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    Entreprises

    Délais de paiement: La CGEM à l’épreuve

    Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5316 Le 17/07/2018 | Partager
    La commission dédiée devra s’attaquer aux abus de grandes entreprises
    Avec un délai client de 10 mois, les TPE paient un lourd tribut des impayés
    La grande distribution, un des mauvais élèves de la classe
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    Source: Inforisk/Dun & Bradstreet
    En Europe, la Pologne est le pays qui affiche le meilleur score en matière de comportement de paiement. 75,5% des crédits - clients s’effectuent sans le moindre retard. De quoi faire rêver les PME marocaines

    Si les délais de paiement constituent un souci récurrent pour les entreprises, ils deviennent létaux pour les plus petites d’entre elles, les TPE. En moyenne, le délai client de ces entreprises se situe à 10 mois (source: Inforisk).  C’est 210 jours au-delà des délais réglementaires. Par comparaison, au Portugal (voir tableau), le pays européen qui affiche les moins bons délais de paiement, seuls 4,8% des paiements interentreprises s’effectuent avec un retard de plus de 120 jours! Toutes les enquêtes le confirment: les retards de paiement sont la première cause de défaillance et de mortalité des petites entreprises au Maroc. D’année en année, la situation continue de se dégrader: depuis 2010, les TPE ont vu leurs délais de paiement s’allonger de deux mois et demi (77 jours). Pour la catégorie PME, le délai client moyen s’établissait début 2017 à 5,1 mois. 
    De fait, les entreprises se sont transformées en banques sans le vouloir. Les crédits interentreprises (plus de 387 milliards de DH en 2016) ont augmenté de 45% (oui, vous avez lu) entre 2010 et 2016. Ils représentent aujourd’hui la première source de financement des entreprises devant le crédit bancaire (319 milliards de DH en 2016). Le phénomène s’autoalimente par une forme de métastase: si l’entreprise A n’est pas réglée par son client B, elle ne peut pas non plus régler son fournisseur C. Et ainsi de suite. Pour bien des TPE, la situation est telle que certaines petites structures de services ont inventé une nouvelle doctrine comptable: elles n’enregistrent le chiffre d’affaires qu’à la date du règlement effectif par le client plutôt qu’à la date de facturation.

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    Le crédit interentreprises est aujourd’hui la première source de financement des entreprises. De facto, les TPE et les PME se sont transformées en banques pour leurs clients

    Sauf quand il s’agit de marchés publics, les grandes entreprises semblent échapper à ce qui est assimilé au virus Ebola pour l’environnement des affaires. Leur délai client moyen est de 3,4 mois pour un délai fournisseur de 4,3 mois. Pour ce dernier, cette moyenne cache bien des réalités amères. Les petits prestataires des grandes entreprises souffriraient en effet en silence. Par crainte de représailles ou de se faire évincer de la liste de fournisseurs, la plupart des PME n’osent pas appliquer les pénalités de retard dont le principe est inscrit dans la réglementation. Pour se faire payer, il faut parfois supplier, pour ne pas dire plus. 
    Le plus grave pour les nombreuses PME dans le BTP, c’est lorsqu’elles doivent affronter la mauvaise foi de certains donneurs d’ordre à l’image de cet opérateur télécoms qui aurait décidé de suspendre tout paiement de ses fournisseurs en attendant qu’il achève l’audit de ses achats. Mais cela dure depuis plus de deux ans! Les chaînes de la grande distribution, qui gèrent de gros excédents en cash, règlent leurs fournisseurs (PME) dans des délais inacceptables, plus de 9 mois, voire au-delà d’un an. Si la CGEM veut vraiment s’attaquer au problème de délais de paiement comme elle l’affiche dans sa nouvelle organisation, elle devra s’attaquer aussi à ces grandes entreprises qui pratiquent une forme de chantage envers leurs fournisseurs. Elle ne doit pas se focaliser que sur les marchés de l’Etat.   
    La commission que la confédération patronale vient de dédier au dossier «délais de paiement» sera jugée sur sa capacité à «apporter une solution définitive et acceptable à la problématique des retards de paiement». Signe de l’importance du sujet, cette commission sera placée sous l’autorité d’un vice-président.

     

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