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    Economie

    Tourisme: Amyn Alami défend son rapport

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5354 Le 20/09/2018 | Partager
    Un diagnostic sans complaisance sur 15 ans d'improvisation
    Un moratoire immédiat de 24 mois pour freiner les surcapacités
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    Face à ce constat d'échec, «nous sommes tous coupables quelque part», déclare Amyn Alami, chef de file du Comex  (Ph. Moafik)

    Un constat d'échec à tous les niveaux. Voilà en substance ce qui se dégage de l'analyse du rapport sur le tourisme, réalisé par un comité de 12 experts (Comex) réunis, soit une expérience professionnelle cumulée de plus de 2 siècles! Un diagnostic sans complaisance, fruit d'un travail méticuleux qui a duré un an.

    La CGEM est, rappelons-le, signataire de ce rapport (sous le mandat Bensalah). Et c'est une première... qu'un secteur fasse son autocritique sans complaisance. L'étude sur le tourisme vient d'être rendue publique lors des «Mardis du tourisme», le 18 septembre. Il s'agit de la 6e édition d'un cycle de conférences pour enrichir le débat entre chercheurs, opérateurs, analystes et experts liés directement ou indirectement au secteur du tourisme.

    C'est Amyn Alami, co-fondateur de CFG Bank et pilote en chef du Comex, qui a dévoilé les principales conclusions de l'étude. Sans vouloir être polémiste, ni alarmiste, Amyn Alami a tenu d'emblée à préciser qu'il ne tire pas sur le corbillard: «Nous ne cherchons pas des coupables à travers cette démarche»... Et d'ajouter un peu plus tard: «Nous sommes tous coupables quelque part».

    Ceci étant dit, le pilote de l'étude a tenu à analyser les discordances majeures ainsi que les incohérences étayées par des statistiques.  L'objectif de la démarche: tirer les bonnes leçons du passé, disséquer les mécanismes qui ont abouti à l'amplification des discordances pour pouvoir relancer la machine, remettre le train sur les rails, avec une volonté résolument tournée vers l'avenir (horizon 2030).

    Tout l'enjeu consiste à construire «une opinion commune», rétablir le dialogue au sein de la profession et trouver les bons mécanismes pour un nouveau décollage d'un secteur qui n'est plus stratégique aux yeux du gouvernement. A partir de ce socle commun, une nouvelle dynamique collective devrait s'enclencher pour réinstaller progressivement la confiance au sein de l'écosystème. Encore faut-il que la tutelle valide cette étude. Ce qui n'est pas gagné compte tenu des divergences.

    Globalement, les conclusions du rapport sont très critiques et sans appel. Elles font état de fuites voire de déperditions majeures dans la fréquentation hôtelière avec quasiment 90% de entrées qui vont ailleurs. S'y ajoutent des surcapacités manifestes en termes de literies, des discordances entre les nuitées des résidents et celles des non résidents ou encore une forte concurrence déloyale livrée par l'offre non réglementée, l'explosion de logements informels ainsi que l'offre alternative des plateformes électroniques... D'autant plus qu'il y a un phénomène atypique qui s'est installé depuis un moment, celui de «l'informel classé». En clair, de nombreux hôteliers, y compris ceux structurés et surtout des PME, ne déclarent pas les fréquentations. D'ailleurs, 32% du parc officiel n'est pas déclaré. Plus encore, «80% des lits classés ne déclarent pas depuis 2010».

    Ce qui représente une forte concurrence déloyale vis-à-vis de l'ensemble du parc qui déclare et des sommes colossales qui échappent aux mailles du Fisc.  Résultat: 5 à 10 millions de nuitées perdues en 15 ans! Le rapport relève également d'inquiétants décrochages territoriaux, un bouleversement total dans le secteur aérien... Autant de menaces sérieuses qui pèsent sur le secteur et qui ont grippé la machine. Les experts insistent également sur la «défaillance totale des organes de pilotage et de la gouvernance». «Il va falloir reconstruire le cockpit de pilotage pour pouvoir faire redécoller l'économie touristique», soutient Amyn Alami.

    Même la Vision 2010 n'a pas atteint ses objectifs. Seules les capacités et les recettes ont évolué. Sur le reste (nuitées/arrivées), l'on est loin du compte. «Certes, au départ la Vision a enclenché une dynamique, une véritable émulation. Mais à partir de 2005-2006, il y a eu une inflexion et un certain nombre de dérives ont freiné l'élan. En 2010, c'est devenu grave avec les importantes chutes des fréquentations», explique Alami.

    Du coup, les erreurs stratégiques de mise en exécution de la stratégie se sont multipliées. Mais depuis 2010, cela va de mal en pis: «Aucune mesure importante n'a été prise», constate le pilote de l'étude. Mais si le bilan de la Vision 2010 est grosso modo mitigé, celui de la Vision 2020 est jugé catastrophique. Par ailleurs, même si les objectifs (2010-2020) n'ont pas été atteints, l'on continue à construire des hôtels.

    Face à ce constat alarmant, les experts sont unanimes: «Il fallait l'intervention de l'Etat-Arbitre pour réguler le marché. Et pour remédier aux problèmes de surcapacité, le Comex préconise l’adoption d’un moratoire immédiat sur toute nouvelle capacité pour une durée de 24 mois, hors stations Azur. Il s’agit d’une mesure palliative d’urgence pour éviter que la situation ne s’aggrave davantage.

    «Il fallait dès 2010 déclencher un moratoire et tirer la sonnette d'alarme sur les capacités», précise Alami. Pour lui, «il y a eu une sorte de crise de surcapacités. Bien évidemment, au bout d'un moment, la bulle crève». Amyn Alami va plus loin: «Trop d'investissement tue l'emploi». Selon lui, la solution viendrait de solutions de rupture.

    Tendances lourdes

    L'étude du Comex s'est arrêtée sur 15 ans (2000-2015) pour permettre aux experts d'établir une revue statistique, prendre suffisamment de recul et relever des tendances lourdes et à caractère transversal. A travers cet exercice, les co-auteurs ont relevé les discordances structurelles et les divergences sur la base des principaux indicateurs: arrivées/entrées aux frontières, nuitées-fréquentations, capacités hôtelières, taux d'occupation, durée de séjour...

     

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