Economie

Rapport de la Cour des comptes/Crédit Agricole: Le provisionnement des créances épinglé

Par Franck FAGNON | Edition N°:5338 Le 28/08/2018 | Partager
Le sous-provisionnement est évalué à plus de 700 millions de DH pour un milliard de reprises latentes
La banque procédera à une augmentation de capital cette année
Les taux bonifiés coûtent 250 millions de DH par an
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La banque respecte depuis deux ans les exigences de la Banque centrale en matière de solvabilité. Le minimum exigé est de 12%. Pour se conformer à une réglementation en perpétuelle évolution et financer son développement, la banque doit renforcer ses fonds propres

Revenu dans les clous en matière de solvabilité depuis deux ans, le groupe Crédit Agricole du Maroc est en quête de cash pour poursuivre son développement. «Pour permettre à la banque de se développer, d’augmenter sa capacité à prêter et donc son niveau général d’activité mais aussi pour répondre aux exigences réglementaires, il faudra renforcer nos fonds propres», indique Tariq Sijilmassi, président du directoire du groupe CAM en réponse aux observations de la Cour des comptes.

Une augmentation de capital est prévue d’ici la fin de l’année. Elle pourrait se faire à travers une introduction en Bourse. C’est l’une des options sur la table. Le projet est en cours d’étude par la Banque centrale, le conseil de surveillance et les ministères concernés.

Le bilan de santé effectué par les magistrats de la Cour des comptes laisse apparaître plusieurs points de vulnérabilité parmi lesquels la politique de provisionnement. Certaines créances en souffrance ne sont pas suffisamment provisionnées, relève la Cour des Comptes. Le sous-provisionnement est évalué à plus de 700 millions de DH. Pour la banque, sa mission sociale appelle à une appréciation différenciée des dossiers.

«Les dossiers des petits agriculteurs ne sont pas déclassés de manière mécanique afin d’éviter leur faillite. Crédit Agricole du Maroc joue un rôle de tampon social et de stabilisation économique du monde rural, de ce fait, elle doit au préalable épuiser toutes les mesures amiables et donner aux agriculteurs toutes les chances de se relever», explique Sijilmassi.

«Le déclassement est conforme à la pratique de la place et à l’esprit de la réglementation qui tient compte des perspectives de redressement sachant qu’un déclassement intempestif peut condamner des entreprises à la faillite», ajoute-t-il.

Dans le même temps, Crédit Agricole du Maroc évalue à environ 1 milliard de DH les reprises latentes pour les dossiers de créances en souffrance ou radiés. «Ce montant couvre largement les éventuels sous-provisionnements. La banque fait preuve de discernement entre ses obligations réglementaires et sa mission de développement», note le président.

Par ailleurs, pour limiter l’impact de la baisse de la marge d’intérêts, les banques développent les autres sources de revenus notamment les commissions et les activités de marché. Sur la dernière rubrique, la Cour des comptes s’inquiète des opérations de placement en OPCVM et de l’augmentation des volumes des couvertures de change de la banque.

«L’engagement du Crédit Agricole Maroc dans ce genre d’opérations est d’autant plus risqué qu’il se fait en l’absence de limites d’exposition par rapport aux fonds propres», jugent les magistrats. Si la conjoncture a imposé un renforcement des activités de marché, la structure du portefeuille du CAM limite le risque puisqu’il est en grande partie composé de Bons du Trésor, se défend la banque.

Les taux bonifiés et les dépôts sur-rémunérés pèsent

L’application des taux bonifiés de 5% et 5,5% prévus dans la convention signée avec l’Etat (la convention a pris fin en 2011, mais la banque continue d’appliquer les taux bonifiés) coûte 250 millions de DH chaque année à la banque. Elle relativise ainsi les critiques de la Cour des Comptes sur sa productivité. En tenant compte des abandons de créances aux petits agriculteurs entre 2001 et 2015, le produit net bancaire croît de 6% par an. «Le coefficient d’exploitation est inférieur à celui des banques de la même taille dans le secteur», relève le management.  Ceci dit, il y a des marges de progrès notamment au niveau du coût des ressources. La banque rémunèrerait cher les dépôts à vue des institutionnels publics et de certains clients professionnels et entreprises. La composition du portefeuille client explique en partie cette situation. La clientèle est majoritairement composée de ruraux et des personnes habitant dans le péri-urbain et leurs dépôts restent peu significatifs. Cela justifierait l’adoption d’une rémunération attractive pour capter les dépôts des institutions publiques et financières. Ceci dit, le CAM a engagé depuis deux ans une politique de réduction du poids de ces déposants.

 

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