Culture

Ousman Sow: Un géant de l’art africain à Rabat

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5334 Le 15/08/2018 | Partager
Son guerrier Massaï exposé dans la capitale
Une acquisition du MM6 grâce à un mécène
Cérémonie hommage à Joudia Hassar Benslimane
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Le guerrier Massaï, une œuvre de Ousman Sow, l’un des plus grands sculpteurs africains, fait désormais partie de la collection du MM6, grâce à un acte de mécénat. L’œuvre de l’artiste fait le bonheur des rbatis et des touristes qui n’hésitent pas à poser pour l’éternité  (Ph. Bziouat)

Il a belle allure, du haut de ses 3m20, le majestueux guerrier Massaï, armé de sa lance et de son bouclier, qui surplombe  l’esplanade du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MM6). L’œuvre du sculpteur sénégalais, Ousman Sow, est exposée à Rabat depuis le lundi 13 août. Son acquisition par le MM6 est le fruit d’un acte de mécénat culturel de Moulay Hafid  Elalamy.

Après avoir fait de Rabat la capitale de la culture africaine (L’Afrique en Capitale mars/avril 2017), l’intégration de la sculpture, d'Ousman Sow dans les collections du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain est selon Mehdi Qotbi, président de la Fondation Nationale des Musées: «un symbole de l'africanité revendiquée du Maroc et de son ancrage continental».

Un évènement auquel devait d’ailleurs participer, Ousman Sow, désireux de contribuer à cette importante initiative de diplomatie culturelle entreprise par le Royaume, n’eut été son décès intervenu en décembre 2017. Son guerrier trônant désormais sur le parvis du Musée, invitera-t-il les passants à découvrir les superbes expositions du MM6? Celles qui sont en cours actuellement, à savoir l’exposition «Hommage à Ahmed Cherkaoui» et «La méditerranée et l’art moderne» en partenariat avec le centre parisien «Georges Pompidou» ont déjà cumulé plus de 25.000 visiteurs. «Nous dépasserons certainement les 30.000 pour ces 2 expositions exceptionnelles» précise Qotbi.

Monumental. Ousman Sow l’aura été autant que ses sculptures. Né le 10 octobre 1935 à Dakar, «l’Auguste Rodin du Sénégal», comme on le surnomme, était considéré comme l’un des plus grands sculpteurs vivants. Pourtant il n'est devenu artiste qu'à 50 ans après avoir exercé comme kinésithérapeute en France et au Sénégal. A son métier, il doit une connaissance parfaite de l'anatomie qui lui sera très utile pour ses créations.

Ses guerriers Massaï du Kenya, ses lutteurs de l'ethnie Nouba du sud Soudan,  ses Indiens d'Amérique,  tous des colosses figés dans le mouvement, et plus tard les grandes figures qui ont marqué sa vie: son père, bien sûr, mais aussi Nelson Mandela, Gandhi, Mohamed Ali, Martin Luther King, le général de Gaulle, ou encore l’écrivain Victor Hugo…  des personnages taillés ou façonnés, d’un réalisme souvent appuyé et d’une échelle supérieure à la taille humaine lui valent la reconnaissance internationale dès les années 1980.

Montrées d’abord à Dakar, puis à Paris, ensuite à Genève, New-York, les œuvres font un effet certain à la Documenta de Kassel en 1992 et à la Biennale de Venise en 1995. Un seul et même message semble jaillir de ses sculptures aux allures de Titans, toujours élaborés en série de plusieurs pièces: La célébration de la lutte pour la liberté et l’indépendance des peuples noirs.

Il sera le premier artiste noir, à entrer à l’Académie française des beaux-arts, en tant que membre associé étranger, en décembre 2013 où il occupera le fauteuil du peintre américain Andrew Wyeth, à l’instar d’un autre de ses compatriotes: Léopold Sédar Senghor qui intégra l’Académie française en 1983. Ousman Sow laisse une œuvre conséquente, parfois discutée pour son réalisme trop proche peut-être d’un classicisme européen, très loin surtout de ce que se veut l’art actuel.

L’artiste s’en défend «Jamais un enfant ne m’a demandé ce que mes sculptures voulaient dire. Je sculpte des hommes. J’ai tellement peur qu’on ne me comprenne pas, ou qu’on interprète mal ce que je dis, que je parle très directement» disait-il.

Sa marque de fabrique restera cette volonté d’être à la fois symbolique dans les thèmes traités et explicite dans ses œuvres monumentales. Pari gagné puisque Ousman Sow sera le premier artiste africain à battre des records de vente. Ses œuvres donnent souvent lieu à des guerres d’enchères. Comme celle rapportée par la presse, en 2014, ayant opposé lors d’une vente de Drouot à Paris le collectionneur d’art moderne et contemporain François Pinault, à l’émissaire de la fondation Alliances.

Le patron d'Alliances, Lazrak Alami, souhaitait vraisemblablement enrichir sa collection constituée d’œuvres d'art contemporain marocain, mais également de grandes figures de l'art africain,  exposée au Musée d'art contemporain africain Al Maaden. L’œuvre intitulée Zulu a été finalement acquise par l’homme d’affaires français pour la modique somme de 528.695 euros.

 

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