Economie

Rapport Bank Al-Maghrib: L’emploi, une fabrique de pauvres!

Par Franck FAGNON | Edition N°:5325 Le 31/07/2018 | Partager
• Salaires faibles, aucune couverture médicale ni retraite pour 8 employés sur 10
«Avoir un travail ne garantit pas un niveau de vie décent»
Le plan gouvernemental jugé peu réaliste
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Au total, 1,2 million de personnes étaient au chômage en 2017. Elles représentent 10,2% de la population active. Dans cette population, 710.000 sont en quête d’un premier emploi et 7 sur 10 sont au chômage depuis plus d’un an. Les personnes qualifiées sont paradoxalement les plus touchées par le chômage

Aussi surprenant que soit le mouvement de boycott, il est aussi la traduction du ras-le-bol des ménages sur la baisse du pouvoir d’achat. Ce n’est pas l’inflation qui le rogne, puisqu’il reste très bas. Mais, la dégradation de la qualité de la croissance et la poussée du chômage se traduisent par une augmentation des charges des ménages. 
La Banque centrale fustige à nouveau la lenteur des réformes dans son rapport présenté dimanche au Roi. «Le niveau des réalisations laisse conclure qu’il y a besoin de poursuivre et d’élargir les réformes, mais surtout de réussir leur mise en œuvre et de les parachever dans les délais. De nombreux chantiers structurants ont été initiés, mais plusieurs d’entre eux n’ont pas encore abouti et d’autres produisent des résultats souvent bien en dessous des objectifs», relève Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib. 
Sur le front de l’emploi, c’est un constat d’échec et la situation constitue un facteur de risque pour la stabilité sociale. «La déclinaison de la réforme du système d’éducation et de formation tarde à prendre forme au moment où l’école marocaine continue d’enregistrer de piètres performances et de produire une jeunesse peu outillée pour une insertion adéquate sur le marché du travail», regrette le wali. Le nombre de chômeurs a atteint 1,2 million en 2017, soit 10,2% de la population active. Les jeunes en quête d’un premier emploi représentent plus de la moitié (58%). Ce qui confirme la difficulté de la transition entre la formation et le marché de l’emploi. Un ménage sur sept compte une personne à la recherche d’un job. Et dans bien des cas, la situation financière des ménages est déjà précaire. «L’accès à l’emploi ne garantit pas un niveau de vie décent», alerte la Banque centrale. Un actif occupé sur cinq n’est pas rémunéré. Certains employeurs profitent de la vulnérabilité de leurs collaborateurs. Près de 6 actifs occupés sur 10 n’ont aucun diplôme. Autrement dit, le pouvoir de négociation avec l’employeur est quasi inexistant. Même pour les personnes qualifiées, la marge de négociation est mince. Au-delà du niveau bas des salaires, près de 8 salariés sur 10 ne bénéficient d’aucune couverture médicale et autant ne sont affiliés à aucun système de retraite. Même s’il faut tempérer par une importante activité d’emploi non salarié. Mais, ces indicateurs expliquent mieux l’attractivité de la fonction publique pour les jeunes diplômés. Le salaire minimum net dans le secteur public s’est établi à 3.000 DH en 2017. Dans la sphère privée, le plancher dans l’industrie, le commerce et les professions libérales ressort à 2.800 DH et 1.813 DH dans le secteur agricole. En moyenne la rémunération d’un fonctionnaire est 82% plus élevée que celle d’un travailleur dans le secteur privé. En outre, le secteur public bénéficie d’un système de retraite très généreux. 
Environ 2 millions d’actifs occupés souhaitent changer d’emploi pour d’abord améliorer leur rémunération. Les appels réguliers du FMI ou encore de la Banque mondiale à réformer le marché du travail et le système de formation ne trouvent pas assez d’écho. Et les rares initiatives ne semblent pas convaincre grand monde. «Nous assistons à la mise en place de multiples programmes et mesures fragmentés sans résultats tangibles... Les objectifs du plan pour la promotion de l’emploi paraissent peu réalistes et ont besoin de mesures concrètes pour être atteints», critique Bank Al-Maghrib. En gros, le gouvernement vendrait du vent à l’opinion publique.

710.000 primo-demandeurs d’emploi

La part des primo-demandeurs d’emploi parmi les chômeurs a augmenté de pratiquement 9 points de pourcentage en sept ans, à 58,4% en 2017. La dégradation de la conjoncture explique en partie cette dégradation. Par ailleurs, le comportement des entreprises dans les périodes difficiles rallonge la durée de chômage. Elles seraient plus enclines à embaucher des personnes ayant déjà une expérience. 
La population des primo-demandeurs a atteint 710.000 personnes en 2017. Elle est composée à 93% de jeunes de 15 à 34 ans. Un peu plus d’1/3 sont diplômés du supérieur et 46% ont un niveau moyen. Leurs exigences salariales restent modestes. Seuls 3,5% prétendent à une rémunération mensuelle supérieure en moyenne à 4.950 DH. Parmi les diplômés du supérieur, 8% ont cette exigence.

 

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