Dossier Spécial

Exclusif/Enquête L’Economiste-Sunergia: Comment réenchanter notre jeunesse? - La mal religion, la violence, l’exil...

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5336 Le 17/08/2018 | Partager
Une radicalisation qui se fait plus sentir auprès des CSP C et D
Avortement, virginité, homosexualité ... un refus total
Liberté individuelle: Les femmes n’y ont toujours pas droit!
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Etre en couple au Maroc est considéré comme étant un «péché transgressé». Entre intolérance et jugement de la société, manque de liberté de l’entourage et de la famille, les jeunes couples s’isolent pour vivre leur idylle (Ph. F. Al Nasser)

Dure, dure la cohabitation entre modernité et tradition. «Les jeunes Marocains ne veulent pas lâcher de lest sur la religion, et ils souhaitent en même temps être plus modernes. Mais ce n’est pas possible de faire cohabiter les deux, et on se retrouve déboussolés», s’offusque une partie des jeunes, âgés de 16 à 29 ans, sondés pour l’enquête qualitative du cabinet d’études Sunergia, pour le compte de L’Economiste.

Cette étude démontre une forte propension à un retour à la religiosité. Un phénomène qui prend de l’ampleur d’année en année. Curieusement, ce sont les jeunes des CSP C et D qui le souhaitent le plus. Leurs témoignages remontent une tendance vers le radicalisme.

«Nous sommes sur le mauvais chemin, loin de ce que nous a dicté Dieu et de notre livre sacré, le Coran». «Nous ne voulons pas que le Maroc s’ouvre davantage sur la liberté vestimentaire, d’expression et sexuelle», répètent-ils à l’envi.

Cette tendance est très visible, voire palpable dans nos rues. D’ailleurs, de nombreux chercheurs ont relevé que la jeunesse d’aujourd’hui est plus pratiquante que celle d’hier. Ce retour remarquable à la religion est accompagné d’une forte consolidation des croyances et des pratiques de l’Islam. Mais les opinions restent, toutefois, mitigées entre les différentes CSP.

En effet, les jeunes des CSP A-B, eux, prônent la liberté individuelle. «Il faut respecter autrui même s’il est différent». «Je pense qu’une personne devrait être libre de faire ou ne pas faire le Ramadan». Dans leur lancée vers la radicalisation, la majorité des jeunes (hormis quelques exceptions auprès des CSP A-B et C), se disent contre l’équité en matière d’héritage.

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Peur, honte, frustration, culpabilité ... ce sont là les lourds sentiments que traînent les victimes de harcèlement sexuel. N’étant généralement soutenues, ni par leur famille, ni par la société, elles n’arrivent pas à dénoncer leur harceleur, et restent ainsi, les proies d’individus sans scrupules (Ph. F. Al Nasser)

«Nous ne devons pas aller à l’encontre de l’islam. C’est écrit dans le Coran, il n’y a pas d’équité dans l’héritage», expliquent-ils. Même constat pour l’homosexualité qui est encore un sujet tabou dans notre société. A l’unanimité homophobes, les jeunes Marocains ne souhaitent pas cohabiter avec des personnes ayant des tendances sexuelles autres qu’hétéro.

Plus inquiétant: «Il faut pendre les homosexuels, ils ne doivent pas exister. Je ne les fréquente pas et je ne les accepte pas!», clame une partie des jeunes des CSP A-B sondés. Pour ce qui est de la virginité, les avis restent mitigés en fonction des classes sociales.

Les jeunes issus des CSP C et D sont catégoriques là-dessus: «Une fille pas vierge n’est pas bonne à épouser». Ou encore: «Je ne conçois pas d’épouser une fille avec laquelle j’ai eu des rapports sexuels», déclarent certains d’entre eux.

En revanche, les jeunes hommes des CSP A-B semblent plus tolérants. «Je sors avec une fille avec qui j’ai des rapports et je compte bien l’épouser», affirme l’un des interviewés. Pourtant, ils n’envisagent pas une relation de couple sans avoir droit aux plaisirs charnels. C’est du moins ce que relèvent les témoignages des filles, âgées entre 20 et 29 ans, sondées pour l’enquête qualitative.

«Les garçons réclament les relations sexuelles dès le premier jour», confie la plupart d’entre elles. Sur la question de l’avortement, les jeunes des CSP C et D s’opposent fermement à ce type d’intervention, sauf cas extrême, si le fœtus est malade ou si la femme a subi un acte de viol. Du côté des CSP A-B, la moitié d’entre eux, se veut catégorique contre l’avortement.

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 «Nous ne voulons pas que le Maroc s’ouvre sur la liberté vestimentaire, d’expression ou sexuelle», clament des sondés issus de la CSP D. Et ce sont, en effet, les jeunes des CSP C et D qui souhaitent le plus de fermeté dans la pratique religieuse. Ceux des classes les plus aisées, militent pour avoir plus de liberté individuelle (Ph. F. Al Nasser)

Difficile d’exprimer son amour si l’on n’a pas la bague au doigt. Le regard de la société reste peu tolérant sur les relations amoureuses hors mariage. Face au poids du conservatisme, vivre en couple, lorsqu’on n’est pas marié relève du défi quotidien au Maroc.

Les relations amoureuses hors mariage sont «un péché transgressé». La tradition et la religion s’opposent avec force au libertinage. «Une relation hors mariage n’est pas acceptée par la famille, je ne pourrais pas en parler avec mes parents», confie l’une des jeunes sondées de CSP D.

Par ailleurs, la peur de se faire épingler par la police est aussi un obstacle pour les jeunes. Autant que le fait d’être vu au bras de quelqu’un par un membre de la famille. Une crainte qui a été exprimée du côté des filles, qui subissent le manque d’équité, lorsqu’il s’agit de leur liberté et de leur vie privée. En effet, la société, comme la famille portent des jugements sévères lorsqu’une femme ose vivre sa vie comme bon lui semble.

 Education civique, késako?

Vols, agressions, harcèlements, non respect de l’environnement ... des fléaux avec lesquels nous vivons quotidiennement. Le rôle de l’éducation des parents est important, sauf qu’avec leur carrière, ils ont tendance à lâcher cette partie de leurs responsabilités, laissant l’école faire le travail à leur place. Or, au niveau des écoles, aucun cours d’éducation civique n’est introduit dans le programme des jeunes, alors que le manque de civisme est plus que flagrant. «L’Etat devrait prendre ses responsabilités et inclure cette matière pour régler le problème de civisme pour les générations futures», réclament-ils.

 

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