Régions

Sefrou: Un projet de carrière inquiète les riverains

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5345 Le 06/09/2018 | Partager
Ils craignent les nuisances sonores et la pollution environnementale
Bagarre entre un hôtelier et un promoteur…

Invité en 2016 par le Centre régional d’investissement (CRI) à témoigner de la «success story» de son projet de ferme d’hôtes, Jaoued Saïdi doit désormais «croiser le fer pour se faire écouter». Il dénonce l’aménagement d’une nouvelle carrière près de son projet, «et qui risque de bloquer toute possibilité de développement durable». Récit d’une affaire qui risque de faire grand bruit.

■ Revenir au pays d’origine pour investir, mais…

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Natif de Toulouse (France), Jaoued Saïdi est un MRE qui a mis toutes ses économies dans un projet de développement rural dans la commune Kandar Sidi Khiar (province de Sefrou). «J’ai consenti un investissement de 3,7 millions de DH pour ma résidence touristique Dar El Mandar, réputée pour son calme, sa vue imprenable sur Fès et son environnement», exprime-t-il. C’est en 2013 que ce Marocain décide de revenir aux sources, avec sa petite famille. Avec son épouse, il monte son projet de ferme d’hôtes sur un plateau de 6 ha et ouvre en 2014. Son projet connaît alors un grand succès auprès d’une clientèle nationale, mais aussi et surtout internationale (75%). Il embauche alors du personnel du douar Beni Melala (5 salariés à plein temps en plus d’occasionnels). Dès son premier exercice, il réalise un chiffre d’affaires d’un million de DH. Le succès est tel que le CRI l’appelle pour témoigner de sa réussite en août 2016, lors de la journée nationale des MRE.
Du côté de sa clientèle, c’est la sérénité du lieu et la qualité de l’accueil qui font «le charme de ce bel endroit».

■ La «menace imminente»
Bref, «l’endroit à couper le souffle» a séduit des touristes aussi bien locaux qu’internationaux, venant notamment de Corée de Sud, Canada, France... La demande était tellement forte que Saïdi prévoyait un nouvel investissement dans 5 chambres additionnelles et un restaurant de 60 couverts. Mais voilà qu’en juin 2017 il découvre un projet de carrière ciblant un site mitoyen de 300 ha. «Pourtant, la zone est inscrite comme Profit d’intérêt national (PIN)», s’indigne-t-il. Il monte au créneau et adresse des lettres de dénonciation aux autorités locales, le Haut commissariat aux eaux et forêts, les ministères de l’Equipement et du Tourisme, et la Fondation Hassan II des MRE (L’Economiste détient copie de tous les écrits). Pour lui, «la localité est aujourd’hui menacée par l’ouverture et l’exploitation de cette carrière située à environ 600 mètres à vol d’oiseaux du douar Beni Melala et de sa ferme d’hôtes», regrette-t-il. Et de renchérir: «Si le projet de carrière a bien été autorisé en 2014, il n’a pas respecté le délai d’exécution de 6 mois… Et beaucoup d’habitants sont tombés des nues l’été dernier et s’inquiètent des risques et des nuisances qu’engendre le projet de carrière». «Outre les nuisances sonores, dues aux concassages des sables, les riverains, des éleveurs en majorité, craignent une menace environnementale, la poussière et la disparition des zones de pâturage», rapporte Saïdi, montrant une lettre de contestation signée par une vingtaine d’habitants du douar. «Ce projet fait peser de lourds risques avec la destruction d’espaces naturels ou agricoles… j’ai proposé une sorte de caution pour nuisances sonores à l’initiateur du projet, mais en vain», appuie-t-il.

■ Le projet défendu par son propriétaire
Pour sa part, Rachid Azelmad, patron de la société Gravazel, propriétaire de la carrière, réfute les accusations de Saïdi. Selon ce promoteur immobilier, également détenteur de carrières à Sefrou, «l’hôtelier l’attaque injustement et sans raison». Il lui aurait «fait du chantage pour acheter sa ferme d’hôtes à 450.000 euros». Il affirme, par ailleurs, que son projet de carrière est autorisé bien avant la résidence touristique, et ne constitue aucune menace pour les riverains. «J’ai investi 30 millions de DH dans le foncier. Nous avons démarré l’exploitation et l’extraction en 2014, mais nous avons rencontré un problème d’accessibilité… d’où notre projet actuel d’extension de l’accès».
Les travaux uniquement nécessitent «15 à 20 millions de DH pour le terrassement, l’aménagement et l’extension (20 ha)», affirme Azelmad. Et d’arguer: «Nous respectons le cahier des charges et les commissions d’enquête publique nous l’ont attesté». En outre, Azelmad ne nie pas que sa carrière «chevauche dans le PIN,… comme c’est le cas de plusieurs carrières à Sefrou et Labhalil». Toutefois, ce programme, ajoute-t-il, remonte aux années 1970, en vue de protéger la région contre les inondations des oueds Aggay et Mehraz Sefrou de l’époque.
Pour être aux normes environnementales du concassage, la société Gravazel a repris un terrain privé de 300 ha, mais n’exploite que quelques dizaines d’hectares de carrière. Son propriétaire rejette en bloc les accusations de nuisances. En tout cas, rien ne va plus entre lui et l’opérateur touristique. Face à ce qu’ils qualifient d’incompréhension, chantage, et autres, les deux hommes ont décidé de porter leur bataille devant la justice… Affaire à suivre.

De notre correspondant permanent, Youness SAAD ALAMI

 

 

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