Société

Kathy Kriger, une Américaine très Casablancaise

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5329 Le 06/08/2018 | Partager
Elle nous a quittés à l’âge de 72 ans
La diplomate a fait (re)naître le fameux Rick’s Café
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Kathy Kriger aura réussi à reconstituer cette ambiance pleine de mystère qu’entretenait la légende du Rick’s Café (les espions en moins) dans le fameux film Casablanca  (Ph. DR)

Kathy Kriger était venue au Maroc en tant que diplomate, mais est vite tombée amoureuse du pays au point de s’y installer définitivement. C’est le 25 juillet que la plus Casablancaise des Américaines nous a quittés à l’âge de 72 ans.

Comme un grand nombre de cinéphiles, en débarquant à Casablanca, un certain automne 1998, Kathy  Kriger cherche par reflexe ce que représente la cité blanche pour  tout Américain: Le Rick’s Café!

Et c’est avec stupéfaction que la  diplomate américaine découvre qu’il n’y a aucune trace de ce lieu, rendu immortel par le fameux film de Mikael Curtis,  auteur du  baiser cinématographique le plus célèbre, que s’échangent deux icônes: Ingrid Bergman et Humphrey Bogart. En cinéphile avertie, Kriger sait très bien que l’opus a été entièrement  réalisé, en 1942, dans les studios hollywoodiens de la Warner Bros, très loin de la capitale économique.

Ce qui étonne le plus l’Américaine c’est que personne, mis à part une certaine boisson  maltée,  n’ait songé à capitaliser sur une image, nourrissant le fantasme de millions d’Américains et d’amoureux du 7e Art dans le monde,  aucun entrepreneur  n’a songé à (re)donner vie à ce lieu mythique.  Ce qui a été un constat ne tardera pas à devenir un projet de vie.

Mal à l’aise avec la réaction américaine après le 11 septembre, la diplomate quitte l’administration de Bush et décide de s’installer définitivement au Maroc.

«Je vis au Maroc depuis 1998, où je suis arrivée en tant que conseillère au commerce pour l’ambassade des États-Unis. Au lendemain du 11 septembre, j’ai décidé de quitter le gouvernement, de rester au Maroc et de faire quelque chose qui démontre les vraies valeurs américaines. Fonder le Rick’s Café à Casablanca m’a semblé être le moyen idéal pour le faire», expliquait-elle sur le site du célèbre restaurant qu’elle va réussir à monter.

Ayant bourlingué  dans de très nombreux pays, dont le Japon où elle aura passé près de 8 ans, Kriger n’est pas femme à se laisser décourager, ni à avoir peur de l’aventure.

«Tandis que mon gouvernement diffuse la crainte et l’adversité à l’égard des musulmans, les Marocains se sont montrés suffisamment intelligents pour faire la différence entre la politique américaine et les personnes venant des Etats-Unis. Je me suis sentie en confiance et me suis fait de nombreux amis»,  précisait-elle lors d’une interview accordé au magasine Zamane. 

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Hymphrey Bogart devant l’entrée du mythique cabaret à Casablanca. L’acteur américain n’a en réalité jamais mis les pieds dans la capitale économique du Royaume. Le film a été entièrement tourné dans les studios hollywoodiens de la Warner Bros  (Ph. DR)

Encouragée par un grand connaisseur de la ville blanche, Driss Benhima alors wali de Casablanca, Kathy Kriger entreprend de chercher le lieu adéquat pour reconstituer le restaurant. Benhima lui conseille alors de s’installer dans la médina de Casablanca  pour laquelle il avait engagé toute une opération de réhabilitation.

Après plusieurs mois de prospection,  l’Américaine tombe sur la perle rare. Une grande maison traditionnelle, idéalement située en bordure de la médina et accessible par le boulevard des Almohades. Le patio central de la maison rappelle étrangement le décor originel du film et le coup de cœur est immédiat. C’est l’architecte américain, Bill Willis, qui s’attellera à faire naître pour de bon  le Rick’s Café. 

Le restaurant  reprend tous les éléments architecturaux du célèbre cabaret tenu dans le film par Humphrey Bogart: les arcades, les balcons, la grande porte d’entrée et la décoration intérieure.

Aujourd’hui, l’institution est un lieu incontournable où se pressent touristes étrangers, curieux et habitués qui aiment s’installer au piano bar dans une ambiance jazzy, souvent accompagnée par la maîtresse des lieux qui n’hésitait pas à égrener quelques notes de piano, ou à l’étage pour déguster une cuisine  marocaine raffinée et revisitée.

La décoration typique des années 30-40 est authentique à souhait et nombre de visiteurs s’étonnent d’apprendre que l’établissement n’est ouvert que depuis 2004.

Casablanca le film, Casablanca la ville

Considéré comme l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma, Casablanca a été conçu dans un contexte où la propagande et le 7e Art faisaient bon ménage. Nous sommes en 1942 et les Etats-Unis s’apprêtent à entrer en guerre en Europe pour soutenir les Alliés. L’opinion publique, craignant qu’une confrontation directe avec les Allemands ne se solde par des pertes humaines considérables, penche pour la neutralité dans le conflit mondial.  Pour l’administration Roosevelt, il n’y a guère d’autres choix et tous les moyens sont bons pour préparer les Américains à une opération militaire. Pour que les Américains puissent se rendre compte des enjeux mondiaux qui se trament à des milliers de kilomètres de chez eux, Casablanca est le lieu idéal. Nid d’espions de renommée mondiale, c’est dans la ville blanche que tous les belligérants de la guerre mondiale ont des cartes à jouer. Bien qu’administrée par le régime soumis de Vichy, la ville sera néanmoins la base des forces favorables aux Alliés. C’est dans cette ambiance que sera imaginé le scénario du film qui mêle espionnage, patriotisme, romance et trahison. L’opus est porté par deux des figures les plus charismatiques de Hollywood: Ingrid Bergman et Humphrey Bogart. Le succès du film, devenu légendaire, dépasse de loin toutes les prévisions de l’administration Roosevelt.  La première fait sensation aux Etats-Unis une semaine à peine avant la tenue d’une conférence qui tracera l’avenir du monde libre: la Conférence d’Anfa. Le film aura également réussi à faire de la ville blanche un endroit mythique et toujours fantasmé par des millions de personnes outre-Atlantique. Une aubaine pour le tourisme qui ne demande qu’à être intelligemment exploitée.

 

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