Economie

Routes rurales: Des avancées et beaucoup de chemin à faire

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5335 Le 16/08/2018 | Partager
15.000 km réhabilités à fin 2017
80 % des ruraux peuvent se déplacer en toutes périodes
L’eau potable et l’assainissement, talon d’Achille
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Le 1er programme national des routes rurales a été un simple test. C’est le deuxième qui a été concrétisé à hauteur de 96% (14.960 km lancés contre 15.599 km étudiés). Les opérations se sont déroulées selon un rythme de 1.300 km/an (Ph. MET)

Grand saut qualitatif en matière de routes rurales. Le constat est relevé par la Banque mondiale qui se félicite, dans un  article tout récemment publié, des progrès réalisés en ce qui concerne le désenclavement de certaines routes montagneuses.

13 ans après le déploiement d’un programme appuyé par l’institution internationale et  autres bailleurs de fonds, le Maroc a pu améliorer  15.500 kilomètres de routes rurales, portant ainsi de 54 % à 80 % la part de la population rurale ayant accès à des routes praticables par tous les temps.

Une récente enquête menée auprès des habitants a montré que, grâce au programme, le taux de scolarisation à l’école primaire a fortement augmenté dans les régions rurales, où l’on observe notamment une progression  encourageante de 7,4 % du taux de scolarisation des filles.

De même, la situation des femmes s’est nettement améliorée: elles se rendent bien plus régulièrement dans les établissements de santé. Et, puisque des bouteilles de gaz leur sont maintenant livrées à domicile, elles ne sont plus asservies aux tâches pénibles du ramassage   du bois pour cuisiner et se chauffer.

Dans un monde moderne où la technologie est omniprésente et le changement continu, il est difficile d’imaginer à quel point une simple route peut changer la vie. En 2005, la moitié de la population rurale ne bénéficiait pas de services essentiels tels que l’éducation et la santé, pas plus qu’elle n’avait accès à des activités économiques.

Sans routes, aller d’un point à un autre ne se décidait pas au pied levé, tant le voyage pouvait être long, coûteux et parfois même dangereux. Le pays avait fait appel au soutien technique et financier de plusieurs bailleurs, dont la Banque mondiale qui a apporté une aide totale de 180 millions d’euros (environ 2 milliards de DH) via trois prêts accordés en 2006, 2010 et 2014.

Le programme gouvernemental avait trois objectifs: étendre le réseau de routes praticables par tous les temps à l’ensemble du territoire, combler les écarts d’accessibilité entre les provinces et mettre en place un contexte favorisant l’amélioration des services de transport dans les zones rurales.

Il était par ailleurs prévu de prendre  en compte l’avis des populations et des autorités locales dans le choix des routes prioritaires et de leur accorder une plus grande autonomie pour gérer la mise en œuvre du programme sur le terrain.

«A chacune de nos visites dans les régions bénéficiant du programme, nous constatons à quel point la vie quotidienne de la population s’améliore», témoigne Marie Françoise Marie-Nelly, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb.

Outre l’impact sur les bénéficiaires, le soutien de la Banque mondiale a contribué à rationaliser le suivi de chaque phase du déploiement du programme pour évaluer régulièrement les résultats ainsi que les réalisations concrètes.

À la clôture du projet fin 2017, l’équipe de la Banque mondiale a pu constater l’impact positif du programme, y compris au travers de certains aspects insoupçonnés. Elle en a tiré une leçon importante, résumée par l’un des bénéficiaires: «la voie vers le progrès passe par une route praticable en toute saison».

Ni eau, ni assainissement

96% des foyers ruraux accèdent à l’eau potable! Mais combien sont réellement raccordés? L’Office national de l’eau et de l’électricité ambitionne de porter la proportion à 98% à l’horizon 2020 via l’investissement de 4,6 milliards de DH. Un objectif que ne partagent pas certains élus. En cause, la rareté de l’eau qui s’aggrave dans plusieurs zones montagneuses. Ceci, sans occulter la dispersion des foyers et les terrains escarpés.
Aujourd’hui, 28% de la population rurale, soit 1,3 million de citoyens, n’ont pas l’accès direct à l’eau potable. Autrement dit, ils manquent aussi d’assainissement même à travers les fosses septiques. Le coût du raccordement s’avère onéreux pour l’écrasante majorité des ménages: 3.500 DH.
De même, l’approvisionnement via les fontaines publiques est jugé cher par rapport au pouvoir d’achat des ruraux. Le mètre cube d’eau coûtant entre 6 et 10 DH, ce qui limite la consommation moyenne d’eau à 8,3 litres d’eau par jour, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise au moins 20 litres par jour. Des disparités entre régions en termes d’accès à l’eau potable existent aussi. Et c’est la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma qui enregistre le taux le plus bas avec 82% d’accès à l’eau potable, soit 14% de moins que la moyenne nationale. Des inégalités  entre les provinces sont également signalées. Si deux provinces  (Berrechid et Inezgane-Aït Melloul) n’ont pas le moindre problème, ce n’est pas le cas de sept provinces: Ifrane, Tan Tan, Figuig, Sefrou, Taounate, Taza et Moulay Yacoub dont la moitié de la population souffre du manque de raccordement.

 

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