Société

Service militaire: Comment redonner du sens à la citoyenneté

Par Nadia DREF | Edition N°:5337 Le 27/08/2018 | Partager
La décision vise les jeunes des deux sexes âgés entre 19 et 25 ans
Tout l’enjeu consiste à éviter les passe-droits

Le retour du service militaire crée à la fois le buzz et la psychose chez une bonne tranche de la population. Un phénomène amplifié par un manque flagrant d’information et de communication. En dehors du communiqué du cabinet royal annonçant l’approbation par le Conseil des ministres, réuni le 20 août, du projet de loi rendant obligatoire le service militaire pour les jeunes âgés de 19 à 25 ans, c’est  silence radio auprès de l’Exécutif.

«Ce n’est pas normal que le gouvernement ne réagisse pas aux inquiétudes des citoyens afin de tranquilliser les esprits et répondre à leurs attentes», explique Mohssine Benzakour, psycho-sociologue. De son côté, Noureddine Ayouch, président du Collectif démocratie et libertés, temporise: «C’est au Roi d’annoncer ce type de décision. Toutefois, le gouvernement doit s’approprier l’idée, l’appliquer et la relayer auprès de la population».

Certes, le dernier discours royal du Trône a annoncé la couleur, mais cela c’est au gouvernement d’en expliquer les enjeux. «Le patriotisme s’évertue à renforcer l’unité et la solidarité, particulièrement dans les moments difficiles. C’est pour que les Marocains libres ne se laissent jamais affecter par les aléas de la vie», précise le Souverain.

Le communiqué du cabinet royal annonçant cette mesure a précisé que le service militaire, d’une durée de 12 mois, vise à «promouvoir le patriotisme chez les jeunes», avec comme cadre «la corrélation entre les droits et les devoirs de la citoyenneté».

Instauré en 1966 puis suspendu en 2006, le service militaire devient bientôt obligatoire pour les hommes et femmes âgés entre 19 et 25 ans dont 40% ont un emploi non rémunéré (HCP). Il sera imposé une fois que le projet de loi entrera en vigueur dès sa publication dans le Bulletin officiel.

Pour l’heure, il va falloir contextualiser cette décision qui intervient après le Hirak d’Al Hoceïma, les événements de Jerrada ainsi que les manifestations contre la pauvreté. Pour le sociologue Abdelkrim Belhaj: «Livrés à eux-mêmes, les jeunes sont perdus et désorientés. Il est important de développer chez eux le sens de la citoyenneté et du patriotisme dont ils se sont éloignés. Le service militaire permettra de canaliser la violence et l’agressivité qui se développent dans la rue, l’école, les stades, etc. Il contribuera également à retenir les jeunes et à les impliquer davantage dans les valeurs du pays. Reste qu’il faut les rassurer ainsi que leurs familles».

Noureddine Ayouch abonde dans le même sens. Pour le spécialiste de la communication: «Le climat n’est pas très positif et les gens sont mal à l’aise. Le service militaire obligatoire permettra d’occuper la jeunesse et de participer à l’éducation civique, surtout auprès de ceux qui n’ont pas d’emplois ni de valeurs».

Les Ni-Ni

Pour le moment, tous les regards sont rivés sur les décrets d’application qui établiront les exemptions ainsi que les droits et les responsabilités des participants au service militaire. «Le service militaire est une bonne chose, mais ce n’est pas une fin en soi. Il doit être instauré dans un système global incluant une refonte intégrale du système éducatif et une révision du discours religieux qui crée chez nous soit des délinquants, soit des intégristes et des radicaux», précise Mohssine Benzakour. Le gouvernement doit bien verrouiller le système pour éviter tout dérapage (passe-droit, corruption, laxisme…), ou les dérives vers un service militaire qui ne s’appliquerait pas aux «fils de...» L’enjeu est important: le Maroc veut reconquérir sa jeunesse. Les Marocains âgés de 15 à 24 ans représentent près du cinquième de la population. Par ailleurs, 29,3% de cette catégorie ne sont ni à l’école, ni en formation, ni au travail (les Ni-Ni). 

 

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