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    Exclusif/ Il n’existe pas un modèle de réussite unique, «prêt à l’emploi»

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5351 Le 17/09/2018 | Partager
    L’amélioration du système éducatif est l’affaire de tous
    La qualité se mesure au talent des enseignants
    Il est primordial d’investir dans l’éducation des plus jeunes
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    Fatine Guedira est consultante à l’OCDE, au sein de la Direction de l’éducation et des compétences. Elle participe à la publication annuelle Regards sur l’Education qui fournit les données clés sur la structure, le financement et la performance des systèmes d’éducation des pays de l’OCDE et de certains pays partenaires. Elle travaille également sur la mesure de l’objectif de développement durable sur l’éducation (ODD 4) (Ph. OCDE)

    - L’Economiste: Chaque pays a sa vision et ses méthodes. Comment assurer une école de l’équité, face à la rareté des ressources (financières, humaines…)?

    - Fatine Guedira: Chaque pays a effectivement sa vision et ses méthodes, et il n’existe pas un modèle de réussite unique, «prêt à l’emploi». Des pays aussi différents que la Corée, l’Estonie, la Finlande, le Japon ou encore les Pays-Bas ont tous réussi à mettre en place des systèmes éducatifs performants et équitables, avec des niveaux de ressources différents. Néanmoins, tous ces pays ont investi en priorité dans les premiers niveaux d'éducation, sur les élèves en difficulté et les établissements défavorisés, ainsi que sur les enseignants.
    La qualité d'un système éducatif se mesure au talent de ses enseignants. Les pays les plus performants mettent l’accent sur le recrutement des enseignants, leur formation, les incitations (à travers les perspectives de carrière, par exemple), ainsi que sur le développement de nouvelles méthodes d’enseignement.

    - L’une des plus belles leçons est d’éviter à tout prix le risque d’une génération perdue. Comment se traduit cette idée sur le terrain?
    - Comme le confirme l’édition 2018 de notre rapport Regards sur l’Education, l’impact des inégalités sociales sur l’éducation apparaît très tôt et s’accumule tout au long de la vie. C’est la raison pour laquelle il est primordial d’investir dans l’éducation des plus jeunes – l’enseignement préscolaire et primaire. Sur ce point, les recherches menées par l’OCDE confirment que des services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants financièrement abordables et de qualité peuvent exercer une action positive sur le développement cognitif et socio-émotionnel des jeunes enfants, en même temps qu’ils contribuent à réduire la pauvreté et favorisent la mobilité sociale.
    Pour les élèves ayant déjà atteint le niveau secondaire qualifiant et au-delà, il est important de développer une offre éducative diverse et flexible, et d’investir en priorité dans les zones les plus défavorisées. Plus concrètement, les jeunes ayant abandonné l’école doivent pouvoir accéder à des programmes de seconde chance qualifiant. Ceux souhaitant recevoir une formation professionnelle doivent pouvoir accéder à un enseignement technique de qualité. Reprenons l’exemple de l’Estonie: avec relativement moins de moyens que d’autres pays de l’OCDE, le pays a réussi à mettre en place un système éducatif flexible, où jeunes et adultes peuvent accéder à des formations certifiantes ou non, même après avoir quitté le système éducatif.

    - Justement, la facture de la scolarité s’alourdit?
    - Au-delà d’un seuil d’investissement minimum,  les pays investissant le plus dans l’éducation ne sont pas forcément ceux où les élèves sont les plus performants. Le niveau de richesse national ou le volume d’investissement importent moins que la façon dont les ressources éducatives sont utilisées.  Bien entendu, cela suppose néanmoins d’investir un montant minimum nécessaire. Les dépenses cumulées qu’un pays ou une économie consacre à l’éducation représentent le montant total investi dans la formation d’un élève entre les âges de 6 et 15 ans. Parmi les pays à revenu élevé, l’enquête PISA révèle qu’au-delà d’un seuil d’environ 35.000 dollars par élève, le montant de ces dépenses n’est plus corrélé à la performance.

                                                                

    La question de l’attractivité du métier d’enseignant

    - Absentéisme, manque d’enseignants, classes surpeuplées… des phénomènes bien connus aussi au Maroc? Comment les bannir?
    - L’absentéisme et le manque d’enseignants soulèvent la question de l’attractivité du métier: comment attirer et retenir les enseignants? Bien entendu, le niveau et surtout la progression des salaires sont importants – mais cela ne suffit pas. Les conditions de travail des enseignants, leur formation et leur statut professionnel sont cruciaux. De façon plus globale, la redéfinition des contours du métier d’enseignant a été un levier indispensable à la réussite de l’ensemble des pays de l’OCDE qui ont entrepris des réformes éducatives profondes ces dernières décennies, à commencer par la Finlande dans les années 1970.  
    Sur les classes surpeuplées, le grand défi est de trouver un équilibre entre taille des classes et salaire des enseignants – puisque des classes plus petites demanderaient de recruter plus d’enseignants et donc de baisser leur salaire, si le niveau des dépenses reste constant. La taille des classes importe surtout lorsqu’une attention particulière de l’enseignant est nécessaire: pour les élèves plus jeunes et dans les écoles les plus défavorisées. Au niveau secondaire, les résultats de l’enquête PISA révèlent que les systèmes éducatifs les plus performants privilégient en général la qualité des enseignants par rapport à la taille des classes. Un enseignant bien formé pourra toujours offrir un apprentissage de qualité, malgré la taille de sa classe. C’est la raison pour laquelle il est important d’investir dans la formation initiale et continue des enseignants et de prévoir une réelle progression de carrière, autant d’éléments qui contribuent à valoriser le métier.
    Pour faire face à tous les problèmes exposés dans votre question, il faudrait également créer une vraie culture de coopération à l’intérieur des établissements au Maroc, entre les enseignants, mais aussi entre les enseignants et leur chef d’établissement, entre les écoles et les familles.
    L’amélioration du système éducatif est l’affaire de toutes les parties prenantes: le ministère de l’Éducation, les autorités locales, les enseignants, les chefs d’établissement et les autres membres de la communauté éducative.

    Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

     

     

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