Régions

Fès-Meknès/Artisanat: Ce qui a changé en 10 ans

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5327 Le 02/08/2018 | Partager
Des projets pour améliorer le quotidien de 105.100 artisans
Formation, production, et commercialisation…au menu
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Le Plan de développement régional de l’artisanat (PDRA) a contribué à la formation de 400 mono-artisans, la promotion de l’artisanat marocain et la créativité dans ce secteur. Il a aussi encouragé le transfert du savoir-faire des artisans marocains aux futures générations… Le bilan du PDRA a été donné ce vendredi 27 juillet 2018 à Fès (Ph. YSA)

La région de Fès-Meknès dispose de tous les atouts pour se positionner en tant que locomotive de l’artisanat national et premier pourvoyeur d’emplois. En effet, l’artisanat génère des revenus pour plus de 105.100 artisans au niveau de la région.

Et rien qu’à Fès, ce secteur fait vivre directement ou indirectement plus de 260.000 personnes, soit 27% des habitants de la médina. A noter que le chiffre d’affaires de cette activité s’élève à plus de 4 milliards de DH, soit 47% des exportations marocaines du secteur.

Pour Abderrahim Belkhayat, directeur régional de l’artisanat, «ce secteur joue un rôle prépondérant de stabilité, d’épanouissement et de prospérité des habitants de la cité Idrisside». Ce n’est pas d’ailleurs fortuit que Fès est la première ville à avoir ratifié son plan régional de développement de l’artisanat (PRDA).

Signée en 2007, cette feuille de route a enregistré des résultats encourageants ayant permis de donner un coup d’accélérateur au secteur. En fait, ce programme ambitionne de positionner la région comme une des locomotives pour le développement de l’artisanat au niveau national.

Ceci, en capitalisant autour d’une image de marque haut de gamme de certains produits (zellige, art de la table en céramique, dinanderie et textile, accessoires de l’habillement traditionnel) et sur une extension de l’offre des produits de moyenne gamme en cohérence avec les caractéristiques de la capitale spirituelle du Royaume.

En attendant, la région compte 38.045 entreprises et coopératives d’artisanat, et pas moins de 376 organisations professionnelles. «Et pour consolider les acquis du secteur, 22 projets d’une valeur de 443 millions de DH sont prévus entre 2018 et 2020», soulignait le wali Saïd Zniber, devant le Chef de l’Exécutif.

Et de poursuivre: «ces projets visent le renforcement des capacités de production des mono-artisans et le soutien à la commercialisation, l’amélioration du tissu productif des entreprises d’artisanat, ainsi que la formation et la qualification des artisans». Pour rappel,  l’artisanat constitue la source de revenu pour près de 33 % de la population de la ville de Fès.

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Dès sa signature, le PRDA s’est fixé comme objectifs un chiffre d’affaires global de 3,2 milliards de DH, soit une progression de 20 % par rapport à 2006, 182 millions de DH de chiffre d’affaires à l’export, soit une augmentation d’environ 500 % par rapport à la même année, 300 millions de DH de chiffre d’affaires en matière de tourisme, soit le double par rapport à 2006, et la création de 24.500 emplois permanents, soit non seulement un redressement de la tendance baissière, mais aussi une croissance d’environ 20%.

Pour y arriver, six axes ont été retenus, à savoir l’appui à la production des mono-artisans (404 millions de DH), l’appui à la commercialisation des mono-artisans (834 millions de DH), l’appui à la restructuration du tissu des PME (55 millions de DH), la promotion de l’artisanat (25 millions de DH), la formation (23 millions de DH) et la réalisation de mesures transversales (3 millions de DH).

A son lancement, ce programme a visé l’amélioration de l’offre à travers le design pour mieux l’adapter à la demande pour une enveloppe de 5 millions de DH. Autres réalisations, la valorisation de la zone d’activité de Ain Nokbi, pour regrouper les dinandiers opérant dans la médina de Fès, augmenter leur productivité, améliorer leurs conditions de travail et leurs revenus pour la bagatelle de 174 millions de DH ainsi que la valorisation de la zone d’activité de Benjellik pour regrouper les potiers-zelligeurs de la ville pour une enveloppe de 183 millions de DH.

Le programme a appuyé également l’équipement des artisans en fours à gaz à hauteur de 34 millions de DH, ce qui a permis d’améliorer la qualité et le volume de la production et de réduire l’impact négatif sur l’environnement, entre autres.

Notons enfin que ces projets ont été appuyés par le MCC (Millennium Challenge Corporation) moyennant une enveloppe budgétaire de 4,57 millions de dollars pour l’acquisition de fours à gaz, l’accompagnement des artisans en prenant en considération le côté environnemental et social, et la promotion et la mise en valeur des produits artisanaux et de la création artisanale dans les villes de Fès et Marrakech (10,6 millions de dollars).

Une nouvelle tannerie

La ville de Fès s’est dotée d’une tannerie «complémentaire traditionnelle». C’est la première du genre dans le secteur. Il s’agit, en effet, d’une tannerie spécialisée dans l’exécution des travaux de rivière, qui génèrent normalement un important taux de pollution à la fois liquide et solide, tout en préservant le tannage naturel, végétal et biologique dans les tanneries traditionnelles de l’ancienne médina de Fès. Lancé il y a 4 ans, ce projet a nécessité un investissement de 42 millions de DH, financés par le ministère de l’Artisanat et de l’économie sociale et solidaire (35MDH) et le Conseil de la Région Fès-Meknès (7 MDH). La deuxième tranche de ce projet portera sur la station de prétraitement des eaux usées, avec un budget estimatif de 14 millions de DH. Signalons que la nouvelle tannerie comprend plus de 600 bassins, allant de 1,5 à 2 mètres, pour travailler les peaux (bovins, ovins et caprins), 132 ateliers et une salle pour le tannage aux foulons.

                                                                       

Lutter contre l’informel

Ce qui est regrettable, par ailleurs, c’est l’existence d’un circuit informel qui mine le secteur et la prédominance de l’emploi à temps partiel, surtout dans le milieu rural. En fait, l’artisanat souffre d’un manque de ressources financières dû à la faible implication du secteur bancaire. De même, les unités artisanales sont de petite taille, pas suffisamment structurées et utilisent des outils de production sommaires.

À cela s’ajoutent l'absence d'une définition juridique claire du statut de l’artisan et une couverture sociale non adaptée. En outre, la commercialisation, en particulier à l’étranger, étant limitée puisqu’elle ne représente que 2% du chiffre d’affaires du secteur. Signalons que les villes de Casablanca et Marrakech concentrent, à elles seules, 80% du total des exportations du pays.

Localement, les produits d’artisanat s’arrachent comme des petits pains durant les foires et salons. A ce titre, la foire d’Ifrane, organisée jusqu’au 19 août, connaît un véritable engouement. «Le salon d’Ifrane est réparti en 3 périodes de 10 jours afin de faire bénéficier le maximum d’artisans», conclut Abdelmalek Boutiyin, président de la Chambre régionale d’artisanat.

De notre correspondant permanent, Youness SAAD ALAMI

 

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