Analyse

Comment redonner vie aux ksours du Drâa-Tafilalet

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5312 Le 11/07/2018 | Partager
Près de 3/4 des ksours et kasbahs abandonnés ou en état de dégradation
Des programmes de réhabilitation pour sauver ce patrimoine en voie de disparition
Un conseil des sages qui prend des décisions pour la communauté qui y réside encore
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Après sa réhabilitation puis sa restauration, la Kasbah de Taourirt à Ouarzazate accueille aujourd’hui des activités diverses qui en font une attractivité incontournable aussi bien pour les locaux que pour les touristes. Musée vivant qui montre les joyaux de l’architecture saharienne ancienne pendant le jour, la citadelle se transforme en scène ouverte pour les activités culturelles et artistiques de la ville le soir (Ph. SB)

Nul ne peut le nier, une part importante du patrimoine saharien est en train de disparaître avec la disparition de ses ksours et kasbahs. Selon une estimation du Centre de conservation, de restauration et de réhabilitation du patrimoine architectural des zones atlasiques et subatlasiques (CERKAS), près de trois quarts des ksours et kasbahs, qui existaient préalablement au Maroc, ont été abandonnés et sont dans un état de dégradation avancé. Pis encore, ceux qui sont encore habités ou partiellement occupés sont en mauvais état et sont devenus des espaces insalubres pour les populations qui y logent encore. 
Le ksar ou «l’irhreme» représente l’un des éléments architecturaux les plus remarquables des paysages de la région du Drâa-Tafilalet allant jusqu’aux palmeraies de Figuig à l’Oriental et Tata plus au sud. Par définition, le ksar désigne un ensemble de maisons entassées, accolées les unes autres pour former un habitat compact entouré d’un mur d’enceinte et jalonné de tours de guet. «Les ksours et kasbahs sont des constructions ancestrales qui font partie intégrante du patrimoine et de l’identité socio-culturelle des régions présahariennes du Maroc. Ils constituent à la fois un patrimoine matériel (édifices et architecture) et immatériel (pratiques et savoir-faire ancestraux adaptés à cet environnement spécifique), ce qui leur confère une valeur et un potentiel écologiques, touristique, culturels et socio-économiques uniques», rappelle Mustapha Tilioua, président du Centre Tarik Ibn Zyad pour les études et la recherche à Errachidia. Malheureusement, la région Tafilalet, reconnue par l’Unesco comme Réserve de biosphère en 2000, est en train de perdre ce patrimoine matériel et immatériel typique du milieu oasien marocain.
Ce constat mobilise néanmoins depuis plusieurs années les intervenants, étatiques et privés, pour mettre un terme à cette hémorragie. Plusieurs programmes de réhabilitation et de restauration dédiés à redonner vie aux ksours et kasbahs du Drâa et Tafilalet ont été réalisés ou sont en cours de réalisation. Dans chaque programme, il y a un volet architectural qui vise à conforter les murs détruits et les bâtiments délabrés, en faisant appel aux techniques de construction ancestrales. Il est important également d’équiper la bâtisse du réseau d’eau potable et d’assainissement dans la mesure du possible, et surtout introduire l’électricité, notamment à travers les panneaux solaires. Les travaux consistent également à réaménager les espaces de vie commune qui deviennent par exemple des espaces pour accueillir des activités de la communauté, culturelles ou artistiques. Ces actions contribuent à l’amélioration de la qualité de vie au sein du ksar et maintiennent les habitants sur place. Le volet social est, quant à lui, vital pour assurer le développement durable du ksar ou de la kasbah, plus même, de sa survie. Partant des multiples expériences de réhabilitation, réussies ou pas, qui ont eu lieu depuis plusieurs années dans cette zone, le capital humain reste le principal défi à porter. Pour ce faire, l’association locale devient le principal interlocuteur qui représente les familles vivant dans les lieux. C’est une forme modernisée du conseil du ksar ou le conseil des sages qui, jadis, prenait les décisions pour la communauté. L’association devient ainsi le maillon qui lie les autorités à la population et facilite la communication dans les deux sens et rappelle que toute réhabilitation se fait en accord et en collaboration avec les habitants. Le ksar et la kasbah constituent un patrimoine culturel, urbain et paysager exceptionnel des oasis du Drâa et du Tafilalet et dont la disparition constitue un appauvrissement irréversible du patrimoine culturel de toute l’humanité. «Si l’on veut envisager l’existence du patrimoine architectural du Tafilalet, on ne peut l’avoir qu’à travers les changements qu’il va subir à long terme. Si une politique opérante de gestion et de planification urbaine n’est pas entreprise pour le sauvegarder, ce patrimoine est condamné à disparaître», conclut Tilioua.

 

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