Dossier Spécial

Exclusif/Enquête L’Economiste-Sunergia: Comment réenchanter notre jeunesse? - Trop de conflits, trop d’intolérance...

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5336 Le 17/08/2018 | Partager
La cigarette est généralement tolérée ... mais encore mal perçue pour les filles
Alcool: Traumatisme général
Cannabis: oui, mais ...
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S’ils sont contre la consommation d’alcool et de drogues dures, les jeunes sondés restent plus tolérants vis-à-vis du Haschich. Un phénomène qui selon eux a « tendance à se banaliser» (Ph. F. Al Nasser)

A en croire ce qui se raconte, les jeunes sont de plus en plus indulgents et respecteraient la liberté individuelle. Or, le constat relevé par l’enquête qualitative du cabinet d’études Sunergia, pour le compte de L’Economiste, démontre le contraire.

Les perceptions sont plutôt négatives pour ce qui est de la consommation de l’alcool, de la drogue, et du tabac …. En effet, la plupart des jeunes sondés âgés entre 16 et 29 ans souhaiteraient une interdiction stricte des produits illicites.

Pour la majorité des sondés, la consommation d’alcool est directement liée à de mauvais souvenirs de leur entourage (violence d’un des parents, échec dans la vie, divorce, éclatement de la famille...). D’autres encore désapprouvent sous le prisme religieux.

«J’ai le souvenir de mon père qui rentrait ivre le soir et nous criait dessus. J’en garde une image traumatisante», confie un jeune issu de la CSP D. «L’alcool a détruit des membres de ma famille», témoignent d’autres jeunes des CSP A-B. Ces séquelles rendent souvent les jeunes moins tolérants envers les personnes qui consomment de l’alcool. Seuls quelques-uns avouent en consommer occasionnellement, et avec modération.

Côté drogues, seul le haschich est toléré. Cette substance assez répandue est acceptée par une bonne partie des jeunes des CSP A-B. Et pour cause: des personnes de leur entourage en consomment régulièrement. Du coup, cela les rend plus indulgents.

«J’en prends car ça m’aide à me concentrer sur mes études», se justifient quelques-uns parmi les sondés. En revanche, les jeunes issus des classes sociales moins aisées ne partagent pas forcément ce point de vue. Leur avis, plutôt immuable, concernant le haschich s’explique essentiellement par la dégénérescence de leurs proches qui sont addicts.

  Les substances dures, elles, sont rejetées avec fermeté par les jeunes toutes CSP confondues, à cause des conséquences fâcheuses tant sur le plan physique que psychologique. Ils sont, à l’unanimité, favorables à l’interdiction des drogues dans la société.

Le tabac est, pour sa part, plus accepté. Ce sont les jeunes issus des CSP A-B qui en consomment le plus. Ceux des CSP C –D disent, pour la majorité, ne pas fumer. Ces jeunes fumeurs se cachent souvent à leurs familles, par pudeur et respect.

«Je fume un demi paquet par jour sans pour autant que mes parents s’en rendent compte», avoue l’une des sondées. Toutefois, même s’ils sont tolérants vis-à-vis des fumeurs, une minorité des CSP D, gardent une image méprisante, voire beaucoup d’a priori sur les filles qui fument.

                                                                           

... Et des familles défaillantes

Les rapports avec les parents ont considérablement changé ces dernières années. Les familles marocaines se sont nucléarisées et ont créé des liens plus intenses entre enfants et parents. Attachés à leur famille, les jeunes âgés entre 16 et 29 ans sondés pour l’enquête qualitative du cabinet Sunergia pour le compte de L’Economiste affirment avoir une relation plutôt proche avec leurs parents, et davantage avec leur mère.

Jugée, «plus ouverte d’esprit et à la discussion», elle est considérée comme une confidente. «Je peux discuter de sujets tabous et intimes avec ma mère. Alors que ce n’est pas possible avec mon père, il y a plus de freins», indiquent une partie des répondants de la CSP A-B. En effet, le père  garde son rôle de chef de famille, avec des rapports assez éloignés avec ses enfants.

Mais s’ils partagent avec leurs parents des discussions se rapportant aux études, au travail, et à l’actualité, les tabous restent encore ancrés dans les mœurs. Les jeunes préfèrent ne pas aborder des questions relatives aux drogues, à l’alcool, au tabac ou à la sexualité. Le conflit générationnel est le premier frein qui les en empêche.

Parmi les activités qu’ils partagent avec leurs géniteurs l’on retrouve le shopping, les visites de familles, les courses, les matchs de foot et la télé chez les CSP A-B et C, tandis que les CSP D  se limitent au repas et à regarder la télé «sans se parler», pour quelques-uns. Par ailleurs, certains points de discorde sont présents dans ces relations. Ils sont principalement liés à l’argent chez les classes sociales les moins bien nanties.

«Depuis que j’ai quitté l’école, mon père me reproche de lui demander de l’argent», explique un des sondés. Du côté des filles, plus précisément celles de la CSP D, il y a manque de liberté (sorties, fréquentations, façon de s’habiller ...)  qui crée le plus de conflits avec les parents. 

Les rapports entre fratrie sont pareils. Les jeunes issus des CSP C et D, disent avoir des relations distantes, voire conflictuelles avec leurs frères et sœurs. Les frères prennent leurs rôles de mâles protecteurs très au sérieux, allant même à interdire les sorties à leurs sœurs et user de la force à leur égard. «J’ai voulu me confier à mon frère, il a fini par m’insulter alors que lui-même fréquente des filles».

«J’ai une sœur aînée de 9 ans de plus que moi, je la battais quand elle rentrait tard le soir», confient certains d’entre eux. Pour ce qui est de la grande famille, les relations sont meilleures du côte maternel, jugeant que trop de jalousie, d’hypocrisie et de problème d’héritage sont présents du côté paternel. Cependant, ils s’accordent tous à dire qu’ils apprécient les visites familiales lors des fêtes ou des vacances estivales.

 

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