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    Débâcle de la livre turque: La riposte pour calmer les marchés

    Par L'Economiste | Edition N°:5334 Le 15/08/2018 | Partager
    Les taux de réserves obligatoires pour les banques révisés
    Des mesures de contrôle des capitaux ou encore faire appel au FMI
    Les devises émergentes dans la tourmente
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    L'escalade des tensions avec les Etats-Unis n'a en réalité fait qu'aggraver la situation de la livre turque qui avait déjà perdu beaucoup de terrain depuis janvier 2018 (-40% face au billet vert)

    Déclarations chocs, sanctions, menaces de représailles, puis doublement des tarifs douaniers américains sur l'acier et l'aluminium turc… Les tensions entre la Turquie et Washington (deux alliés au sein de l’Otan) sont allées crescendo ces derniers jours, emportant la livre turque.

    Perdant depuis le début de l’année plus de 40% de sa valeur face au dollar et à l'euro, celle-ci s'est effondrée vendredi 10 août 2018 (quelque 16% de sa valeur face au dollar en un jour).  Ce qui a fait souffler un vent de panique sur les marchés à travers le monde (et notamment les marchés émergents).

    Gagnées par l'onde de choc du «Vendredi noir», les Bourses de Tokyo et Hong Kong ont fortement baissé lundi 13 août 2018. Les principales places européennes, déjà affectées la semaine dernière, restaient fébriles. Rand sud-africain, peso argentin, réal brésilien ou rouble russe: la plupart des devises émergentes plongent depuis une semaine. Une chute qui met en lumière la fragilité de ces économies toujours très dépendantes des capitaux étrangers, selon les experts.

    Comme premières mesures, la banque centrale turque a révisé les taux de réserves obligatoires pour les banques, dans le but d'éviter tout problème de liquidité. Elle a indiqué qu'environ 10 milliards de livres, 6 milliards de dollars et l'équivalent de 3 milliards en or de liquidités seraient fournis au système financier.

    La chute de la livre est porteuse de risques considérables pour l'économie, en particulier pour le secteur bancaire. Ceci en raison de l'étendue du boom des crédits et du fait qu'un tiers des prêts bancaires sont libellés en devises étrangères. Pour cela, la banque centrale de Turquie a notamment indiqué qu'elle fournirait toutes les liquidités dont les banques auront besoin. Elle prendrait aussi toutes les mesures nécessaires pour assurer la stabilité financière.

    Si l'effondrement de la livre se poursuit et menace de déboucher sur une crise économique, le gouvernement turc dispose encore de leviers pour faire face. Il pourrait ainsi prendre des mesures de contrôle des capitaux ou encore faire appel au FMI.

    Même si cette dernière mesure serait difficile à avaler pour le président turc Recep Tayyip Erdogan qui s'enorgueillit d'avoir réglé les dettes de la Turquie. Il pourrait en revanche fermer les yeux sur une hausse en urgence des taux de la banque centrale, une mesure déjà prise en mai.

    Le président turc a multiplié les critiques en direction de Washington. Il a mis la crise monétaire sur le compte d'un «complot politique» américain et affirmant qu'Ankara chercherait de nouveaux marchés et alliés. Au coeur de cette bataille: le sort du pasteur américain Andrew Brunson, actuellement jugé en Turquie pour terrorisme et espionnage, placé fin juillet en résidence surveillée après un an et demi de détention (cf. notre édition N° 5329 du 06/08/2018).

    Si Washington est prêt à sacrifier ses relations avec Ankara, la Turquie réagira «en passant à de nouveaux marchés, de nouveaux partenariats et de nouveaux alliés, aux dépens de celui qui a lancé une guerre économique contre le monde entier, y compris notre pays», a menacé Erdogan.

    Outre ces tensions, les économistes s'inquiètent de la mainmise sur l'économie du président turc qui s'est renforcée après sa réélection en juin dernier. Les marchés exhortent la banque centrale à redresser davantage ses taux pour soutenir la livre et maîtriser une inflation galopante qui a atteint près de 16% en juillet en glissement annuel.

    Par ailleurs, le ministère turc de l'Intérieur a indiqué qu'il enquêtait sur des centaines d'internautes qu'il soupçonne d'avoir partagé des commentaires relevant de la provocation visant à affaiblir la livre. Lundi, les principaux quotidiens titraient sur une citation du président dénonçant des «manigances» contre la monnaie turque.

    L’ensemble de l'alliance en jeu

    Le président turc Recep Tayyip Erdogan a laissé entendre que c'était l'ensemble de l'alliance entre la Turquie (devenue membre de l'Otan en 1952 avec le soutien de Washington) et les Etats-Unis qui était en jeu. Washington dispose d'une importante base à Incirlik, dans le sud du pays, actuellement utilisée comme centre des opérations contre le groupe terroriste Etat islamique (EI). La Turquie reproche aussi aux Etats-Unis le soutien apporté en Syrie aux Unités de protection du peuple kurde (YPG). Ankara voit dans cette milice une émanation du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), classé terroriste par la Turquie mais aussi les Etats-Unis.

    F. Z. T. avec agences

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