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L’Afrique saura-t-elle profiter de l’offre chinoise?

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5344 Le 05/09/2018 | Partager
Pékin parvient à imposer ses normes, mais à quel prix
L’impact des zones économiques spéciales
L’analyse d’IPEMED, think tank euroméditerranéen
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En pleine guerre commerciale avec Donald Trump, Pékin a déroulé le tapis rouge pour les dirigeants africains. La Chine a promis 60 milliards de dollars au continent. Plus de 2.500 entreprises chinoises sont désormais implantées en Afrique,  dans le secteur des matières premières mais aussi l'agriculture, le BTP ou les télécoms (voir aussi «A Pékin, Xi Jinping défend la Chine-Afrique», Les Echos France daté du 3 septembre 2018).

«A travers son rôle d’ensemblier et de maître d’œuvre dans ces grands contrats d’infrastructure, la Chine parvient également à imposer ses normes. Ce qui ensuite favorise ses entreprises sur les marchés africains, par exemple pour la maintenance des équipements installés.

On le voit dans le ferroviaire ou encore dans le domaine de blockchain»,  indique une nouvelle étude de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED, think tank euroméditerranéen, basé à Paris) intitulée «Comment la Chine contribue-t-elle au développement industriel des pays africains?».

Pour ses auteurs, ce foisonnement demande toutefois à prendre du recul: «La percée chinoise suscite un engouement médiatique et la presse multiplie les annonces de projets dont certains ne sont que des promesses». L’étude cite, par exemple, «la construction par le groupe chinois Haite d’une nouvelle cité industrielle et résidentielle au Maroc de 2.000 hectares». Sauf que ce projet n'a pas beaucoup avancé (cf. https://leconomiste.com/archive).

Le stock d’IDE chinois en Afrique a connu une croissance exponentielle, passant de près de 900 millions dollars en 2004 à environ 40 milliards de dollars en 2016. D’après The Africa Investment Report 2017 du Financial Times, la Chine serait devenue le premier pays investisseur en Afrique, avec 39% du total des capitaux investis, suivie par les Emirats arabes unis et le Maroc.

Des entreprises chinoises viennent s’implanter de leur propre initiative dans des zones franches, créées à l’initiative des pays d’accueil depuis le début des années 2010 (par exemple, TangerMed au Maroc ou COEGA en Afrique du Sud). Elles deviennent généralement sous-traitantes des entreprises occidentales, qui sont également installées du fait d’un environnement économique et fiscal attrayant.

La mise en place de «zones économiques spéciales» destinées à capter les investissements étrangers est souvent mise en avant comme une solution-clé pour l’industrialisation des pays africains. Certains de ces pays ont voulu imiter le modèle chinois et créer des zones économiques spéciales chinoises chez eux. A ce jour, l’impact des IDE chinois consacrés au développement de telles zones semble marginal.

Risque de non-remboursement de la dette

La stratégie chinoise de prêts conditionnés à l’attribution de contrats a contribué à l’industrialisation et à la structuration du tissu économique de nombreux pays africains. Et ce, en améliorant le tissu des infrastructures de transport et d’énergie et en exerçant une pression à la baisse sur les coûts de construction à travers les grandes entreprises chinoises de BTP. Cependant, cette stratégie génère deux impacts négatifs majeurs, détaille l’étude d’IPEMED. D’abord, les entreprises locales de construction ont été évincées par les entreprises chinoises assurées de réaliser des projets financés par les banques publiques chinoises. Puis, la résurgence du risque de non-remboursement de la dette dans la région. En mai 2018, l’agence de notation Standard & Poor’s a pointé ce risque. Depuis 2011, les stocks nets moyens de la dette publique ont encore augmenté pour atteindre 53% du PIB en 2017. Dans les pays d’Afrique subsaharienne notés par S&P, les dépenses au titre de service de la dette ont augmenté, passant de 4% des recettes des Etats en 2011 à 11% en 2017. Compte tenu des charges d’intérêt élevées et des nouveaux types de dette que les pays de la région sont en train d’accumuler, le risque de non-remboursement a refait surface.

                                                                  

Anticiper les bouleversements à venir

La politique commerciale de la Chine en Afrique, bien que volontariste, n’a pas permis de sortir le continent africain du processus actuel de croissance sans industrialisation. Elle ne s’est non plus pas accompagnée d’une transformation significative de la structure de l’économie, selon l’équipe de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen. La principale problématique est de savoir si l’Afrique a néanmoins su, et saura profiter de l’offre chinoise.

De même, le défi n’est pas tellement de savoir comment attirer les millions d’emplois que les délocalisations chinoises pourraient créer en Afrique dans l’industrie légère. Mais plutôt de permettre aux pays africains d’anticiper les bouleversements à venir pour s’insérer dans des secteurs à plus forte valeur ajoutée locale. Ce dernier point questionne indirectement la capacité des Africains à dessiner eux-mêmes leur propre modèle de développement.

Le tout en favorisant la stabilité politique, en luttant contre la corruption, en améliorant l’environnement institutionnel et en encourageant la création d’entreprises. Enfin, poser la question du rôle économique de la Chine en Afrique revient en filigrane à interroger les décideurs politiques et économiques européens sur leur capacité à renouveler leur paradigme de coopération avec leurs homologues africains!

 

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