à faible revenu. Alors que dans les pays à revenu élevé, plus d’un tiers des ordures sont recyclées ou compostées, les pays à faible revenu ne recyclent que 4% des déchets.

En outre, en tenant compte du volume des déchets, de leur composition et de la manière dont ils sont gérés, il est estimé que le traitement et l’élimination des déchets ont généré 1,6 milliard de tonnes d’équivalent CO2 en 2016 (soit environ 5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre).

Le rapport inscrit la problématique de la gestion des déchets dans le cadre d’un modèle économique circulaire dans lequel les produits sont conçus et optimisés pour être réutilisés et recyclés. La diffusion de l’économie circulaire au sein des administrations nationales et locales donnera lieu au développement de méthodes de gestion des déchets intelligentes et durables. Lesquelles favoriseront une croissance économique efficace tout en minimisant l’impact environnemental.

Il est donc essentiel d’aider les gouvernements à prendre des décisions capitales en matière de financement, de politique et de planification de la gestion des déchets ménagers. Depuis 2000, la Banque mondiale a alloué plus de 4,7 milliards de dollars à environ 340 programmes de gestion des déchets solides à travers le monde.

Des efforts, mais…

Dans son rapport sur le coût de la dégradation de l’environnement au Maroc, la Banque mondiale a tiré la sonnette d’alarme. Malgré les efforts consentis, la gestion des déchets municipaux occasionne toujours des coûts à la société et contribue fortement à la dégradation de l’environnement, avait relevé l’institution (cf. notre édition N° 5127 du 16/10/2017). Selon la Banque mondiale, les pertes liées à la gestion des déchets sont estimées à 3,7 milliards de DH, soit 0,4% du PIB. Les experts tiennent, toutefois, à souligner que la gestion des déchets ménagers s’est considérablement améliorée au cours de la dernière décennie.  Reste que la gestion inappropriée de déchets industriels dangereux constitue un sujet de préoccupation aussi bien pour l’environnement que pour la santé.

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(1) Le rapport a été financé par le gouvernement du Japon, par l’intermédiaire du Tokyo Development Learning Center (TDLC) de la Banque mondiale.

 

 

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