Economie

Accord de pêche Bourita mobilise les parlementaires

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5348 Le 12/09/2018 | Partager
Ces derniers appelés à jouer leur rôle dans le cadre de la diplomatie parallèle
Les provinces du sud fortement représentées dans la Commission des affaires étrangères
Des conseillers appellent à s’ouvrir sur de nouveaux partenaires comme la Chine et la Russie

En organisant une rencontre avec les membres de la Commission des affaires étrangères et de la défense nationale de la Chambre des conseillers vendredi dernier, Nasser Bourita fait dans l’anticipation. Cette réunion de travail, convoquée à sa demande, vise à mobiliser les énergies pour assurer «le service après vente» de l’accord de pêche paraphé entre le Maroc et l’Union européenne (UE).

Pour le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, après le paraphe, le dossier doit passer par d’autres étapes d’adoption, dont la principale sera la bataille du Parlement européen. Les adversaires du Maroc ne vont pas rester les bras croisés. Ils vont déployer des manœuvres pour bloquer cette opération.

Surtout que le processus d’adoption de l’accord se poursuivra selon la procédure interne de l’UE. Il sera d’abord examiné par le Sénat des pays membres avant qu’il ne soit voté par le Parlement européen. Pour remporter cette bataille, il est impératif de consolider les acquis et de marquer des points.

Au lieu d’attendre la dernière minute pour bouger, Nasser Bourita a préféré s’y prendre à l’avance pour mobiliser les parlementaires et les partis politiques afin qu’ils jouent leurs rôles dans le cadre de la diplomatie parallèle.

Après la mésaventure de la Cour de justice de l’UE il y a quelque temps, le chef de la diplomatie a mis, dès le départ, les points sur les «i». Outre la souveraineté nationale, il s’agit d’inscrire cet accord dans le cadre de la stratégie de la pêche et de tenir compte des aspects liés à la durabilité et au contrôle des ressources.

La délimitation rigoureuse de la zone géographique couverte par l’accord,  celle-ci s’étend du parallèle 22, à savoir du Cap Spartel dans le nord du Maroc jusqu’au Cap blanc dans le sud, n’est pas négligée. Les conseillers ont applaudi lorsqu’ils ont appris que la Méditerranée était exclue de cet accord.

Le but de cette initiative est de préserver les ressources halieutiques de cette zone. Ils ont également salué le paraphe de l’accord considéré comme «une grande réalisation», notamment sur le volet du certificat d’origine.

Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères a mis l’accent sur la forte implication de la population du Sahara dans ce partenariat. «Les conseils régionaux, y compris ceux des provinces du Sud, ont approuvé les procès verbaux dans lesquels ils apportent leur soutien au processus de négociations, compte tenu des lignes rouges fixées par le Maroc», est-il indiqué. Une démarche similaire a été suivie par la Chambre professionnelle de la pêche maritime.

Le choix de la Commission de la Chambre des conseillers a été dicté par la nature de sa composition, marquée par la présence des représentants des collectivités territoriales, des chambres professionnelles, de la CGEM et des syndicats. Outre cette diversité, les provinces du sud sont fortement représentées dans cette Commission.

Ainsi, celle-ci est présidée par Mohamed Razma, membre de la région Laâyoune Boujdour. D’autres politiques  originaires du Sahara comme notamment l’ancien ministre Mohamed Cheikh Billadillah, sont également membres de la région et de cette Commission. Comme d’autres de l’Istiqlal ou du PAM, ils sont considérés comme les représentants réels des populations du Sud.

Au cours du débat, des conseillers ont considéré que l’Europe vit une situation économique difficile. Le temps est venu de changer le fusil d’épaule en se concentrant sur de nouveaux axes de coopération que sont la Chine et la Russie. Pour eux, les acquis politiques de l’accord de pêche restent limités par rapport aux résultats récoltés par l’UE, particulièrement l’Espagne.

La contrepartie financière, bien qu’elle augmente de 40 à 52,2 millions d’euros par an, elle ne reflète pas le bénéfice tiré par la flotte européenne. Pour le chef de la diplomatie, les acquis politiques sont incontestables puisque l’Espagne comme la France soutiennent l’offre marocaine d’autonomie au niveau de l’ONU et ailleurs.

Diversifier les horizons

Selon Nasser Bourita, il est hors de question de dormir sur ses lauriers, en se contentant des acquis obtenus par le Maroc. L’idée est de diversifier les horizons en investissant d’autres pays de l’ancienne Europe de l’Est comme notamment la Roumanie, la Hongrie et la Pologne. Les pays scandinaves sont également ciblés, à l’exception de la Suède. En tout cas, le ministre a sensibilisé les parlementaires à une nouvelle donne politique: la montée des droites extrémistes. Il s’agit d’investir ce créneau avant les élections européennes, prévues en mai 2019. Les partis politiques marocains et les groupes d’amitié parlementaires doivent prendre des initiatives dans ce sens et bouger avant ces échéances. Leurs actions seront facilitées par la logique de ces droites qui sont, de manière générale, hostiles au démembrement des Etats hérités de la colonisation. Si le ministère des Affaires étrangères fait son travail, la diplomatie parlementaire doit se réveiller pour mieux conduire cette bataille. D’ailleurs, cette réunion ne tombera pas dans l’oubli. Le procès verbal que la Commission des affaires étrangères devra rédiger sera transmis à l’UE.

 

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