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Le Lydex de Benguerir, un ascenseur social pour des milliers d’élèves défavorisés

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5328 Le 03/08/2018 | Partager
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L'un des huit  bâtiments où sont dispensés les cours au sein de Lydex, abréviation du lycée d’excellence de Benguerir, au cœur de la ville verte Mohammed VI. Dès le portail d’entrée s’impose au regard du visiteur huit bâtiments flambant neufs, couleur de terre, de quatre étages alignés sur deux rangées l’une derrière l’autre. La première est réservée aux classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), l’autre aux élèves du secondaire qualifiant (SQ) (Ph. JM)

Au cœur de la ville verte, sur 18 hectares, se situe le lycée d’excellence de Benguerir avec ses équipements ultramodernes et ses professeurs triés sur le volet. Porté par la fondation OCP, le projet commence à donner ses fruits. Ouvert en septembre 2016, d’abord pour les CPGE (Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles), ensuite au secondaire qualifiant, 710 élèves y suivront leurs cours en septembre prochain.

Au concours pour les grandes écoles françaises de juin 2018, 5 élèves sont admis à Polytechnique Paris, avec les meilleures notes jamais réalisées depuis 2008.

Il fera blêmir de jalousie les meilleurs campus américains et canadiens. Des équipements ultramodernes, un projet pédagogique et éducatif de haut niveau ouvert à toutes les franges de la société marocaine, de préférence les élèves issus des milieux défavorisés. Une seule condition: l’excellence.

Les concepteurs ont tout mis en œuvre pour que l’apprenant excelle encore davantage: laboratoires couvrant toutes les disciplines enseignées, salles de musique, d’arts plastiques, de projection, un théâtre, un Centre de Documentation et d’Information. Un terrain de football gazonné aux normes de la FIFA, une piste d’athlétisme, des terrains de basket-ball, de hand-ball, des courts de tennis, une salle omnisports, une piscine semi-olympique couverte. Et une équipe d’attachés pédagogiques, niveau bac+4, à l’œuvre 24x24h, 7x7j.

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L'équipe administrative du Lydex, au milieu à droite Ahmed Benzzi, à gauche Christophe Boeckel 

Nous ne sommes pas à l’University of Toronto, au Canada, mais au Lydex, abréviation du lycée d’excellence de Benguerir, au cœur de la ville verte Mohammed VI, s’étalant sur 18 ha. Dès le portail d’entrée s’impose au regard du visiteur huit bâtiments flambant neufs, couleur de terre, de quatre étages alignés sur deux rangées l’une derrière l’autre.

La première est réservée aux classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), l’autre aux élèves du secondaire qualifiant (SQ). 82 y avaient suivi leurs cours en septembre 2016, 2015 en 2017, ils y seront 710 élèves à la rentrée de septembre prochain.

Une capacité à terme de 1.800 élèves atteignable en 2021. Derrière ce bloc, à quelques mètres à sa gauche, un autre est dédié à l’internat: des studios à deux chambres simples avec espace sanitaire privatif en résidences séparées pour garçons et filles. Tous les élèves dans ce lycée sont internes.

Comme l’université Mohammed VI Polytechnique inaugurée en 2017, l’école 1337 à Khouribga, une cousine de l’école 42 de Paris fondée par l’entrepreneur français Xavier Niel, qui dispense depuis peu une formation en informatique (dédiée au codage) entièrement gratuite, le Lydex est l’œuvre de la Fondation du groupe OCP.

Le savoir, une richesse impérissable

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Les studios à deux chambres simples en résidences séparées pour garçons et filles (Ph. JM)

Le management du groupe n’a pas lésiné sur les moyens, ni sur les compétences, pour créer un lycée d’excellence, capable de tirer du néant les meilleurs élèves du Maroc, issus en majorité des couches défavorisées, certains venant de douars au fin fond du monde rural, pour leur permettre de déployer le meilleur de leur intelligence.

Les phosphates et l’argent qu’ils génèrent sont périssables, seuls le savoir et l’éducation sont pérennes, productifs à coup sûr au-delà des aléas des économies de marché. Un Khawarizmi (780-850) reste éternel, son œuvre a transcendé splendeurs et décadences des contrées (Ouzbékistan et Bagdad) qui ont vu naître et se déployer son immense talent de mathématicien et d’astronome.

Autant investir en matière d’éducation et du savoir, s’est dit le management de l’OCP. Résultat: trois ans après l’ouverture des CPGE, deux cohortes ont brillé de mille feux. Un aperçu: 103 candidats ont passé en 2017 (première promotion) le concours qualifiant aux grandes écoles d’ingénieurs françaises et marocaines, 51 ont réussi les premières, l’autre moitié les secondes.

Mieux, parmi eux, 8 élèves ont été admis à l’Ecole centrale de Paris, 5 l’ont été à Supelec (Ecole Supérieure d'Electricité) dans la même ville. Au concours pour les grandes écoles françaises de cette année 2018, 5 élèves ont été admis à Polytechnique de Paris, avec les meilleures notes en écrit. 7 autres sont admis à l’école Centrale de Paris, le reste intégrera d’autres écoles d’ingénieurs non moins prestigieuses, dont ESTA de Paris et Supario de Toulouse.

Excellence scolaire, mixité sociale et approche genre

Ces résultats sont le fruit d’une équipe de travail, de professeurs agrégés, d’administrateurs triés sur le volet, et d’un management conscient des défis à relever. Ce dernier a un faible pour les ingénieurs: 2.900 sont à l’œuvre à l’OCP (dont 1.300 interviennent à travers la filiale de l’OCP group, Jacobs Engineering SA) dont des dizaines sont lauréats de grandes écoles d’ingénieurs.

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La salle de réunion des professeurs (Ph. JM)

Le staff derrière cette machine, commence au siège de l’OCP sise Hay Arraha, à Casablanca. Il s’appelle Hicham Cherkaoui, lui-même ingénieur en télécom de l’école polytechnique de Montréal. Avant la Fondation OCP où il est nommé chargé de mission, il a fait 10 ans au CBI comme directeur pôle infrastructure et produits, ce qui lui permettra de suivre de près la construction et les achats des équipements de Lydex.

Il assure aussi l’interface avec le Centre national des innovations pédagogiques et de l’expérimentation, l’organisme dédié aux CPGE au sein du ministère d’éducation nationale, le partenaire de la Fondation dans ce projet. «Deux critères président à l’intégration d’un élève au Lydex, l’excellence de ses résultats scolaires, et son niveau socioéconomique. Nous privilégions le candidat, fille ou garçon, issu d’un milieu défavorisé, rural et urbain. Parmi les 182 élèves admis à la rentrée 2018-19 au Secondaire Qualifiant, 69% sont issus de ménages au revenu inférieur au Smig», indique Cherkaoui.

Plus de 30.000 élèves y ont postulé. Hélas, tout ce beau monde ne peut y avoir une place, la sélection, selon la charte du Lydex, s’opère au niveau national sur la base des critères d’excellence scolaire, de mixité sociale et de l’approche genre.

De l'argent de poche mais pour aider la famille

A partir de 2017, après 2 ans dédiés aux CPGE, le Lydex démarre son Secondaire Qualifiant, 362 y suivront leurs cours en septembre prochain, nourris, logés, avec, cerise sur le gâteau, 500 DH mensuels comme argent de poche (700 DH pour les élèves des CPGE). Issus de familles défavorisées, la plupart des élèves envoient cet argent pour aider leurs parents. La force de ce lycée d’excellence, c’est aussi une équipe administrative sur le terrain, coachée par un proviseur, Ahmed Benzzi.

Professeur de mathématiques, ex-directeur de plusieurs AREF, il prend sa retraite en 2015, mais pas avant de suivre sur papier le projet Lydex comme directeur de l’AREF de Marrakech. En 2017, la fondation OCP fait appel à lui pour diriger le lycée.

«Franchement, je ne m’attendais pas à cette excellence. Jai étudié le dossier comme directeur d’Académie, et je croyais que cet établissement serait un simple lycée privé comme tant d’autres. Voilà un ascenseur social qui donnera leur chance à des milliers d’élèves marocains pour donner le meilleur d’eux-mêmes», confie le directeur. «Il faut voir les parents qui viennent inscrire leurs enfants. Ils arrivent les épaules basses et repartent la tête haute», se réjouit-il.

Ce dernier est entouré d’une équipe de professeurs agrégés, avec 5 ans d’expérience au minimum dans les classes prépas. La locomotive des CPGE s’appelle Christophe Boeckel, un Alsacien tout comme son mentor, Bernard André Spenlehauer, le cerveau des CPGE au Maroc introduites pour la première fois en 1985. Vingt ans plus tard, en reconnaissance de ses services, il sera décoré par le Roi Mohammed VI du Wissam Al-Arch de l'ordre de commandeur.

Spenlehauer est parti couler paisiblement sa retraite en France, mais son cœur est resté au Maroc. Jusqu’à ce que la Fondation OCP fasse appel à lui pour prêter main-forte dans la mise en chantier des CPGE version Lydex.  Il n’a trouvé mieux comme profil à conseiller que Boeckel, riche d’une expérience d’une douzaine d’années comme professeur de maths (1987-1999) au Maroc. Ce dernier fait ses valises et rejoint l’équipe qui travaille sur le dossier Lydex, pour devenir après le directeur de ses CPGE.

Aux dernières nouvelles, au concours français pour les grandes écoles de juin 2018, 5 candidats du Lydex sont admis définitivement à Polytechnique Paris, dont 4 ont pulvérisé tous les records en matière des notes, et battu même les cracks de l’Hexagone, et chez eux. Le premier (le major du concours) a obtenu la meilleure note en écrit, soit 14,29. Il s’appelle Riad Benbaki, il est de la ville d’Errachidia (Draâ-Tafilalt).

Ces brillantissimes élèves ont tous décroché leur bac sciences mathématiques, avec mention, dans des lycées publics. La base est là, elle est dans l’école publique, il suffit d’engager un peu plus de moyens, et d’ingéniosité, pour la faire sortir de son cercle vicieux. Le Lydex a su le faire.

L’apport du MEN

Fruit d’un partenariat public/privé, le lydex (géré par une société, la lydex.SA) s’appuie sur deux supports du ministère de tutelle: la base de données élèves d’où on sélectionne les meilleurs, et les professeurs. Ces derniers sont mis à la disposition du lydex par le MEN pour une durée de 5 ans. Ils sont doublement rémunérés: par le salaire du ministère et par une prime équivalente donnée par la Fondation OCP. Ainsi, la rémunération d’un professeur pourra atteindre, dans certains cas, jusqu’à 32.000 DH par mois. Quant à la bourse, quelle que soit la filière choisie (MP, PSI et TSI), elle couvre l'ensemble des frais (scolarité, hébergement et restauration), elle est attribuée aux élèves sélectionnés par la voie 1. Concernant les élèves sélectionnés par la voie 2, une participation aux frais est demandée aux familles, en fonction de leurs revenus. Les élèves admis issus de familles démunies ou à revenu modeste peuvent bénéficier de bourses couvrant 100% des frais de scolarité, d’hébergement et de restauration.

Deux voies de sélection

Deux voies mènent au Lydex: via le portail ministériel (www.cpge.ac.ma). La sélection des élèves s'effectue par la même procédure en vigueur, commune pour toutes les CPGE des lycées publics. Un élève peut choisir d'opter pour le lycée d’excellence sans être écarté d’un établissement public. A rappeler que pour les lycées publics, le classement des élèves est régional alors qu’il est national pour le lycée d’excellence. Si ces classements permettent à un élève d’intégrer à la fois un centre CPGE public et le lycée d’excellence, l’élève aura la possibilité de choisir d’intégrer l’un ou l’autre établissement.
L’autre voie donne au Lydex l’opportunité de rééquilibrer, autant que possible, l’éventuelle prédominance de certains facteurs sociaux et géographiques de ses élèves: grandes villes/petites villes, garçons/filles, établissement public/privé…
4 principes directeurs sous-tendent la sélection par cette voie:
Principe de l’excellence: le Lydex est un établissement ouvert tout d’abord aux élèves méritants qui doivent être excellents dans les disciplines majeures de la filière choisie.
Principe de la mixité sociale: un élève excellent, quel que soit son milieu social peut y accéder.
Principe de la mixité géographique: le vivier de sélection des élèves du Lydex a une dimension nationale qui doit se traduire par une représentativité géographique de toutes les régions du Maroc.
Principe de l’approche genre: le Lydex prend en compte dans la mesure du possible un équilibre entre les garçons et les filles.

                                                                                        

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Concours Ecoles françaises: Le major est du Lydex

Le premier, le major du concours aux grandes écoles françaises, Riade Benbaki, est de la ville d’Errachidia (Draâ-Tafilalt), il obtient 14,29. Son père, économe de métier dans un collège, sa mère au foyer, une famille composée de 5 frères et sœurs.

Le deuxième s’appelle Mohamed Yahya Soali, bac au lycée Ben M’sik de Casablanca, il a obtenu 13,39. Le 3e s’appelle Abdelhafid Souilmi, il est de la ville de Safi, il a décroché 13,19. Le 4e s’appelle Walid Jabbour, il est de Fès (bac au lycée Ibnou Hazm), il a décroché 12,29. Le cinquième à être admis à Polytechnique est de Tinghir, il s’appelle Mohamed Malhou.

Ce n’est pas fini, les notes obtenues par les quatre marocains sont les meilleurs jamais décrochées depuis 2008. Entre cette année et 2017, les meilleures notes d’admission à l’écrit dans ce concours n’ont jamais dépassé 10,90. Pour tous ces candidats du Lydex, il leur fallait un visa pour aller passer le concours en France et c’est la Fondation OCP qui s’en occupe. Le futur Major de la promotion, le jeune Benbaki, n’aurait jamais passé ce concours sans cette intervention.

Le visa lui a été refusé au départ, faute de moyens financiers suffisants. «Il est venu me voir en pleurs après ce refus. Un élève aussi doué ne mérite pas une telle déception. La Fondation a dû intervenir rapidement auprès du consulat de France à Marrakech, à 48h de l’examen, pour lui obtenir ce visa», nous raconte le proviseur du lycée, M. Ahmed Benzzi.

Sans ce lycée d’excellence, ce candidat serait resté dans l’anonymat pour toute sa vie, l’école Polytechnique un rêve, jamais réalisable. Pour tous ces jeunes, c’est la Fondation OCP qui prend en charge les formalités et les frais d’inscription en France, ceux du voyage, de l’hébergement. En plus d’une somme d’argent donnée à chacun d’eux, 4.500 DH pour les élèves ayant été admis à l’école Polytechnique. Si l’élève est admis dans quatre grandes écoles françaises, la somme est multipliée par quatre.

 

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