Analyse

Les ksouriens, victimes de la modernité

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5312 Le 11/07/2018 | Partager
ksour.jpg
Après avoir été abandonné par ses habitants allant vivre de l’autre côté de l’oued où les conditions de vie sont plus clémentes, le Ksar de Aït-Ben-Haddou reprend vie depuis quelques années, grâce au travail de l’association locale Ait Aissa pour la culture et le développement en collaboration avec les associations représentant les habitants du ksar. En 2017, l’expérience de la résidence artistique réalisée dans le village et l’exposition des œuvres au sein même des maisons du ksar afin que les visiteurs rencontrent les ksouriens et échangent avec eux, a posé les premiers jalons d’une nouvelle vision de développement pour le ksar, qui vise l’implication des habitants et la pérennisation des actions (Ph. SB)

Les oasis allant du Tafilalet à Figuig et Drâa sont aujourd’hui plus que jamais tributaires des enjeux de l’eau et du développement durable. Et on ne peut parler des oasis sans parler de leurs populations. Le ksar est non seulement le lieu d’habitation qui garantit sécurité et entraide, mais constitue le symbole d’un système social qui a su traverser les âges dans cet environnement hostile qui est le désert. Si la nature n’est pas venue à bout de cette culture séculaire, la modernité, elle, a réussi en quelques décennies à vider les ksours de leur cœur battant: les habitants. Il faut comprendre que le ksar ou la kasbah est beaucoup plus qu’une bâtisse. C’est d’abord une communauté, composée de plusieurs familles, qui vivent en commun depuis parfois des siècles. C’est une ville en miniature, avec son conseil pour diriger les activités quotidiennes et prendre les décisions pour tout ce qui relève de la vie à l’intérieur du ksar et le rapport avec les autres ksours à l’extérieur. La déperdition et le délabrement avancé des ksours sont dus d’abord à la disparition progressive des familles qui habitaient ces ksours et constituaient le cœur battant des lieux. La pauvreté, l’exclusion, les changements climatiques qui ont porté un coup dur aux ressources d’eau et à l’agriculture, principale activité des populations locales, sont les autres facteurs qui ont contribué à cette hémorragie du capital humain des ksours. «L’oasis est un milieu vivant qui ne peut se passer de l’humain qui l’entretien et le protège. Avec la disparition progressive de la population oasienne, les palmeraies sont exposées à la désertification due à l’érosion, l’affaiblissement des sols et la vulnérablité aux vents et aux crues», insiste Lahcen Kabiri, président de l’association Oasis Ferkla pour l’environnement et le patrimoine à Errachidia. Dans cette perspective, les programmes de réhabilitation des ksours en cours mettent un point d’honneur à requalifier les ksouriens, souvent victimes d’une perte d’identité ou d’un complexe vis-à-vis d’une «modernité» souvent très mal vécue, en les réconciliant avec leurs atouts et leur patrimoine précieux. L’exemple à citer est celui de ksar Aït-Ben-Haddou où l’expérience d’une exposition artistique en mai 2017 au sein même des maisons du ksar a créé une dynamique innovante pour faire valoir le patrimoine culturel des ksouriens, en faisant rencontrer ces derniers avec les visiteurs.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc